Le film d’horreur Kraken est-il le digne héritier de Vermines ?
Attendu le 30 septembre dans les salles obscures françaises, le film d’horreur Kraken piège cinq jeunes dans une cité abandonnée, où se terre un mal terrifiant. Forcément, il n’échappera pas à la comparaison avec Vermines. Pour le meilleur ou pour le pire ?
« Dans la tour, personne ne vous entend crier. » Avec ce clin d’œil à Alien («Dans l’espace, personne ne vous entendra crier » annonce l’affiche du film culte de Ridley Scott) dans sa tagline et l’image d’une tour de cité délabrée sur son affiche évoquant l’univers du classique français La Haine, le nouveau film d’horreur Kraken multiplie les références ciné pour donner envie au public de venir le découvrir.
Premier long-métrage de Théo Jourdain et Mohamed Chabane (co-réalisateurs de la sérieYoung Millionaires et créateurs de ReuSSS), Kraken s’intéresse à un groupe de jeunes – Marvin (Bilel Chegrani), sa grande soeur Melia (Manon Bresch), Idriss (Alassane Diong), l’ex de Melia tout juste sorti de prison et Leyla (Lucie Charles-Alfred), sur laquelle crushe Marvin – qui se retrouvent piégés dans une tour abandonnée, où les disparitions flippantes se multiplient.
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Entre Vermines et Le Projet Blair Witch
Si le pitch de ce huis-clos angoissant vous rappelle vaguement quelque chose, vous avez peut-être vu le film Vermines, sensation horrifique de l’année 2023 qui prenait place dans une cité. Le tournage de Kraken a eu lieu au coeur de la cité de la Grande Borne, à Grigny. Autre point commun entre les deux films : Sébastien Vaniček, le réalisateur de Vermines, signait là aussi son premier long. On ressent cette même énergie du premier film avec Kraken, une œuvre brute de décoffrage, imparfaite mais attachante et bourrée de bonnes idées.
Dès la scène d’introduction, dans laquelle le gardien de l’immeuble désaffecté et son berger allemand viennent inspecter les lieux avant d’être violemment attaqués dans le recoin d’une pièce sombre, les deux réalisateurs prouvent leur maîtrise des codes du genre horrifique. Mise en place d’une ambiance cracra, montée en tension, scènes gores ou plus suggérées alternent avec des moments calmes dans ce jeu de chat et de la souris géant.

Le film évoque une référence horrifique plus ancienne, celle du Projet Blair Witch, l’un des premiers films à utiliser la mise en abîme bien avant les réseaux sociaux, avec des protagonistes qui se filment dans l’optique de sortir un futur documentaire sur leurs aventures dans les bois.
Kraken adapte ce dispositif à l’ère des réseaux sociaux : le personnage de Marvin est bien décidé à percer comme « influenceur fantôme », ce qui donne lieu à quelques scènes comiques bienvenues au milieu d’une avalanche de meurtres sanglants, avec bouts de cervelle en bonus. Il se ballade iPhone à la main, prêt à lancer son direct live. Certaines séquences du film sont ainsi filmées du point de vue de sa caméra.
Un casting qui tient la route
Dans le rôle de Marvin justement, le clown de service, Bilel Chegrani tire son épingle du jeu et rappelle Saïd, le personnage de trublion incarné par Saïd Taghmaoui dans La Haine, film fondateur sur la vie en banlieue, qui a créé des archétypes de personnages que l’on retrouve trente ans plus tard chez ses héritiers. Manon Bresch (Privilèges, Voleuses) se révèle parfaite en grande sœur badass, la tête sur les épaules mais tourmentée par le retour de son ex. On aurait aimé en revanche que la psychologie du personnage soit un brin plus creusée.
Dans le rôle du placide Idriss, Alassane Diong (Tirailleurs, Carjackers) s’avère un peu moins convaincant, la faute peut-être à un rôle plus monolithique qui n’embarque pas le film alors qu’il s’agit du protagoniste principal. A contrario, Lucie Charles-Alfred (Petites mains, Placés) brille dans le rôle de Leyla, la BFF extravertie de Melia. Elle forme avec Marvin un duo romantico-comique très savoureux. Comme souvent dans les films d’horreur, les personnages secondaires, plus fun que les principaux, se taillent la part du lion.
La promotion du film a aussi beaucoup joué sur les présences dans Kraken du rappeur Gazo, charismatique dans le rôle d’un caïd du coin qui se retrouve mêlé à l’affaire et La Mano 1.9, intense mais un peu moins marquant de par son rôle plus secondaire d’homme de main. Les deux acteurs en herbe s’en tirent en tout cas avec les honneurs, affichant une belle présence à l’écran.
Un film plaisant mais pas inoubliable
En optant pour une mise en scène gore à l’ancienne (peu d’effets spéciaux, beaucoup de do it yourself) dans un cadre réaliste, le film réserve son lot de scènes choc, comme le départ de deux spectateurs en pleine séance lors d’une avant-première au Grand Rex a pu en témoigner. Les deux réalisateurs tirent tout ce qu’ils peuvent du décor en huis-clos et le style bout de ficelle a son charme.
C’est un peu inhérent à la mécanique du slasher, ce sous-genre horrifique où une bande de jeunes se fait décimer dans un espace clos, mais on se demande quand même comment font ces personnages pour galérer autant à trouver la sortie de la tour. À l’inverse de Vermines, ils ne sont pas poursuivis par une horde d’araignées qui tissent leur toile dans tous les recoins des appartements !
Contrairement à Vermines, où un personnage irresponsable ouvre la boîte de pandore, Kraken utilise la métaphore horrifique jusque dans sa révélation finale, à la fois originale et crédible. Sans trop en dire, l’origine du « kraken » prend une résonance particulière avec des tragédies ayant eu lieu dans des immeubles vétustes ces dernières années. Le film s’attaque aussi à un sujet aussi sensible qu’inévitable : le rapport de ces jeunes et de toute la cité aux policiers.
On suivra avec attention les parcours des réalisateurs Théo Jourdain et Mohamed Chabane, qui apportent leur pierre à l’édifice d’un sous-genre cinématographique en soi : le film d’horreur dans une cité, comme La Horde (2009), La Tour (2022) et bien sûr Vermines, qui permet d’aborder par le prisme du genre des problématiques d’injustices sociales.
Si le propos et les intentions sont là, d’un point de vue horrifique, Kraken ne marque pas autant les esprits que Vermines et ses sales bestioles. Les deux films ne bénéficient peut-être pas des mêmes moyens financiers (5 millions pour le film de Sébastien Vaniček, le budget de Kraken est inconnu) et il est difficile de rivaliser avec la peur si universelle des araignées…
Cela étant dit, les fans de slasher passeront un moment divertissant face à ce survival à la française, qui réserve son lot de scènes traumatisantes et confirme la bonne santé du cinéma d’horreur français.
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