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Sunday, October 18, 2026

Après les frigos, quels appareils risquent aussi de se faire pirater ?

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Après le piratage des frigos de centaines de supermarchés, les cybercriminels vont-ils s’en prendre à d’autres équipements connectés de notre quotidien ? Nos caméras, thermostats, box domotiques ou balances connectées peuvent-ils se retrouver sous la coupe de pirates dans un avenir proche ? Interrogés par 01net, des chercheurs alertent et soulignent que le risque dépasse largement les rayons frais de nos magasins.

Entre le 11 et le 12 octobre 2026, des pirates ont compromis les systèmes de réfrigération de plus de 700 supermarchés français. Intermarché, Netto, Super U, Carrefour, Monoprix ou encore E.Leclerc ont été touchés. En pleine nuit, les températures sont montées jusqu’à 50 °C, obligeant les magasins à jeter tous leurs produits frais et surgelés. Les géants de la grande distribution évoquent des pertes de plusieurs millions d’euros à travers tout le pays.

Pour arriver à leurs fins, les pirates, dont l’identité est inconnue, ont exploité une faille connue des contrôleurs de froid Danfoss et Dixell, dont une grande partie était accessible sur Internet sans protection. Comme l’a montré une expérience des chercheurs de Claroti, il est très facile de lancer l’attaque, notamment en se servant de Claude, en moins de 30 minutes. Si un frigo se retrouve aussi facilement entre les mains de cybercriminels, d’autres appareils du quotidien sont-ils aussi vulnérables ? On a posé la question à une poignée d’experts.

À lire aussi : Cyberattaque nationale – pourquoi les pirates s’attaquent maintenant aux supermarchés ?

Nos objets connectés dans le viseur

Pour Bruno Laureti, directeur des systèmes d’information et associé chez EBS Group, tous les objets connectés sont dans le viseur des pirates. « Au même titre que les entreprises, les particuliers possédant des équipements connectés (frigos, chaudières, pompes à chaleur, caméras…) sont des cibles pour les hackers », prévient l’expert. Le parc d’objets connectés dans le monde ne cesse d’ailleurs de grossir. On dénombrait 18,8 milliards d’objets connectés fin 2024 sur Terre, et pourrait en dénombrer près de 40 milliards d’ici 2030, selon les données du cabinet spécialisé IoT Analytics.

Les particuliers sont même souvent plus exposés que les entreprises. En effet, ils sont « rarement équipé de solutions de sécurité professionnelles » et sont rarement dotés de « la connaissance pour mettre à jour ses équipements connectés ». En clair, vous êtes une cible plus facile à pirater qu’un supermarché, ou une entreprise quelconque.

Sans grande surprise, les cybercriminels s’intéressent surtout aux appareils connectés qui brassent énormément de données, comme des « vidéos, listes de courses, données de santé ». C’est le cas d’une balance connectée par exemple, qui stocke énormément de données de santé sur son propriétaire. En général, l’objectif n’est autre que de « récupérer de la donnée qu’il puisse revendre sur le dark net ». Ces données peuvent être revendues à prix d’or sur des marchés criminels, notamment à des pirates désireux d’orchestrer des arnaques en ligne, des tentatives d’hameçonnage ou encore des opérations d’extorsion.

Caméra de surveillance connectée fixée à un mur
© Alan J. Hendry / Unsplash

Un objet vulnérable comme porte d’entrée

Au-delà d’un simple vol de données, un seul appareil connecté vulnérable peut servir de tremplin vers le reste du réseau. « Un objet anodin peut servir de porte d’entrée, à partir du moment où le pirate peut installer un bout de code de compromission », avertit Bruno Laureti.

Contacté par 01net, Oded Vanunu, responsable de la recherche sur les vulnérabilités chez Check Point, abonde dans le même sens, avec plusieurs exemples à l’appui. Dans le cadre d’études réalisées sur des objets connectés estampillés LG, ses équipes ont « démontré comment les vulnérabilités des plateformes de gestion centralisées pouvaient permettre à des attaquants de prendre le contrôle des appareils connectés ». La plupart des objets connectés se pilotent en effet à partir d’une plateforme centrale, généralement sur le cloud. Si un pirate trouve une faille dans cette console centrale en ligne, il n’a pas besoin d’attaquer chaque appareil séparément. Il prend le contrôle d’une maison connectée complète avec une seule faille. Selon Check Point Research, 54 % des organisations sont visées chaque semaine par une tentative d’attaque sur leurs objets connectés.

Thermostat connecté fixé au mur
© Dan LeFebvre / Unsplash

Un effet domino

Le problème est le même dans les entreprises, au sein desquelles les équipements s’accumulent. On y trouve bien souvent un système de climatisation, de contrôle d’accès, des alarmes, et des automates. En miroir des frigos compromis récemment en France, de nombreux appareils industriels sont obsolètes, vulnérables, ou exposés sur Internet.

Charles Bouesnard et Louise Durantin, experts chez mc2i, redoutent d’ailleurs un effet domino à la suite de la cyberattaque nationale contre les supermarchés français. « Si un hacker peut prendre le contrôle d’un frigo, il peut potentiellement pivoter sur le réseau du magasin », explique le duo, et viser ensuite « les systèmes logistiques (entrepôts automatisés), les caisses en libre-service ou la domotique (lumière, son, serrures intelligentes) ». En d’autres termes, un frigo exposé peut servir de porte d’entrée vers d’autres équipements.

« La partie émergée d’un iceberg »

Dans ce contexte, Nadim El Sakaan, enseignant-chercheur en cybersécurité à l’Efrei, avertit que « les systèmes frigorifiques ne sont que la partie émergée d’un iceberg bien plus gros ». Les mêmes failles béantes se retrouvent dans « les systèmes de gestion technique des bâtiments, les infrastructures de traitement d’eau, les automates de l’industrie agroalimentaire, les équipements biomédicaux connectés ». Bruno Laureti s’attend particulièrement à des attaques « plus impactantes dans le domaine hospitalier ».

Une fois qu’une faille a été débusquée sur un appareil, elle peut être recyclée pour pirater d’autres équipements analogues. En clair, une vulnérabilité dénichée sur un frigo connecté peut servir à s’attaquer à d’autres objets connectés, ce qui peut aboutir à un effet boule de neige. L’essor de l’intelligence artificielle générative, et de modèles de langage comme ChatGPT, Claude, Gemini ou Muse, facilite évidemment la tâche des pirates à la recherche d’équipements vulnérables. Pierre Jacob, directeur général adjoint chez Magellan Sécurité, pointe d’ailleurs du doigt « la facilité croissante à générer des armes cyber grâce à l’IA ».

Pour contrer les pirates inspirés par la cyberattaque contre les frigos, les chercheurs recommandent de changer systématiquement les mots de passe par défaut, d’installer les mises à jour sur tous les objets connectés, et de ne pas exposer inutilement un appareil sur Internet. Oded Vanunu recommande d’« identifier les interfaces de gestion exposées à Internet, supprimer les accès distants inutiles d’appliquer une authentification forte » sur tous les équipements.

« Aux prémices » des cyberattaques

Idéalement, il faudrait que tous les équipements connectés, que ce soit des frigos, des climatisations ou des caméras, disposent d’une véritable politique de sécurité, estime Bruno Laureti. Trop souvent, ces appareils sont oubliés par les personnes en charge de la sécurité informatique. Bruno Laureti appelle donc les prestataires, « par exemple les frigoristes », à s’associer avec des spécialistes de l’informatique sans tarder. Selon lui, « nous ne sommes qu’aux prémices de ce type de piratage ».

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