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Tuesday, October 20, 2026

Le bond vertigineux des absences au travail depuis que le certificat médical pour un jour de maladie a été supprimé

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Journaliste Sudinfo

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Depuis fin novembre 2022, les travailleurs des entreprises belges comptant au moins 50 salariés peuvent s’absenter pour maladie pendant une journée sans devoir présenter de certificat médical. Initialement, cette possibilité était limitée à trois fois par an. Depuis le 1er janvier 2026, elle a été ramenée à deux fois par an.

Cette simplification administrative a-t-elle modifié les habitudes des travailleurs ? C’est la question à laquelle Securex a tenté de répondre, en collaboration avec le professeur Philip Verwimp, de la KU Leuven et de l’ULB.

Et les résultats sont particulièrement parlants : la suppression du certificat médical a entraîné une augmentation de 54 % du nombre d’absences pour maladie d’un jour par travailleur dans les entreprises concernées.

Une absence supplémentaire

Pour mesurer les effets de cette nouvelle législation, les chercheurs ont comparé l’évolution des absences dans les petites entreprises de 5 à 49 travailleurs et dans les structures plus importantes, comptant entre 50 et 499 salariés. Dans les petites entreprises, le nombre moyen d’absences pour maladie d’une journée par travailleur est passé de 0,17 en 2021 à 0,25 en 2024. Une augmentation de 0,08 absence par personne.

Dans les grandes entreprises, la progression a été nettement plus marquée. Sur la même période, ce nombre est passé de 0,22 à 0,42 absence par travailleur, soit une hausse de 0,20. En tenant compte de l’évolution observée dans les petites entreprises, les chercheurs attribuent directement à la suppression du certificat médical une augmentation de 0,12 absence par travailleur. Concrètement, cela représente environ une journée d’absence pour maladie supplémentaire par groupe de huit travailleurs.

L’écart entre les deux catégories d’entreprises est apparu dès 2023, avant de se creuser davantage en 2024. Selon l’étude, cette différence s’explique par le changement de législation, les deux groupes ayant suivi des tendances similaires avant son entrée en vigueur.

Et les absences de plusieurs jours ?

L’un des autres enseignements de cette étude concerne les absences de plus longue durée. On aurait pu imaginer qu’en permettant aux travailleurs de rester chez eux une seule journée sans certificat, certaines absences qui auraient auparavant duré plusieurs jours seraient raccourcies. Mais les données analysées ne confirment pas cette hypothèse.

Aucune diminution statistiquement significative des absences pour maladie de deux à cinq jours n’a été constatée après l’assouplissement de la réglementation. Autrement dit, les absences d’une journée sont devenues plus fréquentes, sans que les absences de plusieurs jours ne reculent en parallèle.

Pour autant, cela ne signifie pas que les travailleurs passent globalement davantage de temps en maladie. Le taux d’absentéisme de courte durée, qui concerne les absences allant jusqu’à un mois, n’a pas connu de variation statistiquement significative. L’étude ne met donc pas en évidence d’augmentation des coûts salariaux directs liés aux journées de maladie.

Organisation des entreprises

Si les coûts salariaux directs ne semblent pas avoir augmenté, la multiplication des absences d’une journée peut néanmoins compliquer le quotidien des employeurs. Une absence imprévue oblige parfois à réorganiser rapidement les horaires, à trouver un remplaçant ou à répartir les tâches entre les collègues présents. Ces ajustements peuvent entraîner des coûts indirects supplémentaires et accentuer temporairement la charge de travail des équipes.

Securex souligne également que cette pression supplémentaire peut, dans certaines situations, augmenter le risque d’absence chez d’autres travailleurs. Les conséquences de la mesure ne se limitent donc pas au nombre de jours de maladie enregistrés. Elles peuvent également se faire sentir dans l’organisation quotidienne des entreprises.

Abus

Faut-il voir dans cette hausse des absences d’une journée le signe que certains travailleurs profitent de la disparition du certificat médical obligatoire ? Securex invite à ne pas tirer cette conclusion trop rapidement. L’augmentation observée pourrait aussi traduire un changement de comportement : des travailleurs malades qui prennent désormais plus facilement une journée pour récupérer, plutôt que de se rendre au travail malgré leur état de santé.

L’étude permet de constater une évolution des habitudes, mais pas de déterminer les motivations individuelles derrière chaque absence. « L’assouplissement du certificat médical a manifestement facilité le recours aux absences pour maladie d’un jour. Cependant, nous ne constatons aucun signe indiquant que cela entraîne une diminution des absences pour maladie de deux à cinq jours. Sur base de précédentes recherches de Securex, nous supposons néanmoins qu’il pourrait y avoir des effets positifs à plus long terme, car disposer d’un jour de récupération occasionnel peut contribuer à prévenir des absences de longue durée. L’impact de la mesure est par ailleurs plus marqué chez les ouvriers que chez les employés. Or, ce sont précisément les ouvriers qui disposent généralement de moins de possibilités de récupération, en raison d’une flexibilité plus limitée en matière de jours de congé, d’horaires de travail et de lieu de travail », déclare Heidi Verlinden, Research Project Manager chez Securex et coauteure de l’étude.

Cette différence entre ouvriers et employés constitue un autre élément important. Les possibilités de télétravail, d’aménagement des horaires ou de flexibilité dans la prise de congés ne sont pas les mêmes dans tous les métiers. Une journée d’absence peut ainsi représenter, pour certains travailleurs, l’une des seules possibilités de récupérer lorsqu’ils ne se sentent pas suffisamment bien pour travailler.

La taille de l’entreprise

Si la réglementation distingue les entreprises selon leur nombre de salariés, les chercheurs estiment que la taille ne devrait pas être le seul élément pris en compte dans les réflexions futures. Le professeur Philip Verwimp insiste notamment sur l’importance de la culture d’entreprise et des politiques de prévention. « Nous avons retenu le seuil de 50 travailleurs comme référence, puisque la mesure ne s’applique qu’aux grandes entreprises. Cela ne signifie toutefois pas que ce critère soit le seul indicateur pertinent pour les politiques futures. Des petites entreprises affichant un faible taux d’absentéisme peuvent tout aussi bien renoncer au certificat médical, tandis que certaines grandes entreprises préfèrent le maintenir. L’approche propre à chaque entreprise en matière d’absentéisme, de prévention et de politique RH, notamment en termes de flexibilité, a autant d’importance que la taille de l’entreprise. »

La manière dont une entreprise organise le travail, accompagne ses collaborateurs et favorise le dialogue peut donc jouer un rôle essentiel dans la gestion des absences.

Malgré la hausse des absences d’une journée, Securex relève une évolution plus encourageante à l’échelle générale. Selon ses dernières données, publiées fin septembre 2026, l’absentéisme a continué de diminuer en Belgique au cours du premier semestre de cette année. Cette évolution coïncide avec la mise en place de mesures fédérales visant à assurer un suivi plus précoce des incapacités de travail et à favoriser une réintégration plus rapide et plus durable des travailleurs.

Securex y voit un signal encourageant, même si l’étude consacrée au certificat médical ne permet pas de démontrer que sa suppression contribue directement à la baisse de l’absentéisme global. L’analyse de Securex repose sur des données anonymisées relatives aux absences pour maladie dans le secteur privé belge entre 2021 et 2024.

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