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Monday, October 19, 2026

La Presse en Alberta | Dur lendemain à Wainwright

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Ça devait pourtant être un dimanche matin comme les autres, à l’aréna de Wainwright. Les parents amenaient leurs enfants y pratiquer leur sport préféré.

Mais en ce lendemain de tragédie survenue sur la base militaire à quelques pas de là, c’était plutôt le choc.

Le grave incendie qui s’est déclenché, samedi après-midi, a coûté la vie à quatre militaires et blessé grièvement une trentaine d’autres.

Le roi Charles III s’est dit « profondément choqué et attristé d’apprendre la nouvelle » et le premier ministre Mark Carney a dit que « notre pays est en deuil ». À 200 km d’Edmonton, dans les prairies à perte de vue, les propos trouvaient tout leur sens.

Il y avait les drapeaux en berne un peu partout dans le village d’environ 7000 âmes. À l’église, une prière a été prononcée pour les victimes. À la Légion royale canadienne locale, on ne voulait même pas mettre de mots sur ce drame.

Puis il y avait l’aréna, symbole d’une communauté typiquement canadienne qui se serre les coudes. Qui prend des nouvelles. Pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer.

Sherri et Chris Pfisterer y étaient, avec leurs petits-enfants, les yeux imbibés d’eau.

PHOTO ANTOINE TRÉPANIER, LA PRESSE

Chris et Sherri Pfisterer

La veille, ils ont entendu, comme c’est régulièrement le cas, des détonations en provenance de la base.

« Toute la journée, ils faisaient des exercices », a dit M. Pfisterer. D’autres résidants ont entendu la même chose.

Les fenêtres de leur maison se sont mises à vibrer. Idem pour la vaisselle dans les armoires. Comme d’habitude.

C’était un entraînement intensif avec des grenades. Les membres de la Force opérationnelle d’intervention mondiale sont prêts à être déployés à tout moment dans des zones à risque. Dans leur cas, c’était en prévision d’une mission en Lettonie en mai.

Un feu de broussailles, rien d’exceptionnel ici, a pris une ampleur démesurée.

Le vent s’est levé. Un fort vent comme on en ressent rarement. Pendant que les militaires étaient en voie d’affronter un brasier inhabituel, les Pfisterer ont pris la route.

Les détonations ont alors cessé. Le silence était lourd, comme en ce dimanche matin dans le village.

Puis, l’épais nuage de fumée a monté dans le ciel. Sherri et Chris Pfisterer ont rapidement croisé des premiers répondants.

« On a vraiment le cœur serré en pensant à tous ces pauvres jeunes hommes et femmes qui se trouvaient sur place, à leurs familles, ainsi qu’à tous les premiers intervenants qui doivent se rendre sur les lieux et faire face à une telle situation », témoigne Sherri Pfisterer, la voix brisée par l’émotion.

On espère simplement que tout ira pour le mieux, n’est-ce pas ? On espère juste que tout ira pour le mieux. C’est tout ce qu’on peut faire.

Sherri Pfisterer, résidante de Wainwright

En face de l’hôpital, Ken Flood a sursauté en voyant arriver « une douzaine » d’ambulances devant chez lui. Il y en aura eu 22, au total, selon les autorités de la santé.

« Je suis un ancien militaire, dit-il. J’ai déjà été témoin d’accidents, mais rien de comparable à ça. Rien de tel. »

PHOTO ANTOINE TRÉPANIER, LA PRESSE

Ken Flood demeure tout juste en face de l’hôpital de Wainwright.

Il a vu les hélicoptères atterrir non loin de là. Les patients transportés d’urgence. Les avions venus de la Saskatchewan pour donner un coup de pouce. Huit aéronefs, en tout, selon les autorités.

Puis, des parachutistes des forces armées sont descendus du ciel pour apporter de l’équipement médical supplémentaire.

Le « code orange » décrété dans des hôpitaux de plusieurs régions de l’Alberta, il l’a vu à l’œuvre.

La mesure d’urgence a finalement été levée dimanche, une dizaine d’heure après sa mise en vigueur.

« La réponse d’urgence du système de santé a permis de prodiguer des soins exemplaires et sans faille, dans les circonstances les plus éprouvantes », a déclaré Acute Care Alberta, dans une déclaration écrite.

À Wainwright, les résidants comprennent les risques que courent les militaires de l’autre côté de la clôture de barbelées.

En 2014, un soldat canadien a été tué et quatre autres ont été blessés lorsqu’un véhicule LAV III s’est renversé au cours d’un exercice d’entraînement.

Trois ans plus tard, un autre accident mortel impliquant un véhicule blindé léger a coûté la vie à un militaire et blessé trois autres soldats.

Puis, en 2020, un autre soldat est mort après avoir été atteint par des tirs lors d’un exercice à munitions réelles.

« Cela n’a rien à voir avec la sécurité. Des accidents surviennent durant l’entraînement. C’est inévitable, quoi qu’il arrive. On s’entraîne comme on combat », dit-il tout en terminant d’installer ses décorations d’Halloween.

PHOTO ANTOINE TRÉPANIER, LA PRESSE

Le maire de Wainwright, Bruce Pugh

« Quel timing », dit en soupirant la femme du maire Bruce Pugh en nous accueillant à leur domicile. Préparer les célébrations d’une fête qui fait souvent peur aux enfants au lendemain de cette tragédie. Elle aussi a installé ses décorations.

Les voisins d’en face, des militaires originaires du Québec, terminent eux aussi l’installation. Les autres voisins, des vétérans, l’ont déjà fait.

Bruce Pugh termine une énième entrevue lorsqu’il nous accueille dans son salon. Il raconte comment les premiers répondants ont été rapides, ont évité la propagation des flammes et ont sans doute sauvé des vies.

Il y aura, bien entendu, des gérants d’estrade qui vont dire : “Vous auriez dû faire ceci ou cela”, mais cela fait partie du processus. Quoi qu’il en soit, il me semble que Wainwright parvient toujours à se surpasser, grâce aux membres de sa communauté et à ceux qui l’entourent, qui travaillent tous ensemble.

Le maire de Wainwright, Bruce Pugh

Justement, les gérants d’estrade ont inondé l’internet. Des informations ont circulé au sujet d’une explosion causée par un missile envoyé sur un puit de gaz naturel.

Bien qu’il y ait des infrastructures pétrolières et gazières exploitées sur le site de la base militaire, l’Alberta Energy Regulator a déclaré dimanche n’avoir « reçu aucun signalement d’incident impliquant ces infrastructures ».

Pourtant, les exploitants de ces puits « sont tenus d’informer immédiatement » les autorités si un incident survient à leurs installations.

PHOTO JOHN ULAN, LA PRESSE CANADIENNE

Le chef conservateur, Pierre Poilievre, a tenu une conférence de presse à Wainwright.

De passage dans sa circonscription pour y rencontrer ses concitoyens endeuillés, le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a maintenu que les Canadiens devaient faire preuve d’unité durant cette période difficile.

« Il n’y a pas de politique aujourd’hui. Il n’y a pas de conservateur, de libéral ou de néo-démocrate. On est tous là pour supporter les Forces armées et les familles qui sont touchées par la tragédie », a-t-il dit.

Il restera dans sa circonscription « aussi longtemps qu’il le faut », et s’adressera au Parlement virtuellement cette semaine. Le premier ministre doit lui aussi prendre la parole à la Chambre des communes, ce lundi.

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