Discours au Parlement européen | Mark Carney accepte de former une alliance avec l’Union européenne

(Ottawa) Le premier ministre Mark Carney a appelé le Canada et l’Union européenne à se regrouper pour faire face à la tempête déclenchée par l’administration Trump aux États-Unis et la perte de souveraineté des États causée par les géants du web. Il accepte donc l’offre lancée la veille par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, tout en tentant de définir à quoi ressemblerait une telle alliance.
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« C’est une tempête féroce. Un arbre isolé tombera sous sa violence. Une forêt, non », a-t-il déclaré jeudi dans son discours devant le Parlement européen à Strasbourg, en France. Il a été chaudement applaudi par les députés européens.
La veille, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait proposé que le Canada soit le premier pays à devenir « membre associé », un statut qui n’existe pas pour le moment. Il ne s’agirait donc pas de devenir le 28e État membre de l’Union européenne, ce qui impliquerait une perte de souveraineté pour le gouvernement canadien.
Le premier ministre canadien a été catégorique sur ce point lorsqu’il a répondu aux questions des journalistes après son discours. « Le Canada n’est ni en mesure de devenir membre à part entière de l’Union européenne, ni ne cherche à le devenir, a-t-il dit. Il s’agit donc d’un cadre différent. »
Il s’est engagé à la tenue de débats et d’un vote au Parlement canadien sur cette nouvelle « Alliance pour l’avenir ».
Dans son discours devant le Parlement européen, il a fait référence à Faust, personnage tragique des écrits de Goethe et a cité dans sa langue l’écrivain allemand du 19e siècle.
« La liberté et la vie doivent être méritées chaque jour. Chaque jour. Pas une seule fois en 1945, en 1956 ou en 1989. Chaque jour, y compris celui-ci », a-t-il dit en faisant allusion à la fin de la Seconde Guerre mondiale, à la Révolution hongroise contre le régime communiste prosoviétique et à la chute du mur de Berlin.
« Une alliance pour l’avenir est une approche unique et positive que nous définirons ensemble, en nous appuyant sur nos forces communes et sur des valeurs partagées », a-t-il dit avant d’expliquer ce qu’une telle alliance signifierait pour le Canada.
Une coopération stratégique pour le développement des minéraux critiques, la capacité industrielle de défense, l’intelligence artificielle, la sécurité énergétique, l’espace et les paiements. Cela inclurait de nouvelles infrastructures portuaires dans le Grand Nord et dans l’Atlantique, la participation du Canada au programme Erasmus+pour les échanges étudiants et à la nouvelle mouture du programme Horizon Europe pour le financement de la recherche et de l’innovation.
Je tiens à préciser ce que je ne propose pas. Je ne propose pas un troisième bloc destiné à rivaliser avec les grandes puissances, mais avec de meilleures manières.
Cette phrase n’est pas passée inaperçue aux États-Unis. La chaîne CNN s’est empressée de lancer une alerte pour signaler que le premier ministre canadien visait le président américain Donald Trump. Ce dernier avait menacé la veille de cesser de commercer avec l’Union européenne si l’alliance avec le Canada se concrétisait.
Le premier ministre Carney est la coqueluche à Strasbourg. À son arrivée, Mark Carney a pris une photo avec une députée européenne qui portait un chandail de hockey avec le numéro de Sidney Crosby. Les élus se pressaient pour aller lui serrer la main. Il faut dire que le diagnostic de rupture de l’ordre mondial posé dans son discours à Davos en janvier résonne encore là-bas.
PHOTO YVES HERMAN, REUTERS
Le premier ministre Mark Carney prenant la pose avec la députée européenne allemande Terry Reintke, députée du Groupe des Verts.
Cette nouvelle menace n’a pas semblé refroidir l’ardeur des élus européens qui ont longuement ovationné le premier ministre Carney jeudi à l’issue de son discours.
Seule note discordante lorsque Mark Carney s’est approché du podium, un député européen a scandé « USA, USA ! », ce qui a déclenché des murmures de désapprobation dans l’Hémicycle.
Les détails de cette alliance — ou ce membership associé — du Canada avec l’Union européenne doivent être définis lors du Sommet Canada-Union européenne qui aura lieu à Montréal les 29 et 30 octobre.
L’Union européenne est une organisation qui regroupe 27 pays du Vieux Continent avec un Parlement et des députés qui peuvent adopter des lois supranationales. Ils siègent au Parlement européen à Strasbourg, en France. La Commission européenne est branche exécutive avec une bureaucratie. Elle siège à Bruxelles en Belgique.
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