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Wednesday, September 16, 2026

Arrondissement du Sud-Ouest | Des manifestants appellent à la fermeture de la Maison Benoît Labre

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Environ 200 à 300 personnes ont manifesté mardi soir à Montréal devant la Maison Benoît Labre pour exiger la fermeture de ce refuge, qui abrite également un centre d’injection supervisé. Au même moment, un « rassemblement solidaire » s’est tenu non loin, en soutien à l’organisme.

Publié à Mis à jour à

« Je ne veux pas mettre ça dans la cour de quelqu’un d’autre », précise d’emblée Herman Alves, un commerçant et propriétaire du coin qui a participé à la manifestation. « Mais la Maison Benoît Labre a été construite au mauvais endroit. »

Plusieurs incidents de cohabitation sont survenus depuis l’inauguration de cette ressource, en 2024, dans l’arrondissement du Sud-Ouest. Celle-ci est située à proximité immédiate d’une école primaire et est fréquentée chaque jour par des dizaines de personnes en situation d’itinérance.

La manifestation était organisée par Peter Sergakis, qui possède plusieurs commerces, de même que des immeubles commerciaux et résidentiels dans le quartier.

« Il faut la fermer immédiatement. Pas demain, pas dans un an », martèle-t-il, ajoutant que certains de ses employés refusent de venir travailler et que la ressource fait fuir sa clientèle. « Les sans-abri ont besoin d’aide, mais pas comme ça. On ne peut pas les piquer puis juste les mettre dans la rue. »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Des citoyens ont pris la parole lors de la manifestation.

La Maison Benoît Labre doit déjà déménager au moins partiellement d’ici trois ans, en vertu d’une loi adoptée à Québec en 2025 et fixant une distance minimale de 150 mètres entre un site de consommation de drogue supervisé et une école.

« Mais on ne peut pas attendre jusque là », affirme Herman Alves, évoquant de nombreux incidents avec ses locataires ou devant son commerce. « Ce sont des personnes vulnérables, mais nous aussi, nous sommes victimes de la situation. »

Un rassemblement en soutien à la Maison Benoît Labre

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Plusieurs manifestants ont apporté leur soutien à la Maison Benoît Labre.

Au même moment, un « rassemblement solidaire » a eu lieu près de la station de métro Lionel-Groulx, située non loin de là. Organisée par le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), celle-ci a rassemblé environ 250 personnes, selon sa directrice, Annie Savage.

Cette dernière déplore que ce genre de manifestation amène un « climat hostile », qui nuit au travail des personnes œuvrant dans les services communautaires. « On fait partie de la solution, pas du problème », dit-elle.

« Dans le fond, ces personnes ont un discours qui n’est pas loin du nôtre », souligne-t-elle. « Tout le monde s’entend pour dire qu’il faut agir. Mais nous sommes pointés comme étant responsables d’une crise sur laquelle le gouvernement n’agit pas assez. »

« Il faut diriger notre colère vers la bonne cible », martèle-t-elle. « Là, c’est comme si on tapait sur des pompiers alors qu’ils essayent d’éteindre un feu. »

La direction de la Maison Benoît Labre n’a pas voulu accorder d’entrevue à La Presse sur la manifestation, mais elle a diffusé un message sur ses réseaux sociaux prévenant de la fermeture anticipée de la ressource pour « assurer la sécurité et la dignité de tous » et appelant à maintenir « un climat de respect et de bienveillance envers toutes les personnes de notre quartier ».

Des contre-manifestants interviennent

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Un contre-manifestant a interpellé les gens présents sur place.

Pendant la manifestation, des contre-manifestants sont intervenus sur la scène et dans le public pour huer les intervenants et manifester leur solidarité avec la Maison Benoît Labre. « Non à la haine », « On t’aime, MBL » et « Déplacer la ressource, c’est déplacer le problème », pouvait-on lire sur leurs pancartes.

« Les ressources s’implantent là où est le besoin, elles ne le créent pas », a souligné Dan Murphy, l’un des contre-manifestants, en entrevue avec La Presse. « Si la Maison Benoît Labre fermait demain, il y aurait des personnes vulnérables jusque dans la cour de l’école. Ce serait bien pire. »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Jonathan Minz et Jacqueline Lam résident dans le quartier.

De leur côté, Jonathan Minz et Jacqueline Lam sont venus à la manifestation avec leur fils d’un an, Jeremy. Ils ont emménagé dans cette rue deux ans avant l’ouverture de la Maison Benoît-Labre. Ils évoquent des incidents « tous les jours » avec des personnes fréquentant la ressource, alors qu’ils emmènent leur fils à pied à la garderie.

« On voit des gens nus, à la vue des enfants. Ou des gens qui fument du crack », détaille le père du petit.

« On est dans le quartier le plus défavorisé de Montréal et personne n’en parle », renchérit sa conjointe.

Gisèle Brisebois, elle, vit dans le quartier depuis 2004. « Le climat a tellement changé. C’est effrayant, on ne sait plus quoi faire », déplore-t-elle, affirmant avoir été victime de vols et de vandalisme.

Le ton a monté à quelques reprises entre les manifestants et les contre-manifestants, mais sans débordements majeurs. Le SPVM était présent, mais n’a pas été en mesure d’indiquer à La Presse si des arrestations avaient eu lieu.

La mairesse lance un appel au calme

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada

Plus tôt mardi, Soraya Martinez Ferrada a demandé aux manifestants de faire preuve de « compassion ».

« Soyons tolérants avec les autres. Je pense que c’est important de ne pas déverser notre colère sur les intervenants sociaux, qui sont des gens qui aident les personnes en situation d’itinérance, les citoyens les plus vulnérables », a-t-elle dit, en marge d’une conférence de presse. « Ce sont des gens qui font un travail que plusieurs d’entre nous ne feront jamais. Je pense que c’est important de se rappeler de ça. »

Je vais interpeller tout le monde ce soir : gardons le calme. Nous travaillons très fort pour trouver des solutions de transition, pour offrir plus de services répartis de façon équitable sur le territoire pour éviter la concentration de problématiques sociales.

Soraya Martinez Ferrada

Une pétition a été lancée en juin dernier pour presser à la fois la Ville, la province, le gouvernement fédéral et le SPVM d’agir dans ce dossier.

Lisez l’article « Site de consommation supervisée : rien n’est réglé à la Maison Benoît Labre »

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