Attaque de mercenaires en 2021 | Un Montréalais arrêté en lien avec l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse

Un résidant de Montréal a été arrêté au cours de la fin de semaine en lien avec l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, survenu en 2021. Ashkard Pierre, un ancien employé du consulat d’Haïti à Montréal, a été surpris par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) au cours d’une délicate opération menée dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve en coordination avec le FBI américain.
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Des documents judiciaires déposés au palais de justice de Montréal et consultés par La Presse révèlent que des policiers canadiens avaient Ashkard Pierre à l’œil depuis des semaines et qu’ils avaient placé son domicile sous surveillance. Ils devaient agir de façon parfaitement synchronisée avec les agents du FBI qui devaient se rendre en Haïti dans un avion militaire pour y mettre la main au collet de plusieurs co-accusés.
PHOTO JEANTY JUNIOR AGUSTIN, ARCHIVES REUTERS
Jovenel Moïse en 2016
Si la nouvelle du transfert de ses complices allégués vers les États-Unis était venue aux oreilles du Montréalais, les policiers craignaient qu’il tente d’échapper à sa capture.
PHOTO FOURNIE PAR LE FBI
Un avion militaire américain a transporté certains co-accusés d’Ashkard Pierre vers les États-Unis.
« Étant donné la nature violente de l’attaque contre un président étranger et la déstabilisation d’un pays étranger par la violence, Pierre représente un danger élevé pour le public et un risque de fuite », lit-on dans un résumé des faits présenté par le ministère de la Justice du Canada.
Ashkard Pierre fait partie d’un groupe d’une vingtaine de nouveaux accusés contre qui des accusations ont été portées devant les tribunaux américains en lien avec l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021.
PHOTO FOURNIE PAR LE FBI
Certains des suspects rapatriés d’Haïti par des agents américains.
En pleine nuit, des mercenaires colombiens avaient fait irruption chez le président et l’avaient criblé de balles, blessant aussi son épouse. Les autorités américaines avaient apporté immédiatement leur aide dans l’enquête, puisqu’il est rapidement devenu évident qu’une partie du complot avait été ourdi en sol américain.
Selon les nouvelles accusations déposées aux États-Unis, Ashkard Pierre aurait participé à la planification du kidnapping et du meurtre du président Moïse. Il aurait participé à des rencontres avec des chefs de gangs armés dans l’espoir d’obtenir leur appui pour un coup d’État. Il aurait accueilli les mercenaires colombiens en sol haïtiens et aurait aidé l’un d’eux à se cacher après l’attaque.
PHOTO DÉPOSÉE DEVANT LE TRIBUNAL AMÉRICAIN
Christian Emmanuel Sanon est accusé d’avoir voulu tuer le président Moïse pour prendre sa place.
Les enquêteurs américains relient surtout M. Pierre à un autre accusé qui est détenu depuis 2021 et qui doit subir son procès en Floride au cours des prochaines semaines : Christian Emmanuel Sanon.
La thèse de la poursuite est que M. Sanon, un Haïtien établi aux États-Unis, aurait planifié l’attaque contre le président, car il voulait être installé à la tête du pays après son renversement. La Presse a déjà rapporté que Christian Emmanuel Sanon est l’ancien vice-président d’un organisme québécois d’aide internationale et qu’il amassait des signatures au Québec en appui à son projet politique, parfois à l’insu même des signataires. Ashkard Pierre a été l’un des dirigeants de cet organisme lavallois par le passé.
Il a aussi déjà travaillé comme contractuel au consulat d’Haïti à Montréal, mais la mission diplomatique a déjà confirmé à La Presse qu’il avait terminé son mandat en 2017.
Revenu au Québec deux mois plus tard
Selon le résumé des faits déposé au palais de justice de Montréal, Ashkard Pierre a quitté le Canada au début de l’année 2021 pour se rendre en Haïti. « À partir de ce moment, Pierre a servi d’aide de camp à Sanon en Haïti et s’attendait à une place au sein du cabinet du nouveau gouvernement haïtien de Sanon », lit-on dans le résumé.
Deux mois après l’assassinat, M. Pierre serait revenu au Québec par voie terrestre, en passant par les États-Unis. Il avait été l’objet d’un avis de recherche des autorités haïtiennes, qui est resté lettre morte pendant des années. C’est à la demande de la justice américaine, qui souhaite le faire extrader, qu’il a été arrêté au cours du week-end.
Dans la foulée de son arrestation, il a comparu une première fois dimanche, puis une seconde fois lundi, devant la juge Annie Émond de la Cour supérieure du Québec. Il n’avait pas d’avocat. La cause a été reportée au 2 octobre prochain.
Une douzaine d’accusés ont déjà été trouvés coupables de participation à l’attentat contre Jovenel Moïse devant la justice américaine.
Dix-huit nouveaux accusés ont été transportés d’Haïti vers les États-Unis au cours des derniers jours. Le Département de la sécurité intérieure et le FBI avaient dépêché des agents lourdement armés et un avion militaire « équipé pour faire face à une attaque possible de gangs armés », selon un communiqué diffusé lundi.
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