Ce que disent les sondages dans les États clés où se jouera l’avenir de Trump
Mardi auront lieu les élections législatives de mi-mandat aux États-Unis. Ces fameux “midterms” sont traditionnellement considérés comme une sorte de référendum sur la politique du président. Cette année, l’inflation consécutive à la guerre au Moyen-Orient fait craindre aux républicains un sérieux revers. Mais quelle sera l’ampleur de cette défaite? Perdront-ils leur majorité au Congrès? Voici ce qu’il en disent les sondages dans les États clés qui seront déterminants dans l’issue du scrutin.
Guy Van Vlierden, Kevin Dupont
Source: HLN
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Dans cinq jours, un séisme politique pourrait se produire au Congrès américain. Ce Parlement est composé en deux chambres: la Chambre des représentants (435 sièges) et le Sénat (100 sièges). Au Sénat, chaque État dispose de deux sièges, tandis qu’à la Chambre des représentants, le nombre de sièges attribués à chaque État dépend de sa démographie.
À l’heure actuelle, le Parti républicain du président Donald Trump dispose d’une majorité dans les deux chambres. Mais il suffirait au Parti démocrate de remporter quatre sièges supplémentaires, tant à la Chambre des représentants qu’au Sénat, pour reprendre la main. Si actuellement, le Congrès approuve généralement sans broncher les mesures voulues par Trump, ce dernier aura sans doute plus de mal à imposer sa volonté si les démocrates parviennent à prendre le dessus dans une voire deux chambres.
92% de chances
À la Chambre des représentants, les 435 sièges sont liés à autant de circonscriptions électorales distinctes. Il n’existe généralement pas de sondages fiables à ce niveau. Les estimations sont donc calculées sur base des intentions de vote au niveau national. Cette méthode, jugée assez probante par les observateurs, donne pour l’instant un net avantage pour les démocrates.
Pour l’heure, les démocrates bénéficient de huit points d’avance. Lors des élections de mi-mandat de 2018, les sondages étaient très similaires. À l’époque, ils ont réussi à récupérer 41 sièges précédemment détenus par des républicains.
Le site RacetotheWH, connu pour ses prévisions agrégeant les différents sondages, reste un peu plus prudent pour 2026 et prévoit une avance deux fois moins importante. RacetotheWH estime néanmoins à 93,7% les chances d’un basculement côté démocrate de la majorité à la Chambre des représentants.
Au moins un nouveau siège quasi assuré au Sénat
Au Sénat, 35 des 100 sièges sont en jeu en 2026 – soit deux de plus que d’habitude en raison du remplacement du vice-président JD Vance (qui représentait l’Ohio) et du secrétaire d’État Marco Rubio (Floride). Dans la plupart des circonscriptions, l’issue du scrutin est déjà plus ou moins connue, tant ils sont fermement ancrés soit côté républicain, soit côté démocrate. Un seul État paraît assuré de basculer de camp: celui de Caroline du Nord. Représenté jusqu’ici par un sénateur républicain, il passerait chez les démocrates, leur candidat menant de près de 10 points la course dans les sondages. Dans les autres, l’issue reste indécise.
Dans deux des huit États où le résultat reste indécis, le siège est actuellement détenu par les démocrates. Si ceux-ci parviennent à le conserver et à remporter trois des six sièges restants aux dépens des républicains, le parti de Donald Trump perdra sa majorité au Sénat. RacetotheWH estime la probabilité de ce scénario à 72,9%.
État par État
Dans ce qui suit, nous examinons cas par cas la situation dans ces États indécis, surnommés dans le jargon “Swing States”.
Mary Peltola n’est pas une démocrate comme les autres, et cela pourrait lui permettre de ravir aux républicains le contrôle de l’Alaska, un État pourtant traditionnellement “rouge”. Elle s’écarte souvent de la ligne du parti et défend, par exemple, le droit de porter des armes. En tant que membre de la communauté des Yup’ik, elle pourrait devenir la première sénatrice autochtone d’Alaska.
Si les démocrates l’emportent, Donald Trump a déjà fait savoir qu’il pourrait contester les résultats. Car en Alaska, où plus de deux candidats peuvent se présenter, deux personnalités s’appellent presque pareil: l’indépendant Daniel J. Sullivan et l’actuel sénateur républicain Dan S. Sullivan. Pour le président, cette situation pourrait rendre confus les électeurs de son parti.
Dans l’Iowa, les républicains devaient trouver un remplaçant pour le sénateur sortant. Leur choix s’est porté sur l’ancienne journaliste Ashley Hinson. Celle-ci siège déjà à la Chambre des représentants et est considérée comme une alliée proche de Trump. Le démocrate Josh Turek souffre pour sa part d’un handicap physique: il est paralysé depuis sa naissance et a remporté plusieurs médailles en basket-ball en fauteuil roulant aux Jeux paralympiques. Il n’a toutefois aucune expérience politique.
Depuis 2012, les démocrates n’ont plus jamais remporté d’élection sénatoriale dans l’Iowa. En 2024, lors de la présidentielle, Trump a devancé Kamala Harris de 13 points dans cet État. Pourtant, Josh Turek talonne Ashley Hinson. Une victoire démocrate représenterait donc un petit séisme pour les républicains.
Au Kansas, le sénateur républicain sortant Roger Marshall, fidèle partisan du président Trump, a étonnamment beaucoup de mal à se démarquer de son rival démocrate.
Au Kansas, le parti à l’éléphant n’a jamais perdu d’élection sénatoriale depuis 1932. Mais des démocrates ont régulièrement été élus gouverneurs, ce qui tend à mitiger l’image “rouge” de cet État réputé conservateur du Midwest. Pour battre Roger Marshall, les démocrates ont misé sur Adam Hamilton, qui dirige la plus grande Église méthodiste protestante des États-Unis, même s’il n’a aucune expérience politique. À nouveau, une victoire des démocrates dans une telle circonscription ferait figure de gros revers pour le parti présidentiel.
Dans le Maine, la républicaine Susan Collins est en poste depuis près de 30 ans. Elle occupe même la troisième place des sénateurs les plus anciens parmi les républicains. Mais elle compte également parmi les plus rebelles, notamment face à Donald Trump. En 2021, elle a ainsi voté pour destituer Donald Trump, quelques jours après les émeutes du Capitole.
Cette indépendance vis-à-vis de la Maison-Blanche, pourtant rare au sein du parti républicain, ne semble toutefois pas convaincre les électeurs. Son adversaire, Troy Jackson, un bûcheron de 58 ans qui, selon ses propres dires, défend la classe ouvrière, est même légèrement devant elle dans les sondages. Un autre démocrate, Graham Platner, un ancien combattant et ostréiculteur, s’est retiré de la course cet été dans un contexte tendu, à la suite d’accusations de violences physiques et sexuelles.
Dans le Michigan, le sénateur démocrate part à la retraite. Son remplacement a donné lieu à une primaire mouvementée au sein de sa formation. Finalement, le favori des hautes instances du parti, Haley Stevens, a dû s’incliner face à une figure de l’aile gauche des démocrates, Abdul El-Sayed. Ce dernier a remporté de justesse la candidature, avec 48,45% des voix contre 47,5% pour son collègue.
S’il s’impose mardi, Abdul El-Sayed deviendrait le premier sénateur d’origine musulmane. Une originalité dont il semble tirer plus d’avantages que d’inconvénients, malgré les multiples attaques et moqueries que le président Trump lui réserve.
Son adversaire républicain, Mike Rogers, est un ancien agent du FBI qui a déjà siégé à la Chambre des représentants. Il a toutefois échoué à se faire élire il y a deux ans lorsqu’il s’est présenté pour l’autre siège de sénateur du Michigan.
Dans le Minnesota aussi, un démocrate a décidé de ne pas se représenter. C’est donc à Peggy Flanagan que revient la mission de conserver son siège. D’origine chippewa, elle pourrait devenir la première femme autochtone à siéger au Sénat, peut-être aux côtés de l’Alaskienne Mary Peltola.
Pour cela, elle devra devancer Michele Tafoya, une ancienne journaliste sportive qui a remporté cinq Emmy Awards. Dans un État qui n’a plus voté pour un candidat républicain à la présidence depuis Richard Nixon en 1972 et qui l’a fait pour la dernière fois au Sénat en 2002, le simple fait que la républicaine arrive à limiter son retard à cinq points constitue déjà en soi une prouesse.
En 2025, JD Vance a dû remettre son poste de sénateur de l’Ohio lorsqu’il a été élu vice-président. Le républicain Jon Husted l’a remplacé à ce poste a priori facile à tenir pour les républicains, les démocrates n’ayant plus réussi à s’imposer à ce poste depuis 2018. Lors de la présidentielle de 2024, Trump y avait remporté la victoire avec plus de 10 points d’avance.
Mais l’homme qui se présente face à Husted n’est pas n’importe qui. Sherrod Brown a siégé pendant plus de 30 ans au Congrès, dont 18 en tant que sénateur. Et lorsqu’il a perdu son siège il y a deux ans, l’écart n’était que de 4 points – bien moins, donc, que l’écart que Trump avait creusé à l’époque dans l’Ohio lors de l’élection présidentielle. Il est désormais en tête dans les intentions de vote.
Au Texas, cela fait 38 ans que les démocrates n’ont pas remporté une élection sénatoriale. Mais l’hégémonie républicaine y est aujourd’hui fortement ébranlée par l’impopularité et les ingérences de Donald Trump. Ce dernier a en effet apporté son soutien à Ken Paxton, entaché par des scandales, ce qui lui a permis de remporter les primaires face à John Cornyn, un républicain modéré qui occupe le siège de sénateur depuis 2002.
Les démocrates ont pour leur part remis leurs espoirs dans la figure de James Talarico, un homme qui fait figure de “gendre idéal” profondément croyant. Ce candidat se montre ainsi capable de séduire les électeurs conservateurs tout en défendant des thèmes chers aux démocrates, par exemple en critiquant les ultra-riches. RacetotheWH estime d’ores et déjà à 76,7% les chances que le Texas, bastion traditionnellement républicain, passe dans le camp démocrate cette année.
Une bataille inattendue dans le Nebraska
Si le sort se montre très défavorable aux républicains, ils pourraient même perdre un siège au profit d’un candidat indépendant dans le Nebraska. Leur sénateur sortant, Pete Ricketts, y est confronté à la candidature du dirigeant syndical sans étiquette Dan Osborn.
Osborn affirme qu’il ne s’alliera avec aucun des deux grands partis nationaux s’il venait à remporter les élections, contrairement aux deux sénateurs indépendants actuels, Bernie Sanders du Vermont et Angus King du Maine, qui se sont ralliés au groupe parlementaire démocrate.
Lorsqu’Osborn a tenté de remporter l’autre siège de sénateur du Nebraska en 2024, il a été défait avec un écart de 7 points. Aujourd’hui, les intentions de vote sont indécises, certaines donnant Ricketts ou au contraire Obsorn avec une très légère avance. Peu de sondages ont toutefois été réalisés au Nebraska, ce qui ne permet pas de dégager de moyenne solide pour se forger une idée précise.
D’où proviennent les sondages présentés dans cet article?
Les pourcentages que nous indiquons pour la Chambre des représentants et les huit élections sénatoriales dont l’issue reste indécise proviennent du site web RealClearPolitics (RCP). Il s’agit de l’un des plus anciens agrégateurs de sondages, qui jouit toujours d’une grande notoriété dans le calcul des moyennes des intentions de vote.
Chez RCP, ces prévisions sont souvent légèrement plus favorables aux républicains que celles d’agrégateurs plus récents tels que RacetotheWH (dont nous citons ici et là les prévisions concernant les chances de victoire), Silver Bulletin ou FiftyPlusOne. Les prévisions ici présentes sont donc un peu plus prudentes quant à l’ampleur que pourrait prendre la victoire des démocrates.
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