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Friday, November 6, 2026

Budget fédéral | Carney heureux dans la crise

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« Je suis plus utile dans les crises », déclarait Mark Carney en avril 2025. Il aurait pu ajouter que les crises sont aussi très utiles pour lui. Son nouveau budget le démontre.

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Malgré la débandade républicaine aux élections de mi-mandat, Trump demeure au pouvoir. C’est lui qui négocie face au Canada. L’ennemi commun demeure. Tout comme la cause consensuelle : renforcer l’autonomie du Canada.

Avec ce budget, on ne peut pas reprocher à Carney de manquer de vision. Il s’intéresse aux grands défis : hausser la productivité, diversifier les partenariats commerciaux, doubler la production d’énergie propre ou renouvelable, atteindre la cible de l’OTAN au chapitre des dépenses militaires et réduire la dépendance aux États-Unis ou à la Chine en matière d’intelligence artificielle, de transactions financières et de minéraux critiques.

Le paquebot amorce un virage. Il ne se perçoit pas encore vraiment. Il faudra attendre plus de deux ans avant d’en mesurer les effets. Soit après la fin du mandat actuel de M. Carney.

Sous Justin Trudeau, les conservateurs dénonçaient la succession de déficits sans plan de retour aux budgets à l’encre noire. C’est plus difficile à faire pour eux aujourd’hui.

En apparence, le portrait s’améliore. Le déficit est modeste cette année, sous 2 % du PIB. Il est aussi plus faible que prévu. Après le pic atteint en 2024, le nombre de fonctionnaires diminuera. Et le budget des opérations sera équilibré une année plus tôt, en 2027-2028.

Dans les faits, c’est plus compliqué. L’embellie de cette année s’explique d’abord par les revenus générés par la hausse du prix du pétrole à cause de la guerre en Iran. La quasi-totalité de ces nouveaux revenus (18,4 milliards sur 21,5) a été dépensée. Il n’y a pas encore eu de véritable ménage dans les dépenses, et les programmes de l’ère Trudeau ont été maintenus. L’approche de M. Carney ne remplace pas celle de son prédécesseur, elle s’y ajoute.

L’équilibre du budget des opérations s’explique par la créativité comptable. Pour embellir le portrait, des dépenses ont été placées dans la catégorie des investissements, ce qu’a déjà déploré le Directeur parlementaire du budget. Cela alourdit la dette. La preuve, les intérêts pour la rembourser augmenteront.

En principe, cela se défend si ces investissements génèrent des revenus. Le pari fonctionnera-t-il ? Les conservateurs ont raison d’être sceptiques. Mais en attendant la réponse, le populaire M. Carney a le bénéfice du doute.

Sur plusieurs autres sujets, les conservateurs se font couper l’herbe sous le pied.

M. Carney a réalisé leur projet d’affaiblir la protection de l’environnement. Avec ce nouveau budget, il multiplie aussi les mesures favorables aux entreprises, comme la « mégadéduction à la productivité » et deux autres nouvelles mesures incitatives fiscales majeures. Il ajoute également deux aides pour le coût de la vie. Soit une bonification du « soutien pour l’épicerie », qui vise les faibles revenus. Et une baisse de la taxe d’accise sur l’essence, qui encourage la pollution et avantage les riches. Mais les conservateurs, qui la réclamaient, se font couper l’herbe sous le pied.

Avec Pierre Poilievre, ils se sont rapprochés d’une droite plus culturelle et antisystème. Ce virage risque d’être accéléré par M. Carney, qui leur reprend l’appui des lobbys patronaux.

À Québec, le gouvernement St-Pierre Plamondon restera sur sa faim.

C’est en partie parce qu’il a créé des attentes impossibles. Son cadre financier misait sur une hausse des transferts fédéraux, même si aucun signal en ce sens n’avait été donné. Le budget maintient le scénario connu : un ralentissement de la croissance des transferts à partir de 2028-2029.

Le PQ misait aussi sur des économies non identifiées de près de 2 milliards. À moins d’un revirement improbable, son plan budgétaire devra être modifié, et le coupable est déjà connu.

Québec tiendra la mégadéduction fédérale responsable, puisqu’elle ajoute un manque à gagner d’environ un milliard. Or, cette mesure est inspirée d’une vieille demande des caquistes. Et pour stimuler la croissance, elle est plus efficace que la baisse du taux d’imposition des sociétés promise par M. St-Pierre Plamondon.

Sur cet enjeu, tout est prêt pour un affrontement à haute teneur politique.

Sur d’autres aspects, le gouvernement péquiste défendra des positions plus consensuelles du Québec. Le gouvernement Carney multiplie les stratégies et autres initiatives dans des secteurs comme la foresterie, le recrutement et la formation de main-d’œuvre ou l’itinérance, avec la construction d’installations liées « à la santé », dont on ignore encore les détails.

Les objectifs font consensus. Mais le fédéral reste loin du terrain, et il n’est pas réputé pour son agilité. Les enveloppes seront-elles assorties de conditions, par exemple en logement ? Pour réduire les coûts, il faut que le Québec assouplisse les normes en construction. Si le fédéral ajoute des critères, il n’aidera pas…

En augmentant son champ d’action, le fédéral alourdit sa dette et réduit sa marge de manœuvre pour aider les provinces à assumer leurs responsabilités croissantes à cause du vieillissement de la population et des infrastructures.

Mais si quelqu’un s’inquiète à Ottawa, c’est plutôt M. Poilievre. Avec ce budget, Mark Carney consolide sa position de force à Ottawa. Dans un monde instable, il reste l’homme taillé sur mesure pour la crise.

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