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Saturday, October 10, 2026

Pitbulls ou armes d’assaut ? | Des chirurgiens lancent un cri du cœur

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Des chirurgiens sonnent l’alarme et s’inquiètent de l’absence de règlement municipal interdisant, à Montréal, les chiens de type pitbull. « De prioriser les chiens par rapport aux enfants, c’est totalement inacceptable », avance Daniel Borsuk, pionnier des reconstructions faciales.

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Aucun type de chien n’est actuellement interdit dans l’île de Montréal. Le règlement bannissant ceux de types pitbull, adopté par l’administration de Denis Coderre après la mort de Christiane Vadnais, attaquée par le molosse d’un voisin dans sa cour, a été suspendu après l’élection de Valérie Plante.

« Viser une seule race, une seule sorte de chien, est la mauvaise voie, car tous les chiens peuvent être dangereux », avait dit à l’époque le conseiller municipal Craig Sauvé, responsable du dossier de la gestion animalière.

Le chirurgien plasticien Daniel Borsuk, pionnier de la reconstruction faciale, s’en désole.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Le Dr Daniel Borsuk pratique au CHU Sainte-Justine.

De prioriser les chiens par rapport aux enfants, c’est totalement inacceptable. C’est un manque d’empathie, un manque d’humanité.

Le Dr Daniel Borsuk, chirurgien plasticien au CHU Sainte-Justine

Le Dr Borsuk compare les chiens de type pitbull à des armes d’assaut. Certaines armes sont interdites et d’autres, strictement contrôlées.

À l’image des armes à feu, tous les chiens ne font pas les mêmes dommages, dit le médecin. « Si on pouvait sauver une seule fillette ou un seul petit garçon, ça vaudrait la peine de réglementer », dit-il.

La plupart des enfants que je reçois à l’hôpital ont été attaqués par des chiens de type pitbull ou des mélanges, dont le type pitbull.

La Dre Sabrina Cugno, chirurgienne plasticienne à l’Hôpital de Montréal pour enfants

À l’exception des enfants du Grand Nord, qui, eux, sont plus souvent mordus par des huskies.

Au CHU Sainte-Justine, où il pratique, le Dr Borsuk a traité des cas de membres arrachés ou d’enfants défigurés. Il se rappelle trop bien cette opération de six heures, sur une fillette attaquée par plusieurs huskies appartenant à son grand-père. « Son cuir chevelu, une oreille, tout était arraché, décrit-il. Son abdomen, sa poitrine, ses cuisses, ses jambes avaient été mordus. »

L’enfant avait le même âge que sa fille. « C’était la première fois que je pleurais dans la salle d’opération, lâche-t-il. C’était un désastre. »

Depuis 2020, 37 patients ont été hospitalisés au CHU Sainte-Justine en raison de blessures causées par des morsures de chiens. Vingt-quatre de ces patients avaient moins de 5 ans ; les autres, de 6 à 12 ans. La quasi-totalité des patients de 0 à 5 ans (92 %) a eu besoin d’une intervention chirurgicale.

La grande majorité aussi avait plus d’une blessure. Parmi les plus fréquentes : plaies ouvertes traumatiques et lacérations (parfois avec atteinte de muscles et de nerfs), contusions, fractures massives faciales/crâniennes ou lésions intracrâniennes.

Dans la majorité des cas, l’enfant mordu connaît le chien, observe la Dr Cugno, de l’Hôpital de Montréal pour enfants. C’est celui de la famille immédiate ou élargie, ou encore d’un voisin. « La plupart du temps, l’enfant a provoqué le chien d’une manière ou d’une autre, en jouant avec sa queue ou encore en le dérangeant pendant qu’il mange », explique-t-elle.

D’où l’importance de bien enseigner aux enfants dès leur plus jeune âge la façon de s’approcher d’un chien, indique sa collègue Debbie Friedman, directrice de la traumatologie à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Dans ce seul centre hospitalier pédiatrique, les urgences reçoivent une centaine de cas de morsures de chiens en moyenne par an.

Les parents ne sont pas suffisamment conscients, selon elle, du fait qu’il faut être particulièrement vigilants quand les enfants ont de la nourriture dans les mains.

Le chien ne va pas se dire : je veux faire du mal à l’enfant. Il se dit : je veux ce biscuit.

La Dre Debbie Friedman, directrice de la traumatologie à l’Hôpital de Montréal pour enfants

Des enfants ont été grièvement mordus à la main, au visage ou carrément aux lèvres de cette façon.

Ce genre d’accident « brise des familles », témoigne la Dre Dominique Tremblay, chirurgienne plasticienne à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. « Malheureusement, on voit des patients qui doivent prendre des mesures légales contre le propriétaire de chien, parfois au sein de leur propre famille, car il n’y a pas d’ouverture à le faire euthanasier. »

Au début de sa pratique, la Dre Tremblay a opéré un enfant de 18 mois complètement défiguré par le chien de la famille. « La mère était au chevet du bébé lors de multiples chirurgies et de l’autre côté, tu avais le père qui ne voulait rien savoir de se départir du chien », décrit-elle.

« Je pense qu’on doit être plus conscients du danger des chiens, poursuit pour sa part le Dr Borsuk. Je crois qu’on gagnerait à offrir plus de soutien aux maîtres lorsqu’ils enregistrent leur chien auprès de la municipalité. Et ceux qui ne sont pas équipés pour posséder ce genre de gros chiens devraient être plus encadrés aussi. »

À lire demain : la suite de notre enquête

« Jamais sans mon chien (dangereux) » et « Mission : endiguer les menaces canines »

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