Une immigrante de 18 ans doit rentrer seule en Belgique en raison d’une subtilité administrative
Les émotions sont à vif dans la famille d’Ariane Pierre depuis vendredi matin. La jeune femme de 18 ans, qui devait faire son entrée au cégep cet automne, doit rentrer précipitamment en Belgique, seule, après avoir découvert qu’une mauvaise compréhension d’une subtilité administrative l’avait laissée sans statut valide au Canada.
Il y a trois ans, Ariane Pierre et son père ont vendu tous leurs biens en Belgique pour venir rejoindre au Québec sa mère, Rachel Dalcq, et ses frères plus âgés, déjà établis.
Elle a terminé son secondaire à Québec en juin dernier et, à la grande fierté de ses parents, a été admise au Cégep Garneau en sciences humaines. Munie de sa lettre d’acceptation, Ariane a postulé pour un permis d’étude, certaine qu’il s’agissait dans son cas qu’une formalité. Puis, vendredi, la nouvelle est tombée. Ariane devra quitter le territoire canadien le plus rapidement possible, son permis d’étude lui ayant été refusé.
« C’est comme si je me retrouvais à la rue », lance-t-elle au bout du fil. « Je n’ai plus de famille en Belgique. Je n’ai plus rien là-bas. »
Après avoir reçu la notice et appelé sa mère, les deux ont tenté de trouver des réponses. Mais qu’est-ce qui aurait pu nuire à sa candidature, pourtant assez typique ? L’erreur — autant la fille que la mère s’entendent pour dire qu’il s’agit d’une erreur — semble venir d’une subtilité dans la gestion des statuts migratoires qu’elles n’ont pas saisie.
Lorsqu’elle était au secondaire, Ariane n’avait pas besoin d’un permis d’études pour aller à l’école, ni d’une autorisation spéciale du gouvernement du Québec (le certificat d’acceptation du Québec). Comme sa mère détenait un permis de travail au Canada, ce document suffisait à l’école pour l’admettre. Même chose pour le Réseau d’assurance maladie du Québec. Or, dans son cas, il existe un autre document essentiel pour rester au pays : une « fiche visiteur », qui prolonge le droit d’une personne étrangère de rester au Canada.
Mais puisque les instances gouvernementales québécoises n’en avaient jamais de besoin, et puisque l’école d’Ariane lui a indiqué qu’elle n’avait pas besoin de cette fiche, la famille a arrêté de la renouveler.
« On n’aurait pas dû se fier », admet Rachel Dalcq, la gorge nouée. Doucement, comme si elle retenait ses larmes, la mère de famille explique qu’elle ne se serait « jamais doutée » qu’il fallait nécessairement ce document. « On n’a pas été assez attentifs. »
Ce n’est qu’au moment de recevoir un permis d’études pour commencer le cégep qu’Ariane a appris que son statut n’était plus considéré comme valide. Sa demande a été refusée et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) lui a indiqué qu’elle devait quitter le pays. Dans un courriel envoyé par IRCC, une agente indique à Arianne qu’il est « est important de quitter le Canada immédiatement » pour éviter d’être « visé par une mesure de renvoi », qui, explique Arianne, pourrait s’étirer pendant près de 6 mois.
« Je ne peux pas me permettre d’attendre six mois pour revenir voir ma famille », explique-t-elle.
Faire ses valises
Lorsque Le Devoir les a contactées samedi, Ariane et sa mère faisaient des boîtes. « On a pris un ticket d’avion pour mardi », raconte sa mère, avant de fondre en larmes. « Ni son papa ni moi ne pouvons l’accompagner », continue-t-elle après un long silence.
En raison de son travail, elle ne peut pas prendre de congés. « Je peux pas dire je lâche tout, je suis sur un permis de travail fermé dans l’attente de ma résidence permanente. » C’est donc seule que Ariane devra affronter la prochaine étape. « Pour nous, c’est effroyable », dit sa mère.
Surtout, elle s’en veut et en veut au système. « C’était à nous de chercher les informations, je vous conviens. Mais de leur part à eux, il pourrait y avoir plus d’informations. On n’a jamais rien su », souligne-t-elle.
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