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Thursday, October 15, 2026

Mark Carney | Éteindre le feu séparatiste en Alberta

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(Ottawa) Depuis qu’il s’est installé au pouvoir, il y a 18 mois, le premier ministre Mark Carney a multiplié les gestes et les annonces pour faire tomber le vent de colère qui souffle en provenance de l’Alberta.

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Abolition de la taxe carbone pour les particuliers, révision des règles environnementales pour faciliter les investissements dans le secteur de l’énergie et soutien au projet de construction d’un TGV entre Edmonton et Calgary font partie de la liste des perches tendues par le gouvernement Carney au cours des derniers mois.

Le clou de cette démarche pour contrer le sentiment d’aliénation de l’Ouest est, sans contredit, l’annonce de Mark Carney, le 1er octobre, à Fort McMurray, en compagnie de son homologue albertaine Danielle Smith, qu’Ottawa entend investir sa part dans la construction d’un nouvel oléoduc vers la Colombie-Britannique.

PHOTO GREG HALINDA, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre du Canada, Mark Carney, aux côtés de la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, à Fort McMurray, le 1er octobre

Ce projet de quelque 40 milliards de dollars, qui doit être évalué rapidement et être lancé d’ici 11 mois, est dans l’intérêt national, selon le premier ministre, afin de réduire la dépendance économique du pays face aux États-Unis et de démontrer aux Albertains qu’ils peuvent réaliser leurs aspirations en demeurant au Canada.

Des montagnes Rocheuses, Ottawa a longtemps été vu comme un empêcheur de tourner en rond. Aujourd’hui, le gouvernement Carney se présente comme un allié indéfectible capable de faire avancer les intérêts de la province riche en pétrole et en gaz naturel.

À quelques jours du référendum du 19 octobre qui pourrait mettre en cause l’avenir de l’Alberta au sein de la fédération canadienne, la stratégie semble porter ses fruits.

Selon le plus récent sondage en ligne mené par la firme Léger auprès de 1001 répondants du 2 au 4 octobre, 70 % des Albertains affirment que la province devrait rester au sein du Canada – un bond de 5 points de pourcentage en un mois. Seulement 22 % des personnes interrogées souhaiteraient que leur gouvernement organise un second référendum contraignant sur la séparation et 7 % se disent indécis.

Le camp fédéraliste apparaît avoir le haut du pavé. Il reste qu’une victoire sans équivoque n’est pas forcément acquise. D’autant que la firme Léger a aussi constaté dans ce dernier coup de sonde que cette consultation populaire se déroule « dans un contexte de mécontentement généralisé quant à l’orientation de la province » et que « le climat politique est fortement polarisé ». Elle a relevé que 58 % des personnes interrogées estiment que l’Alberta fait fausse route, contre 36 % qui pensent qu’elle va dans la bonne direction.

Tout repose sur le taux de participation des électeurs. En coulisses à Ottawa, on estime que le camp séparatiste ne doit pas franchir le cap des 30 % des appuis si l’on veut éteindre le feu souverainiste en Alberta. Pour y arriver, il faut convaincre une forte proportion des électeurs d’exercer leur droit de vote.

« Si le camp séparatiste obtient 30 % ou plus, c’est sûr qu’ils vont vouloir recommencer leur campagne dès le lendemain du vote », a confié une source gouvernementale de haut niveau qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat afin de pouvoir se prononcer plus librement sur la stratégie fédérale.

En tout, les Albertains doivent répondre lundi à 10 questions. Certaines portent sur l’immigration, d’autres sont de nature constitutionnelle (nomination des juges, avenir du Sénat, encadrement du pouvoir fédéral de dépenser). La toute dernière question comporte deux volets et concerne l’avenir de l’Alberta au sein de la fédération.

Que le premier ministre Mark Carney décide de passer les deux prochains jours à faire campagne en Alberta pour consolider les appuis à la cause fédéraliste traduit une certaine nervosité. M. Carney doit participer à une série d’évènements jeudi à Calgary et vendredi à Edmonton, dont deux rassemblements de la campagne « Forever Canadian » dans chacune de ces villes en soirée.

Vendredi soir, le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, va aussi mettre l’épaule à la roue pour convaincre les Albertains de rejeter l’option séparatiste durant un discours à Calgary.

Plus tôt cette semaine, l’ancien premier ministre de l’Alberta Jason Kenney a lancé un avertissement : un faible taux de participation pourrait causer de mauvaises surprises.

« Le taux de participation m’inquiète, car plus il est faible, plus cela favorise le camp séparatiste », a affirmé M. Kenney dans une entrevue accordée au réseau CTV dans le cadre de l’émission Question Period. « Si la participation est de 40 % ou moins, je pense qu’ils pourraient effectivement l’emporter. »

Selon lui, les 10 questions figurant sur le bulletin de vote pourraient entraîner de longs délais d’attente, une situation qui, encore là, pourrait favoriser le camp séparatiste.

PHOTO JOHN ULAN, LA PRESSE CANADIENNE

Les anciens premiers ministres de l’Alberta Jason Kenney et Rachel Notley, mardi

M. Kenney, qui a multiplié les sorties percutantes au cours des dernières semaines afin de mobiliser les partisans du camp fédéraliste, a mis de côté la partisanerie en participant mardi à un évènement organisé par la Chambre de commerce d’Edmonton en compagnie de son adversaire politique, l’ancienne première ministre néo-démocrate Rachel Notley, pour défendre l’unité canadienne.

Malgré cette offensive des ténors fédéralistes, certains leaders du mouvement séparatiste ont déjà fait savoir que le vote de lundi ne mettra pas fin à leur démarche. « Qu’est-ce qui pourrait donner à quiconque l’impression que nous allons abandonner cette option ? Nous pensons avoir raison. Nous pensons qu’il y a un problème ici », a déclaré Mitch Sylvestre, président du groupe séparatiste Alberta Prosperity Project, dans une récente entrevue au réseau CBC.

Son discours de lundi soir pourrait bien s’inspirer des propos qu’a tenus l’ancien premier ministre du Québec René Lévesque, le soir de la défaite du OUI, le 20 mai 1980, au centre Paul-Sauvé, à Montréal. « Si j’ai bien compris, vous êtes en train de me dire : à la prochaine fois. »

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