Équiterre exige un moratoire sur les centres de données

Équiterre demande au nouveau gouvernement du Québec d’imposer un moratoire sur les centres de données. L’organisme craint que des entreprises américaines accaparent une part toujours plus importante de l’hydroélectricité des Québécois, au détriment de l’abordabilité et de l’environnement.
Le directeur général d’Équiterre, Daniel Rotman, souhaite qu’un débat ait lieu avant que d’autres projets de centres de données soient autorisés. La consommation d’électricité des installations actuelles et à venir est épouvantable
, croit-il.
La situation le préoccupe d’autant plus que le développement de l’intelligence artificielle n’en est qu’à ses débuts. C'est les ménages qui vont payer pour ces nouvelles infrastructures
, selon lui.
M. Rotman considère que l’arrivée d’un nouveau gouvernement à Québec est une occasion à saisir. C'est le moment critique avant que le gouvernement prenne des décisions qui vont avoir des impacts sur notre réalité, mais aussi sur notre avenir.
Les centres de données au Québec
- 71 en fonction
- 13 planifiés
- 4 en construction
Source : Collectif numérique responsable et soutenable (NRS)
L’industrie poursuit sa croissance alors qu’Hydro-Québec prévoit une pénurie d’électricité à partir de 2029, si aucune nouvelle infrastructure de production n’est construite.
Selon les dernières prévisions de la société d’État, la consommation d’électricité des centres de données devrait plus que quintupler d’ici 2041. Elle évalue qu’ils auront besoin de 1624 MW supplémentaires pour atteindre 1977 MW dans 15 ans, à la pointe hivernale. C'est à peu près l'équivalent de la puissance générée par une centrale comme celle de Beauharnois.

Équiterre a lancé, mercredi, une pétition pour demander au gouvernement un moratoire. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / AFP / SAMEER AL-DOUMY
Les ventes d’électricité associées aux centres de données représentent l’essentiel de la croissance des secteurs émergents
, écrit Hydro-Québec dans son Plan d’approvisionnement 2027-2041, publié mardi.
Une meilleure utilisation
M. Rotman pense que la précieuse énergie destinée aux centres de données pourrait être mieux utilisée afin d’en faire bénéficier tous les Québécois, comme la décarbonation du transport et du chauffage.
Selon lui, les Québécois doivent être entendus en ce qui concerne le développement de cette industrie. L'énergie appartient à nous tous comme Québécois, et on a la chance d'avoir l'énergie renouvelable, mais ce n'est pas illimité.

Le directeur général d'Équiterre, Daniel Rotman, considère que les enjeux entourant les centres de données touchent tous les Québécois.
Photo : Équiterre
C’est important qu’on ne dise pas oui à tous les projets pour enrichir les milliardaires de la Silicon Valley.
Un non
définitif?
Équiterre dit ne pas être complètement fermée à tous les projets de centres de données. Des initiatives à l’international, comme la récupération de la chaleur des installations pour le chauffage résidentiel en Finlande, méritent d’être explorées, selon Daniel Rotman.
Ça, c'est un potentiel futur. Il y a très peu d'exemples, mais c'est exactement ce genre de conversation que j'aimerais avoir
, explique-t-il.
Les enjeux liés aux centres de données ne concernent pas que l’électricité, mentionne le directeur général d’Équiterre. Il rappelle que ces installations utilisent une très grande quantité d’eau potable pour se refroidir. Ils sont aussi souvent construits sur des terres agricoles. Si l’on continue à perdre les terres agricoles, notre projet d'autonomie alimentaire risque d'échouer.

Une manifestation contre les centres de données s'est tenue en septembre à Sherbrooke. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Charlotte Dubois
Des municipalités ciblées pour accueillir des centres de données font aussi l’objet de pression pour imposer un moratoire. C’est le cas de Sherbrooke en Estrie. Pas plus tard que mardi, la mairesse, Marie-Claude Bibeau, a affirmé que les élus n’étaient pas encore prêts à se prononcer sur une telle proposition.
Face à un mur
Hydro-Québec rappelait, plus tôt cette semaine, son intention de doubler les tarifs d’électricité pour les centres de données. Son plan pourrait, toutefois, être plus difficile à implanter que prévu.
Le 26 octobre dernier, la Cour supérieure a donné raison aux entreprises qui contestaient les nouveaux tarifs. Les décrets du gouvernement à ce sujet ont été invalidés. La Régie de l'énergie aura le fin mot de l'histoire. Une décision est attendue d'ici l'été 2027.
Hydro-Québec demeure convaincue de la valeur de sa proposition tarifaire élaborée dans le but de protéger l'ensemble de la clientèle québécoise
, explique son porte-parole, Cendrix Bouchard, par courriel.
Actuellement, la moitié des demandes d'allocation de mégawatts au Québec viennent des centres de données. Le gouvernement étudie des demandes totalisant 2500 MW provenant de cette industrie.
Au moment de publier cet article, le Cabinet du premier ministre du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, n’avait toujours pas répondu à notre demande de réaction.
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