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Friday, November 6, 2026

Le Canada entrera dans un «supercycle d’investissements», prédit le budget de 2026

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Le gouvernement Carney célèbre une situation budgétaire enviable pour justifier davantage de crédits d’impôts aux entreprises, de quoi plaire aux grands investisseurs et provoquer ce que l’on a nommé, pour l’occasion, un « supercycle ».

« C’est ça être “Maîtres chez nous” : oui, il faut penser à la croissance, mais c’est aussi d’aider les gens à un moment », a expliqué le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, de forte bonne humeur au moment de présenter aux journalistes son second budget en carrière, jeudi.

Flanqué d’une photo de la centrale de Churchill Falls et titré du célèbre slogan de la campagne québécoise de Jean Lesage de 1962, quitte à provoquer les Innus, le livret de 583 pages est clairement la suite du premier. Il offre peu de matière à étonnement.

Le fédéral a engrangé davantage d’argent que prévu : 19,8 milliards juste cette année, selon les prévisions, encouragées par le prix du pétrole élevé et une économie mondiale résiliente. Il réduit aussi ses dépenses, de 12,4 milliards de moins, en moyenne, chaque année, selon une nouvelle méthode comptable. Voilà qu’il utilise ce nouvel espace pour se payer des programmes pour les investisseurs et les plus démunis.

La grande alchimie budgétaire donne donc à peu près le chiffre du déficit attendu, à 62,3 milliards de dollars. C’est le dernier budget qui témoignera d’un déficit de fonctionnement du gouvernement fédéral, puisque dès l’an prochain, on anticipe que les chiffres imprimés à l’encre rouge seront réservés aux dépenses en « investissement ». Cette distinction avait été introduite dans le premier budget du gouvernement Carney, en 2025. Aucun retour à l’équilibre budgétaire n’est prévu.

Encore cette année, le cœur de l’exercice de 2026 est consacré à la compétitivité des entreprises du Canada. On y ajoute une touche nationaliste, à savoir de souveraineté canadienne, avec la préparation d’une grande célébration de 160e anniversaire de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique et d’un nouveau crédit d’impôt pour les artistes. Et une pincée d’humanité, avec des mesures d’aide destinées aux plus pauvres.

Une nouvelle ère

Le gouvernement ne promet rien de moins qu’une « nouvelle ère » de l’investissement, un rêve hissé au premier chapitre du nouveau budget. Cette nouvelle ère devrait surtout être remarquée par les dirigeants d’entreprises soucieux d’économiser de l’impôt.

Ne ralentissant en rien la cadence de la « superdéduction » à la productivité, transformée en « mégadéduction » à la productivité, on y ajoute davantage de dépenses déductibles d’impôt, surtout en matière de recherche et de développement, ou encore pour la commercialisation des inventions. Un « incitatif canadien à la croissance » permettra de reporter 15 millions d’impôts sur les gains en capital, une mesure conçue pour les entreprises en démarrages (startups), de l’aveu du ministre Champagne.

Le tout créerait un cercle vertueux nommé « supercycle d’investissement », un monde merveilleux où l’argent des impôts entraîne une pluie prolongée d’investissements privés, et au final une croissance économique. L’avènement d’un « supercycle » a été prédit en août par l’économiste en chef de la Banque TD, Beata Caranci, mais seulement « si les décideurs canadiens font bien les choses ».

L’économiste en chef du Mouvement Desjardins, Jimmy Jean, fait plutôt partie des sceptiques. « On est plus prudent là-dessus, parce que le plan du gouvernement dépend de plusieurs facteurs qui ne sont pas nécessairement sous son contrôle, [comme] la variation des prix des matières premières, la vigueur du secteur minier, du secteur pétrolier, etc. »

Le budget de 2026 officialise aussi divers crédits d’impôt, comme celles pour les thermopompes (2,4 milliards sur 4 ans), un programme d’énergie renouvelable intelligentes (4 milliards sur 10), et relance son programme de construction de bornes électriques (587 millions sur 5 ans, pour 55 000 bornes) même si les cibles de sa première mouture n’ont jamais été atteintes.

On saisit l’occasion pour annoncer que le fonds - initialement présenté comme souverain — « pour un Canada fort » deviendra une société d’État indépendante. Elle vendra des « Billets Canada fort », une nouvelle obligation que tout un chacun pourra se procurer pour financer les grands projets.

Nouveauté : les contribuables ont deux semaines de plus pour compiler leur paperasse fiscale au printemps, puisqu’on reporte désormais au 15 mai la date limite pour produire sa déclaration de revenus.

Penser au portefeuille

Le ministre avait promis d’être à l’écoute des Canadiens coincés dans leur budget. Voilà qu’on élargit l’Allocation pour les travailleurs (rebaptisée « pour bâtir le Canada ») pour ceux ne gagnent que 500 $ par an (un seuil autrefois placé à 3000 $). Le Crédit canadien pour proche aidant devient entièrement remboursable.

Les contribuables les moins aisés recevront encore un autre chèque unique en février 2027, de son titre officiel « pour l’épicerie », d’un montant encore plus généreux que celui déjà versé cet été. On l’estime à 339 $ pour une personne gagnant moins de 40 000 $ ; au coût de 4 milliards en fonds publics.

Le fédéral se dote aussi de l’ambitieux projet de mettre fin à l’itinérance au Canada d’ici 10 ans. Les sommes sont assez conséquentes : 11,2 milliards sur 4 ans pour différentes initiatives, certaines devant être négociées avec le Québec, sur qui on compte pour dispenser des services essentiels, comme de santé.

Les locataires les moins nantis seront heureux d’apprendre que les subventions offertes par l’Allocation canadienne pour le logement sont reconduites pour 10 ans (1,7 milliards pour les trois premières années). 13 autres milliards sont envoyés à Maisons Canada pour la construction de logements hors marché cette décennie, comme du logement social ou des coopératives.

Un bonbon de taille est réservé aux artistes. Ils auront accès à un crédit d’impôt non-remboursable « pour la création », ce qui leur permettra de déduire jusqu’à 45 000 $ par an de revenus tirés de leurs œuvres créatives. 20 millions $ iront au Fonds du livre du Canada sur quatre ans, et le budget de Radio-Canada sera de nouveau bonifié de 150 millions par an, pour deux ans.

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