Avec le soutien de la France, Dassault veut faire voler son avion spatial réutilisable dès 2028

Trois mois après l’enterrement de l’avion de combat franco-allemand, Dassault Aviation revient avec un partenaire allemand sous le bras et un avion spatial dans les cartons. Cette fois, les rôles sont distribués avant le décollage.
L’Europe avait un chantier aéronautique ambitieux, mais qui a laissé une tâche dans les relations franco-allemandes. Lancé en 2017 par Paris et Berlin, le projet SCAF a officiellement rendu l’âme le 8 juin dernier. Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont alors acté, dans un communiqué commun, l’incapacité de Dassault et d’Airbus à s’entendre sur qui commandait. Le 10 septembre, en clôture du Sommet international sur l’espace à Paris, le même Emmanuel Macron a annoncé le soutien de la France à Vortex, l’avion spatial réutilisable de Dassault Aviation. Le constructeur, qui développe l’engin avec l’Allemand OHB, a salué la décision dans un communiqué publié dans la foulée.
Ce que Vortex doit faire, et avec qui
Vortex n’est pas une fusée mais un avion : il rejoint l’orbite basse, y accomplit sa mission, puis revient se poser sur une piste, comme un avion de ligne, avant de repartir. Dassault y voit une famille d’appareils, civils et militaires (surveillance comprise), pour transporter du fret, mener des expériences en apesanteur, déposer, ravitailler ou récupérer des satellites, avec une version habitée envisagée à plus long terme. Le calendrier commence modestement : Vortex-D, un démonstrateur à l’échelle un tiers, doit voler pour la première fois en 2028, avec 30 millions d’euros apportés par la DGA et le CNES depuis juin 2025. Suivront Vortex-S, aux deux tiers de la taille finale, proposé à l’Agence spatiale européenne, puis les versions cargo et habitée.
Autour du duo Dassault-OHB, formé en mai, gravitent déjà APCO Technologies, MT Aerospace, Sener, Sonaca ou Space Cargo Unlimited, et la propulsion du démonstrateur a été confiée en avril à Arkadia Space. Le montant du soutien annoncé le 10 septembre n’a pas été précisé. Le sommet a par ailleurs aligné près de 20 milliards d’euros d’engagements pour la filière européenne, sans les géants américains, restés à la maison. Éric Trappier, le patron de Dassault, a surtout retenu la suite : ce projet, soutenu par la France, « doit conduire plusieurs pays, l’Allemagne et d’autres, à rejoindre cette ambition pour la maîtrise de la mobilité dans l’espace ».
Pourquoi ce couple franco-allemand n’est pas le SCAF
Le SCAF est mort d’une question de commandement : Dassault, chef de file de l’avion lui-même, réclamait une autorité claire sur le programme, et Airbus refusait de se contenter d’un rôle de sous-traitant, d’après les explications de Berlin. L’équipe Vortex a été dessinée à l’inverse, et trois semaines avant l’enterrement du SCAF : Dassault est « architecte et intégrateur global », OHB se charge du module de service de Vortex-S, et chacun sait qui signe les plans. Marco Fuchs, le patron d’OHB, a insisté sur deux « entreprises familiales de haute technologie » aux atouts complémentaires, l’avionneur d’un côté, le spécialiste des satellites de l’autre (le contraire, en somme, d’un consortium à trois têtes). L’invitation lancée à Berlin le 10 septembre se lit à cette lumière : l’Allemagne est la bienvenue, mais dans une maison dont l’architecte est déjà nommé.
Reste la question du pourquoi, et elle se pose au-delà du Rhin. Les États-Unis font voler le X-37B, l’avion spatial automatique de leur armée, depuis 2010, et la Chine a mené plusieurs missions avec un engin comparable, dans le plus grand secret. L’Europe, elle, n’a plus rien de tel depuis l’abandon d’Hermès au début des années 1990, un projet sur lequel Dassault avait déjà planché (la mémoire industrielle a la vie dure). L’Agence spatiale européenne prépare bien Space Rider, mais il s’agit d’un engin cargo automatique qui revient sous parachute, pas d’un avion. Dans un sommet placé sous le signe de la « préférence européenne », un appareil capable de déposer, réparer ou récupérer des satellites, militaires compris, devient un argument de souveraineté autant qu’un objet technique.
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