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Tuesday, September 29, 2026

Les locataires québécois vulnérables à l’amiante

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Les locataires québécois d’immeubles construits avant 2000 et qui font l’objet de travaux par le propriétaire sont très mal protégés des dangers de l’amiante, un important cancérigène, s’inquiète l’Association pour les victimes de l’amiante du Québec (AVAQ) dans un rapport de recherche obtenu par La Presse.

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Aucune des 15 plus grandes municipalités du Québec n’exige de vérifications sur la présence d’amiante lors de l’émission des permis de rénovation, déplore le regroupement. Il s’agissait pourtant d’une recommandation formulée par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) dans un rapport publié en 2020.

« Cette révélation troublante doit être corrigée au bénéfice de toutes les parties, qu’elles soient propriétaires ou locataires », souligne l’AVAQ dans son étude, qui doit être rendue publique le 30 septembre.

« Il n’y a aucun impératif économique qui peut justifier qu’on expose des gens à de la fibre d’amiante », juge l’épidémiologiste Norman King, coauteur de l’étude et chargé de cours au Département d’organisation et ressources humaines de l’ESG UQAM. « Les maladies sont rares, mais elles sont tellement graves que c’est inacceptable [de ne rien faire], surtout que les moyens de prévention existent. »

L’analyse a été menée auprès des 15 municipalités du Québec qui comptent plus de 80 000 habitants. L’AVAQ recommande que celles-ci suivent l’exemple de Westmount, qui fait bande à part dans la province et exige une vérification de la présence d’amiante avant la délivrance d’un permis de rénovation.

Les tests obligatoires visent les immeubles construits avant l’an 2000 et doivent être menés par un laboratoire certifié. Si une concentration d’amiante de 0,1 % ou plus est détectée, le propriétaire doit impérativement solliciter une entreprise spécialisée.

Une réglementation similaire existe notamment en Colombie-Britannique et en France.

« Parfois, on ne demande même pas aux locataires de partir de l’appartement et on fait des interventions risquées » qui libèrent des fibres d’amiante, déplore Javier Blonval, président de l’AVAQ et professionnel en santé et sécurité au travail.

En 2021, le cas du 3440 Ridgewood, à Montréal, rapporté par l’émission de Radio-Canada La Facture, avait mis en lumière l’impuissance des locataires lors de travaux mal faits : 21 d’entre eux poursuivent leur propriétaire en Cour supérieure pour près de 2 millions après avoir été exposés à de la poussière d’amiante.

Les entrepreneurs spécialisés sont soumis à différentes exigences selon le Règlement sur la santé et la sécurité du travail et le Code de sécurité pour les travaux de construction. Or, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) n’a pas juridiction lorsque des travaux sont réalisés par le propriétaire d’une habitation qu’il habite ou qu’il loue. La libération de fibres d’amiante, par exemple lorsqu’un mur est arraché ou qu’un plafond est refait, peut donc passer inaperçue.

« Il faudrait que l’Union et la Fédération des municipalités s’entendent sur une seule réglementation pour que les mêmes mesures soient appliquées partout au Québec », plaide M. Blonval.

Des employés mal formés

Autre doléance : « La plupart des inspecteurs ne sont pas formés par leur municipalité en ce qui concerne le risque amiante tant pour leur santé comme travailleur que celle des résidants visés », a observé l’AVAQ dans les 15 plus grandes villes du Québec.

L’association plaide pour un cours obligatoire. « Dans les petites municipalités, on a souvent des employés qui portent deux ou trois chapeaux et qui ne sont pas nécessairement au courant de la réglementation », explique M. Blonval.

Pour l’instant, aucune formation spécifique sur l’amiante n’est offerte par l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail ou la Corporation des officiers municipaux en bâtiment et en environnement du Québec (COMBEQ).

« C’est seulement en suivant rigoureusement nos recommandations que les municipalités du Québec peuvent s’assurer que des locataires (et des propriétaires) ne développeront pas un cancer plusieurs décennies après des travaux de rénovation dans leur immeuble », conclut l’AVAQ dans son étude.

Aucun seuil sécuritaire

« Toutes les formes d’amiante causent plusieurs types de cancer, et l’amiante provoque également des maladies respiratoires chroniques », souligne sur son site internet l’Organisation mondiale de la santé. Contrairement à d’autres contaminants, l’amiante ne fait l’objet d’aucun consensus scientifique quant à un seuil sécuritaire, explique Norman King, conseiller scientifique pour l’Association pour les victimes de l’amiante du Québec. « Le problème, c’est que nous ne sommes pas capables de savoir à l’avance quelle personne exposée à l’amiante, même à de très faibles concentrations, va développer une maladie 20, 30 ou 40 ans plus tard. » Plus de 200 000 décès découlent chaque année de l’exposition professionnelle à l’amiante dans le monde, « soit plus de 70 % de tous les décès dus à des cancers » liés au travail, selon l’OMS.

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