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Thursday, October 8, 2026

Crise de l’itinérance | Montréal veut faire fermer une maison de chambres

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La Ville de Montréal tente de faire fermer l’une des plus importantes maisons de chambres de la métropole, au risque de fragiliser des dizaines de locataires vulnérables et de les pousser dans la rue.

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La Résidence Bellerive, sur la rue Notre-Dame à Pointe-aux-Trembles, était une résidence pour aînés jusqu’en 2020. Privé d’accréditation, son propriétaire Juoji Shan s’est mis à louer ses 122 chambres à bas coût sur une base mensuelle, attirant de nombreuses personnes à court d’options de logement.

Cet usage n’est toutefois pas conforme au zonage du terrain, soutient la Ville de Montréal. Elle a demandé « l’expulsion de tous les locataires de l’Immeuble dans un délai de 365 jours », rapporte un jugement rendu en janvier dernier et qui accède à la demande de la Ville. La décision « interdit » aussi à quiconque « de louer ou d’offrir en location, sous quelque forme que ce soit, des chambres » à cet endroit. Son effet est toutefois suspendu, puisque le propriétaire de l’immeuble a interjeté appel.

Francisco habite l’immeuble (un ancien motel) depuis un an. Il n’a pas d’autre endroit où loger, plaide-t-il, et risque de se trouver dans la rue s’il perd sa chambre. « Il y a pas mal de monde qui se ramasserait dehors, sans place où aller. Dont moi », laisse-t-il tomber. « J’ai 60 ans. J’ai une retraite de la construction de 126 $ par mois. Une autre de 121 $ de Retraite Québec. Et j’ai 666 $ de BS. »

En cas de fermeture de la résidence, ses occupants pourraient finir « dans les tentes sur la rue Notre-Dame », a averti Claude Rochon, qui y habite depuis cinq ans. Faire fermer l’endroit, « ce n’est pas une bonne idée », à son avis. Il estime que « les trois quarts » des résidants sont à risque d’itinérance. Son ami Mario Laforest souligne qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de capacité de payer : « Pour louer quelque chose, maintenant, [les propriétaires] font une enquête de crédit tout le temps. Même si tu as un revenu, si ton crédit n’est pas bon, ils ne te louent pas », plaide-t-il. Alors qu’ici, le propriétaire n’est pas regardant.

La fermeture de la Résidence, « ça mettrait beaucoup de monde dehors, carrément dans la rue », a fait valoir André Émond, qui y vit depuis trois ans, en évoquant des voisins « très vulnérables ». « Moi, j’ai d’autres solutions, mais je connais beaucoup de personnes ici qui n’en ont pas. […] Il n’y a pas d’autres places. »

« Recherche de solution pérenne pour les résidants »

La Ville de Montréal, le maire de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles et le responsable de l’itinérance de l’administration de Soraya Martinez Ferrada, Claude Pinard, ont tous refusé la demande d’entrevue de La Presse, parce que le dossier se trouve devant les tribunaux.

La procédure judiciaire contre le propriétaire de la Résidence Bellerive a été lancée en 2021, après de multiples plaintes de voisins pour nuisance. La « clientèle difficile et hétéroclite » a forcé la police et le milieu communautaire à intervenir « des centaines » de fois dans les premiers mois de la transformation de la Résidence Bellerive en maison de chambres.

Depuis, les problèmes de cohabitation se sont atténués, selon deux voisins et un organisme communautaire interrogés par La Presse. Mais la Ville de Montréal a maintenu sa demande en justice pour faire fermer les lieux (à moins de retour au statut officiel de résidence pour aînés, ce qui demanderait des changements importants).

Marie-Claude Baril, conseillère municipale du secteur et élue de l’opposition, a expliqué à La Presse que la situation de la Résidence Bellerive était bien connue des acteurs du quartier, qui se réunissent fréquemment pour en discuter.

« Quand j’ai été élue [en 2021] et que j’ai pris connaissance de ça, j’étais comme mal à l’aise » avec la position défendue par la Ville de Montréal, a-t-elle dit. « Parce que […] mettre des gens à la rue, ça n’avait aucun sens. »

Au fil des mois, les services municipaux, les élus et d’autres partenaires ont toutefois décidé d’utiliser ces procédures judiciaires pour mettre de la pression sur le propriétaire de la Résidence, a-t-elle dit. « Le propriétaire est loin d’être exemplaire. C’est un mauvais propriétaire. Ça fait aussi partie de l’équation dans notre recherche d’une solution pérenne pour les résidants. » Cet avis sévère est d’ailleurs soutenu par le comité logement local, Infologis de l’Est, qui dénonce l’état déplorable de l’immeuble (infestations de souris et d’insectes comprises), ainsi que des expulsions illégales.

PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE

La résidence Bellerive, sur la rue Notre-Dame, à Pointe-aux-Trembles

Malgré le plaidoyer des avocats municipaux devant la justice, l’objectif véritable de l’arrondissement – du moins lorsqu’il était administré par Projet Montréal, jusqu’en novembre 2025 – n’était pas l’expulsion des locataires, précise-t-elle. « On a bien dit qu’on voulait que personne ne soit dehors à la rue », a fait valoir Mme Baril. « On veut continuer à se parler. Il y a un délai d’un an qui a été mis pour trouver une entente pour régulariser la situation : soit qu’un nouvel acquéreur [se manifeste], soit qu’on soutienne le propriétaire, soit qu’il y ait moins de logements. » Elle a dit espérer que la nouvelle administration locale, élue en novembre dernier, soit sur la même ligne.

Un droit de préemption a été inscrit sur l’immeuble, permettant à la Ville d’obtenir un droit de premier refus en cas de vente.

« Pas de solution miracle »

L’organisme Prévention Pointe-de-l’Île, qui lutte notamment contre l’itinérance dans l’est de Montréal, tient un kiosque chaque mardi devant l’ex-Résidence Bellerive afin d’apporter du soutien aux résidants.

En entrevue avec La Presse, la directrice Johanne Daigle assure qu’il y a « un plan de transition dans les cartons d’un peu tout le monde qui est concerné », si la résidence venait à fermer. Il n’y a toutefois pas de chambres toutes prêtes qui peuvent accueillir ces résidants en cas d’expulsion.

« Il n’y a pas de solution miracle. Comme quartier, on travaille justement sur un hébergement avec intervention qu’on voudrait mettre en place, mais ça va rendre plusieurs années. On a mis en place une roulotte mobile en cas de besoins à très court terme », a continué Mme Daigle. « Mais il manque des mesures pour garder les gens en logement. »

Tout le monde est préoccupé par le sort des individus derrière ça. Ce serait un drame si on ne pouvait pas trouver de solution pour eux.

Johanne Daigle, directrice de l’organisme Prévention Pointe-de-l’Île

Le propriétaire, Juoji Shan, n’a pas accordé d’entrevue à La Presse.

Devant la justice, il a fait valoir que le zonage applicable à son immeuble autorisait la présence d’une « maison de retraite », ce qui ne correspond pas obligatoirement à la définition d’une « résidence pour aînés » telle qu’elle existe dans le réseau de la santé.

La justice n’a pas suivi son raisonnement. « Les activités qu’exerce [le propriétaire] sur l’Immeuble depuis la perte de sa certification relèvent de l’usage “maison de chambres”. Celles-ci sont incompatibles avec le type de vocation “maison de retraite” envisagée par le règlement et dérogent à la réglementation de zonage en vigueur de la Ville », a tranché la juge Johanne Mainville de la Cour supérieure.

Les audiences ayant mené à cette décision se sont déroulées juste avant et juste après les élections municipales du 2 novembre dernier.

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