Assises du Hainaut : Gilles Viaene, le père d’Esekia, condamné à vingt et un ans de réclusion pour meurtre, Marjorie Brizard, la mère, à dix ans

Dans la motivation de leur verdict, les jurés ont relevé "une succession de manquements accumulés durant plusieurs mois". Ils ont estimé que le père ne pouvait ignorer l’imminence du décès de son fils". Un doute subsistait cependant quant à la conscience qu’avait la mère du risque mortel encouru par l’enfant.
Plus tôt dans l’après-midi, la cour d'assises du Hainaut avait reconnu Gilles Viaene coupable du meurtre de son fils Esekia, lourdement handicapé, qui avait été privé des soins et de l’alimentation indispensables à sa survie. Le jury n’a pas retenu la préméditation. La mère était également condamnée.
Pendant plusieurs jours, cette question avait été au cœur des débats : les parents d’Esekia avaient-ils volontairement laissé mourir leur enfant ? Les jurés ont répondu par l’affirmative concernant le père, Gille Viaene.
Esekia, atteint d’une infirmité motrice cérébrale, ne pouvait ni marcher ni parler. Totalement dépendant des adultes pour les gestes du quotidien, il nécessitait une assistance permanente, une alimentation adaptée et des traitements réguliers. À son décès, le 30 mai 2023, il ne pesait plus que douze kilos alors que son poids normal était de quinze kilos. L’autopsie avait révélé un estomac vide et une dénutrition chronique aggravée.
Des mois sans prise en charge adaptée
Le centre spécialisé qui l’accueillait plusieurs jours par semaine avait mis fin à sa prise en charge en raison de manquements répétés des parents, notamment dans le suivi médical de leur fils. Les professionnels avaient pourtant multiplié les alertes au fil des années, notamment des pertes de poids, des consultations médicales manquées et certains médicaments indispensables non administrés. Le Service d’aide à la jeunesse avait d’ailleurs fini par saisir la justice, mais Esekia est décédé deux jours avant l’audience.
Pour les jurés, ces privations constatées à répétition relèvent "de choix répétés et délibérés." Les parents disposaient "de la capacité de réagir et connaissaient la nécessité de réagir."
Mais il y avait une différence entre les deux parents : le père était présent lorsqu’Esekia agonisait. Il avait d’ailleurs prévenu sa compagne, vidéo à l’appui, n’appelant les secours que quelques heures plus tard, trop tard. C’est notamment pour cette absence de réaction le jour du décès que Gille Viaene a été reconnu coupable de meurtre. La préméditation, plaidée par l’accusation et les parties civiles, n’a en revanche pas été retenue.
Concernant la mère du petit garçon, elle est reconnue coupable de privation de soins et de nourriture entraînant la mort sans intention de la donner. Pour les jurés, Marjorie Brizard a contribué au maintien de dénutrition chronique d’Esekia et à la dégradation de son état.
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