Belle, fragile et vulnérable démocratie !

J’ai regardé avec émotion et optimisme mon fils voter pour la première fois le 5 octobre, la fierté dans les yeux. Cependant, après l’avoir vu glisser avec fierté son bulletin dans l’urne, une question vitale a envahi mon cerveau : qu’adviendra-t-il de ce geste si significatif alors que la confiance envers les institutions démocratiques planétaires s’érode à grande vitesse ? Quel est l’avenir de nos démocraties alors que la frontière entre la vérité et la mystification agonise, vaincue par les outils de désinformation massive qui abondent dans notre monde de plus en plus numérique ?
Publié à
Nos anciens racontaient que le mensonge pouvait faire deux semaines de route et voir la vérité le rattraper en une journée. Si cette perle de sagesse a encore quelque chose de poétique, force est d’admettre que sa véracité est moins d’actualité à l’heure de l’intelligence artificielle (IA).
En cause, le mensonge, qui emprunte désormais les habits et le visage de la vérité pour se camoufler de façon méconnaissable dans les réseaux sociaux.
Grâce aux outils de manipulation et de mystification informatiques, la menterie voyage aujourd’hui incognito à la vitesse de la lumière. La frontière entre la vérité et le mensonge est maintenant si poreuse que beaucoup d’entre nous ne parviennent même plus à différencier les vraies images des fausses.
Un dossier de La Presse publié le 21 septembre nous apprenait que des influenceuses entièrement fabriquées par l’IA arrivent même à mystifier des dizaines de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux, des gens qui croient dur comme fer qu’ils suivent de vraies personnes1.
Ajoutez l’IA au monde numérique déjà explosif, et vous avez, disent certains spécialistes, des réseaux sociaux dopés aux stéroïdes, des plateformes avec un incommensurable pouvoir ravageur sur nos institutions démocratiques.
Je suis donc de ceux qui croient que nos démocraties survivront difficilement au potentiel destructeur des plateformes numériques devenues de hauts lieux d’expression de nos clivages et tensions sociaux.
Conscients de leur portée dévastatrice, les ennemis de nos démocraties misent sur ces réseaux souvent asociaux pour fragiliser nos institutions. Tous les sujets clivants dans nos sociétés y sont instrumentalisés par des régimes hostiles et mis au service de leurs entreprises de subversion contre la démocratie.
Quand je parle de régimes hostiles, je pense aussi au mouvement MAGA et aux faucons antidémocratiques qui gravitent autour du gourou qui en est le chef.
Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, l’hostilité envers le Canada des prédateurs économiques qui gravitent autour de lui a ainsi culminé. Il suffit de voir Elon Musk se dire favorable à l’indépendance du Québec, de l’Alberta et de la Saskatchewan pour s’en convaincre.
PHOTO EVAN VUCCI, REUTERS
Elon Musk
Que sait vraiment M. Musk du mouvement indépendantiste québécois ? Depuis quand ce fils d’un grand xénophobe d’Afrique du Sud et son régime d’apartheid croit-il à l’autodétermination des peuples ? Sa prise de position s’inscrit surtout dans la volonté concertée entre M. Trump et l’élite MAGA de fragiliser le Canada qui refuse de s’agenouiller devant eux.
Il y a quelques semaines, j’ai écrit une chronique intitulée « Le spectre de l’appui du diable2 ! », un texte qui anticipait la possibilité que Donald Trump soutienne l’indépendance du Québec en pleine campagne électorale pour affaiblir Mark Carney.
Les premières salves de cette possibilité arrivent tardivement, notamment avec les messages d’Elon Musk. La suite de cette sympathie soudaine de ténors MAGA pour le gouvernement péquiste risque de devenir une distraction très gênante.
Propager la haine, ajouter du combustible dans les manifestations, brandir les idées d’extrême droite, nourrir les croyances complotistes, glorifier l’idéologie masculiniste et bien d’autres forces destructrices est au cœur des plans des fossoyeurs de nos institutions politiques.
Or, pour qu’une démocratie reste en bonne santé, il faut que le peuple ait confiance dans les institutions étatiques. Il faut que les citoyens aient confiance dans la police, les politiciens, l’armée, les médias, la justice, etc. Lorsque cette confiance est ébranlée par la désinformation et les manipulations opportunistes et partisanes, la démocratie court à sa perte.
Mon fils, lui, pourra dire que la première fois qu’il a voté, notre démocratie était encore saine. Mais combien de temps s’écoulera-t-il avant que la putréfaction et l’épidémie de désinformation qui gangrène la politique américaine ne contaminent le Canada et le Québec ?
« Vous devez croire aux faits, car sans faits, il n’y a aucune base pour la coopération. Si je dis que ceci est un podium et que vous dites que c’est un éléphant, il nous sera difficile de coopérer. » Ainsi parlait Barack Obama. Sans la coopération devenue une denrée rare dans son Amérique complètement fragmentée, il n’y a malheureusement pas de démocratie.
1. Lisez le dossier « Les impostures de l’IA : des influenceuses 100 % fausses » 2. Lisez la chronique « Le spectre de l’appui du diable ! »
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.