Un éléphant, ça Trump énormément !

Pourquoi l’éléphant, un animal qui n’a rien à voir avec le continent américain, est-il devenu l’emblème du Parti républicain ?
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Plus surprenant encore, dans la vision de ce parti, l’éléphant incarnerait, entre autres, la dignité et la noblesse. Deux valeurs humaines qui, il faut le reconnaître, sont désormais bien loin du mouvement de Donald Trump.
L’idée d’adopter ce gros pachyderme comme symbole du parti vient d’un dessin fait en 1874 par le caricaturiste Thomas Nast. Surprenamment, la planche du dessinateur satirique moquait le désir évoqué par le 18e président des États-Unis, Ulysses S. Grant, de briguer un troisième mandat présidentiel.
Dans la caricature de Nast, l’éléphant symbolisait le vote républicain en panique devant cette volonté alors formellement interdite par une tradition imposée par George Washington. C’était bien avant que le 22e amendement, qui sera ratifié en 1951, n’en prohibe constitutionnellement la possibilité. Ce qui n’empêche pas le président Trump de reprendre le rêve de M. Grant.
Cela dit, je mélange l’éléphant et Donald Trump dans ce texte, car au-delà de l’emblème, ces animaux ont des particularités éthologiques qui me rappellent les méthodes d’expression de sa dominance.
En effet, on a démontré que chez ces pachydermes, la simple présence de vieux et grands mâles impose aux jeunes reproducteurs une certaine discipline. Ces aînés jouent le rôle de régulateurs sociaux. Cet effet inhibiteur des vieux mâles sur les jeunes qui leur reconnaissent un rôle de régulateurs sociaux a été découvert en 1990 dans le parc national de Pilanesberg, en Afrique du Sud.
À l’époque, le parc abritait un groupe de jeunes virils qui y semaient la pagaille. À défaut de vivre dans une hiérarchie sociale qui caractérise habituellement les groupes de mâles, ces jeunes reproducteurs étaient devenus incontrôlables, surtout lorsqu’ils entraient en musth. Cette période de rut chez les éléphants est un état physiologique intense accompagnée d’une forte frénésie sexuelle.
Les mâles en musth sont hormonalement submergés et deviennent très agressifs. Dans le parc de Pilanesberg, ce groupe de jeunes mâles poussera cette violence jusqu’à tuer 40 rhinocéros blancs entre 1992 et 1997. Pour les calmer, les gestionnaires du parc ont décidé d’y introduire six vieux mâles adultes importés du célèbre parc Kruger. À leur grande surprise, la simple présence de ces mâles de taille imposante suffira à calmer et à pacifier les jeunes.
PHOTO JEROME DELAY, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Éléphant dans le parc national Kruger, en Afrique du Sud
Ultérieurement, les scientifiques détermineront que la présence d’un seul mâle de 26 ans et plus suffisait à rendre ces jeunes aussi obéissants que le caucus républicain devant les menteries qui sortent de la bouche de Donald Trump. Oui, j’arrive maintenant au grand et imposant président américain qui, à sa façon, inhibe les autres élus du mouvement MAGA au point de leur imposer en tout temps de relayer son grand mensonge sur l’élection de 2020.
Mais contrairement aux éléphants qui policent les jeunes très souvent de façon passive, Donald impose sa dominance par l’insulte, l’exclusion, l’intimidation et la menace. Même quand un sénateur ou un représentant trouve son idée dommageable pour l’Amérique ou politiquement suicidaire pour son parti, il doit y adhérer et la défendre en tout temps.
On a tous rêvé de voir ces élus républicains prendre de la hauteur, mais comme des danseurs de limbo, ils ont joué à qui descendra le plus bas pour lécher les bottes de l’éléphant dans la pièce. À part quelques exceptions qu’il a fini par terrasser, son pouvoir d’inhibition avait totalement émasculé son caucus.
Si je parle uniquement de mâles et de testicules dans mon texte, c’est parce que dans cette Amérique si diversifiée, le gouvernement de Trump est principalement une administration d’hommes blancs. C’est un gouvernement raciste, misogyne et prédateur des minorités sexuelles.
Si, chez les éléphants, les vieux mâles sont surtout là pour empêcher les jeunes de faire des stupidités, dans le mouvement MAGA, jeunes et moins jeunes sont obligés d’applaudir les conneries du vieux mâle dominant qui leur sert de gourou.
C’est ce qu’ils ont honteusement fait jusqu’à ce que le peuple américain décide de jouer au garde-chasse en leur faisant prendre une sévère dégelée électorale.
La suite de son mandat sera plus difficile, car son effet inhibiteur sur les élus républicains est désormais complètement levé. Maintenant qu’il a perdu ses deux défenses que sont la Chambre des représentants et le Sénat, il trouvera sur son chemin des mâles satellites pour contester sa chefferie en gardant un œil sur l’élection de 2028.
Remercions le peuple américain de lui avoir administré cette castration électorale salvatrice. Les États-Unis sont critiquables à bien des égards, mais ils viennent de prouver à la planète que l’idéal démocratique n’y est pas mort.
Ils sont allés massivement aux urnes pour rejeter l’indécence, le cynisme, la mythomanie, la corruption, l’exclusion et l’autocratie. Ils ont aussi refusé de se faire acheter par l’argent des oligarques du capitalisme numérique, tous ces milliardaires qui squattent avantageusement la constellation mafieuse qui gravite autour de la présidence de Donald Trump.
Comme quoi, en démocratie, comme dans la savane africaine, même les mâles les plus imposants doivent parfois se soumettre à la volonté de la troupe. Chez les éléphants d’Afrique, la vraie dominance est femelle, car ce sont les matriarches les plus âgées qui dirigent les familles.
Si Trump a perdu ses défenses, il lui reste encore sa trompe multifonctionnelle pour barrir et intimider vocalement ceux qui lui tiendront tête. Le spectacle de Washington n’est donc pas terminé. Comme le dit si bien le proverbe turc, installer un clown dans un palais n’en fait pas un sultan : il transforme plutôt le palais en cirque.
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