La commissaire aux langues officielles demande d’encadrer l’usage de l’IA

L’intelligence artificielle (IA) se taille une place de choix dans le premier rapport annuel de la nouvelle commissaire aux langues officielles, Kelly Burke.
Face à la place croissante de cette technologie dans la fonction publique et aux risques de « biais », la juriste franco-ontarienne nommée en janvier recommande au gouvernement d’intégrer la « lentille » des langues officielles dans sa stratégie pour l’intelligence artificielle dans la fonction publique et dans son guide d’utilisation de l’IA générative. Elle fixe l'échéance du 31 mars 2027 au gouvernement.
L’objectif de sa recommandation est que l’obtention, l’élaboration et l’emploi de tout outil, formation, programme, politique ou directive visant à mettre en œuvre l’intelligence artificielle à travers la fonction publique tiennent systématiquement compte des langues officielles
, indique-t-on dans le rapport.
La commissaire estime que le document de référence qui guide l’utilisation de l’IA dans la fonction publique ne fait pas assez référence aux façons de remédier aux biais qui pourraient représenter de manière disproportionnée les perspectives anglophones au détriment des perspectives francophones
.
Mme Burke recommande donc des formations pour apprendre à déceler les biais culturels linguistiques que peuvent entraîner les outils d’intelligence artificielle
.
L’utilisation de l’IA pose aussi des questions d’équité entre les fonctionnaires francophones et anglophones, selon elle.
Les fonctionnaires fédéraux ont besoin de technologies qui fonctionnent dans les deux langues simultanément et de façon uniforme
, indique Mme Burke dans son rapport.
Nos langues officielles représentent un élément clé de l’identité canadienne, et l’acquisition, l’élaboration et la mise en œuvre d’outils d’intelligence artificielle doivent refléter ce facteur fondamental de notre culture.
Kelly Burke reconnaît toutefois que l’IA présente des occasions à saisir
, notamment pour l’apprentissage des langues ainsi que pour la traduction et l’interprétation.
Au cours de la prochaine année, le Commissariat compte surveiller comment le déploiement de l’intelligence artificielle dans la fonction publique pourrait affecter les langues officielles.
En mai 2024, son prédécesseur Raymond Théberge avait déjà mis en garde le gouvernement contre le risque de mettre de côté le français, alors que le Bureau de la traduction souhaitait miser sur l’intelligence artificielle pour accroître sa productivité.

L'ancien commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Olivier Plante
Le gouvernement fédéral a lancé GCtraduction en septembre 2025, un outil de traduction à base d’intelligence artificielle testé dans six ministères et organismes fédéraux.
Mais alors que M. Théberge avait exprimé ses « préoccupations » au Secrétariat du Conseil du Trésor, la nouvelle commissaire passe à la vitesse supérieure et en fait une recommandation formelle.
Les plaintes explosent
Son rapport annuel souligne également que le nombre de plaintes recevables déposées auprès du Commissariat aux langues officielles a presque quadruplé en un an, passant de 1163 en 2024-2025 à 4110 en 2025-2026.
La grande majorité de ces plaintes (3632) concernent les communications avec le public et la prestation des services, dont la plupart (3450) ont été formulées par des personnes qui auraient voulu recevoir leur communication ou service en français.
Ce bond s’explique par le volume très élevé
de plaintes reçues suivant le message vidéo de condoléances de l’ancien PDG d’Air Canada, Michael Rousseau, adressé uniquement en anglais avec des sous-titres en français aux victimes d’un accident à l’aéroport LaGuardia, confirme le Commissariat aux langues officielles dans une réponse écrite.

Le message de condoléances de Michael Rousseau adressé aux victimes de l'accident du 22 mars 2026 à l'aéroport LaGuardia de New York avait généré une polémique. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Shannon Stapleton
Plus de la moitié des plaintes admissibles reçues concernent la polémique entourant Michael Rousseau.
L’ancien PDG, qui a annoncé sa retraite, a d’ailleurs fait l’objet d’une enquête du Commissariat aux langues officielles.
Ce rapport annuel voit le jour dans un contexte de compressions budgétaires préoccupantes
dans la fonction publique. Bien qu’il soit encore trop tôt
pour évaluer leurs conséquences, le rapport indique que, par le passé, les dépenses liées aux langues officielles ont souvent été ciblées durant les périodes de restrictions financières
.
La commissaire souligne que son équipe restera évidemment à l’affût des répercussions de ces mesures sur les langues officielles dans la fonction publique
.
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