Bart De Wever chez le Roi pour lui présenter sa démission : cela servira-t-il d’électrochoc ? Aucun parti de l’Arizona n’a intérêt à aller vers des élections anticipées

Journaliste à la rédaction Générale
Suivre Sudinfo sur GoogleQuatre jours plus tôt qu’en 2025. Tout comme l’an dernier, Bart De Wever ne parvient pas à trouver le bon compromis en termes d’effort budgétaire, de nouvelles économies et de nouvelles recettes, entre les partenaires de son gouvernement (MR, Engagés, N-VA, Vooruit et CD&V). Rappelons que le gouvernement Arizona tente de trouver dix milliards d’euros.
Comme en 2025, mais en pire
En 2025, Bart De Wever est allé le 6 novembre chez le Roi, mais il y a une différence importante : à l’époque, il proposait au Roi de lui donner 50 jours, jusqu’à Noël 2025, pour trouver la solution. En cas d’échec, il remettrait sa démission. Cette fois, il va chez le Roi pour lui remettre sa démission.
S’agit-il d’une manœuvre stratégique pour mettre ses partenaires sous pression ? Peut-être et on remarquera alors que, beaucoup plus que ses prédécesseurs, celui qui reste un leader nationaliste flamand, donc pas le premier allié du Roi, donne un rôle politique important à celui-ci. Le détail est assez piquant.
De Wever chez le Roi pour lui présenter sa démission : manœuvre stratégique pour mettre ses partenaires sous pression ? Ou se sent-il vraiment au bout du rouleau ?
On peut aussi imaginer que Bart De Wever se sente au bout du rouleau : malgré toutes ses tentatives, il n’y arrive pas et continuer est au-dessus de ses forces. Pour la seconde année consécutive, il n’a pas pu boucler un accord budgétaire avant la mi-octobre, date à laquelle il est de coutume que le Premier ministre aille lire sa déclaration de politique générale à la Chambre.
Que va-t-il se passer ?
Il s’était aussitôt mis une nouvelle deadline assez sévère : éviter de commencer, pour la seconde année consécutive, l’année avec des douzièmes provisoires, une technique budgétaire peu glorieuse pour un gouvernement et un Premier ministre. Pour cela, il faut… ou fallait un accord cette semaine et même ce mardi. Autant dire que le Premier pouvait craindre une seconde humiliation.
Avant de se pencher sur les responsabilités des uns et des autres, que peut-il se passer maintenant ? Quel que soit l’état d’esprit du Premier ministre, il n’y a quasiment aucune chance que le Roi accepte cette démission sans broncher. Il peut la refuser catégoriquement ou la tenir en suspens. Il peut demander au Premier ministre de continuer à chercher une solution (ce que celui-ci ne devrait pas refuser de faire), il peut aussi recevoir les autres partenaires gouvernementaux et mettre chacun devant ses responsabilités. Il peut nommer un démineur ou une autre fonction qui se termine par « eur » ; on sait qu’il y a beaucoup de créativité en Belgique pour nommer un pacificateur (tiens, en voilà un autre de titre en « eur », justement).
Il n’y a aucune chance que le Roi accepte sans broncher la démission du Premier ministre… Ce qui ne signifie pas que la crise n’est pas profonde
Il peut finalement se résigner à accepter la démission, mais faudrait-il encore trouver une autre personnalité capable de mener le gouvernement et surtout d’être accepté par tous les partenaires, ce qui est tout sauf évident. Jusqu’ici, il y a eu des épisodes houleux, des reproches vifs entre partenaires, mais personne n’a jamais remis en question le rôle de Bart De Wever au sein du gouvernement.
Sinon ? Sinon, on file vers de nouvelles élections. La N-VA dira que Bart De Wever s’est sacrifié pour ce job qu’il a exercé à contrecœur, mais que la preuve est faite que ce pays est ingouvernable. Le MR dira que c’est la faute aux socialistes flamands de Vooruit, voire aux Engagés, qu’eux ont tout fait pour protéger les citoyens de nouvelles taxes, comme la hausse de la TVA. Vooruit et Les Engagés contre-attaqueront en disant qu’eux ont défendu les citoyens en refusant de sacrifier des milliards dans les soins de santé et en demandant un effort plus important aux plus fortunés, ce qui est la logique même…
Personne ne s’en tirera
Bref, une chose est sûre : AUCUN parti de l’Arizona ne s’en tirera lors d’éventuelles élections anticipées. Cela fera les choux gras du Vlaams Belang qui deviendra le premier parti de Flandre, du PTB… et du PS qui reviendra ainsi dans la course pour former un gouvernement. Comme l’espace pris par les extrêmes sera plus grande, ça laissera moins de possibilités de former un gouvernement sans eux. Pense-t-on vraiment qu’avec une coalition identique, peut-être gonflée par le PS, cela ira mieux ?
Et si Bart De Wever faisait le calcul que la coalition Arizona sera difficile à reconduire et en revenait à l’idée d’une négociation avec le PS et d’une nouvelle réforme de l’État en toile de fond, avec son fameux projet confédéraliste ? Il se mettrait sans doute le doigt dans l’œil jusqu’au coude.
Sans oublier qu’un retour aux urnes comporterait un réel danger au vu de la situation budgétaire du pays, avec des marchés financiers qui pourraient nous sanctionner et un effet boule de neige des intérêts de la dette. Bart De Wever et ses partenaires ont suffisamment agité la menace… Sauf qu’à force de l’agiter et au plus ça coince, chacun risque de s’enfermer dans ce scénario.
Aucun des partis de l’Arizona ne tirerait son épingle du jeu en cas d’élections anticipées
On en revient aux responsabilités de chacun, chapitre que l’on a déjà esquissé. Comme d’habitude, ce sera la faute de l’autre (ou des autres), mais ça, c’est une posture qui volera rapidement en éclats. Dans pareille situation, chacun porte une responsabilité. Comme en football, on gagne ou on perd tous ensemble.
Bart De Wever porte la responsabilité du chef d’équipe qui a failli. S’il s’en va, il aura échoué à remettre de l’ordre dans nos finances et sa réputation sera inévitablement écornée. On peut d’ailleurs penser qu’en perdant son bras de fer avec le MR sur la hausse de la TVA et en récompensant ainsi le président du MR, Georges-Louis Bouchez, pour sa résistance, puisque la hausse de la TVA a quasiment disparu des pistes budgétaires, il a frustré ses autres partenaires et a renforcé leur intransigeance : pourquoi ne pourraient-ils pas se montrer moins conciliants sur d’autres pistes qui ne leur plaisent pas ?
Encore un espoir ?
En résumé, c’est donc la crise et elle menace d’être profonde. La visite du Premier ministre chez le Roi servira-t-elle d’électrochoc ? C’est possible. Il reste sans doute un espoir d’accord budgétaire. Rapide ou pas ? C’est au « club des cinq » de l’Arizona d’apporter la réponse.
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