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Sunday, September 27, 2026

Voici pourquoi cette découverte oblige à revoir l'image qu'on a de Néandertal

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Le site se trouve sur la côte méditerranéenne turque, à faible distance de la frontière syrienne, sur un couloir de passage préhistorique entre le Levant et l'Eurasie. Les fouilles menées dans la grotte calcaire d'Üçağızlı II ont livré une séquence d'occupation dont l'étude, publiée le 6 juillet dans la revue PNAS, alimente l'une des grandes questions de la paléoanthropologie : à quel point les cultures néandertalienne et sapiens se ressemblaient-elles, et ces groupes échangeaient-ils des informations ?

Deux occupations successives, jamais simultanées

Les vestiges humains retrouvés se limitent à des dents et à un fragment de mandibule. Cela a suffi à identifier les occupants. L'analyse de la structure interne des dents fossilisées permet en effet de distinguer Néandertaliens et Homo sapiens.

La datation des sédiments a fait appel à la luminescence stimulée optiquement, technique qui détermine depuis combien de temps des grains minéraux enfouis n'ont plus été exposés à la lumière du jour.

Il découvre une mandibule d'Homo erectus dans le carrelage de chez ses parents !

Méfiez-vous de votre carrelage en travertin, il pourrait renfermer des trésors inattendus ! C’est en effet ce qui est arrivé à ce dentiste qui a identifié une mandibule fossile humaine plus ancienne qu'Homo Sapiens dans le carrelage de la maison de ses parents. Une découverte étonnante qui serait peut-être loin d’être anecdotique.... Lire la suite

Les résultats délimitent deux périodes nettes. Les Néandertaliens ont occupé la cavité entre environ 77 000 et 59 000 ans avant le présent. Homo sapiens leur a succédé, entre environ 59 000 et 47 000 ans. Aucune cohabitation sur le site n'est donc attestée.

Des traces presque identiques

C'est la comparaison des couches qui livre le résultat central. Les auteurs décrivent des stratégies de chasse et de collecte ainsi qu'une technologie lithique substantiellement uniformes d'une période à l'autre.

Les deux groupes s'approvisionnaient en matières premières, silex compris, auprès des mêmes sources locales. Ils chassaient les mêmes espèces : chèvre sauvage (Capra aegagrus), daim de Mésopotamie (Dama mesopotamica), chevreuil (Capreolus capreolus) et sanglier (Sus scrofa).

Couche après couche apparaissent enfin vingt-neuf coquilles d'un petit gastéropode marin, Columbella rustica, apportées dans la grotte pour un autre usage que l'alimentation. Certaines sont percées, comme destinées à être enfilées. L'une d'elles, provenant de l'occupation néandertalienne, porte des traces de chauffage délibéré ayant modifié sa couleur.

Quelles sont les différentes espèces humaines à avoir coexisté avec Homo sapiens ?

Depuis son apparition il y a environ 300 000 ans, Homo sapiens n’a pas toujours été seul sur Terre. D’autres espèces humaines ont évolué en parallèle, parfois sur les mêmes territoires, et certaines se sont même métissées avec lui avant de disparaître. Néandertaliens, Denisoviens ou encore espèces plus mystérieuses en Afrique et en Asie : l’histoire de notre genre est bien plus complexe qu’une simple succession linéaire. Alors, quelles sont ces espèces humaines qui ont partagé le monde avec nous ?... Lire la suite

Pour Naoki Morimoto, paléoanthropologue à l'université de Kyoto et coauteur, ces éléments traduisent une interaction culturelle profonde. Ces deux groupes distincts mais étroitement apparentés ne se seraient pas contentés de s'adapter au même environnement : ils auraient vraisemblablement partagé des préférences symboliques.

De nombreux éléments montrent que les deux espèces, Néandertaliens et Homo sapiens, se sont côtoyés. Cette continuité rend toutefois plus mystérieuse encore la disparition des Néandertaliens. © EvgeniyShkolenko, iStock

Un schéma qui n'est pas universel

Ce résultat prend son sens par comparaison avec d'autres sites. À la grotte Mandrin, en France, Néandertaliens et humains modernes se seraient succédé par alternances distinctes entre environ 56 800 et 41 500 ans, sans laisser trace d'une continuité culturelle.

À l'inverse, la grotte de Tinshemet, en Israël, a livré des indices comparables à ceux d'Üçağızlı II, mais pour une période bien antérieure, entre environ 130 000 et 80 000 ans.

Ces deux derniers sites suggèrent qu'un renouvellement biologique des occupants n'entraînait pas nécessairement de rupture culturelle. Les auteurs formulent l'hypothèse que les deux espèces coexistant dans la région étaient en contact et partageaient des éléments de culture.

Ce que cela oblige à reconsidérer

April Nowell, archéologue spécialiste du Paléolithique à l'université de Victoria, au Canada, qui n'a pas participé à ces travaux, estime que de tels sites obligent à repenser les relations culturelles entre ces deux types d'humains, en démontrant une continuité et un niveau d'interaction élevé.

Cette continuité rend toutefois plus énigmatique encore la disparition des Néandertaliens, survenue autour de 40 000 ans avant le présent.

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Elle rappelle que deux types d'humains ne peuvent occuper indéfiniment la même niche écologique. Certains travaux sur la cognition néandertalienne évoquent une moindre souplesse de pensée, des capacités langagières plus limitées et une créativité moindre, qui auraient avantagé Homo sapiens. Cette lecture est cependant contestée par d'autres chercheurs.

Si le registre archéologique montre un tel recouvrement des comportements, conclut-elle, les différences réelles entre les deux groupes pourraient être d'un ordre que les fossiles n'ont pas encore révélé.

Les questions laissées ouvertes

Les auteurs eux-mêmes énumèrent ce que leur étude ne permet pas de trancher. On ignore quand et où ces pratiques partagées se sont mises en place. On ignore également si ces ressemblances culturelles découlent des métissages entre les deux populations, aujourd'hui documentés par la génétique.

La poursuite des fouilles sur ce site et sur d'autres devrait contribuer à préciser ce tableau de l'évolution humaine et du développement culturel au Pléistocène supérieur.

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