Midterms aux États-Unis: ces États américains où va se jouer la bataille pour le contrôle du Sénat

Le 3 novembre, les midterms pourraient bouleverser l’équilibre des pouvoirs à Washington. Des bastions républicains aux États les plus disputés, tour d'horizon des dix batailles électorales qui seront déterminantes pour savoir qui, des démocrates ou des républicains, contrôlera le Sénat.
En vertu de la loi constitutionnelle américaine, la totalité de la Chambre des représentants va être renouvelée ainsi qu’environ un tiers des sièges du Sénat. Sur les 35 sièges remis en jeu cette année, 13 sont détenus par des démocrates et 22 par des républicains qui sont donc sur la défensive alors que la côte de popularité de Donald Trump n’a jamais été aussi faible.
Tous les signaux semblent au rouge pour le président américain et tous les sondeurs prédisent une défaite du camp républicain. Personne ne s’avance en revanche sur l’ampleur qu’elle pourrait prendre. Les républicains pourraient en effet perdre leur majorité à la Chambre des représentants, mais le contrôle du Sénat est aussi en jeu. Les démocrates, qui comptent actuellement 45 sièges, plus deux sénateurs indépendants alliés, ont besoin de remporter quatre sièges supplémentaires lors de ces élections. La plupart se trouvent dans des États étiquetés comme républicains, mais les démocrates espèrent bien créer la surprise dans plusieurs d’entre eux.
Tour d’horizon de neuf batailles sénatoriales qui décideront de l’issue du scrutin.
Les sièges à défendre pour les démocrates
- La Géorgie
Traditionnellement républicain, cet État qui avait voté Donald Trump en 2016 avant de choisir Joe Biden en 2020 est depuis considéré comme un « swing state », ces États qui penchent d’un côté ou de l’autre à la faveur des différentes élections. À l’issue de la présidentielle de 2020, les démocrates avaient réussi l’exploit d’envoyer dans la foulée deux de leurs candidats siéger au Sénat.
L’un d’entre eux, Jon Ossoff, remet son siège en jeu cette année face au républicain Mike Collins. À 39 ans, Jon Ossoff est le benjamin du Sénat, mais c’est aussi l’étoile montante du Parti démocrate. Séduits par son calme et son charisme, de nombreux observateurs voient en lui des similitudes avec Barack Obama et vont jusqu’à lui prédire un destin présidentiel. Avant de rêver à la Maison Blanche, il lui faudra d’abord remporter cette élection et conserver ce siège capital pour les démocrates. Les sondages lui donnent de bonnes chances de l’emporter.
- Le Michigan
Les démocrates sont sur la défensive dans le Michigan où ils espèrent conserver le siège du sénateur Gary Peters, qui prend sa retraite. La candidature d’Abdul El-Sayed fait figure de test pour l’aile la plus à gauche du parti. Vainqueur de la primaire démocrate face à une candidate de l’establishment local plus modérée, Abdul El-Sayed doit absolument conserver ce siège pour conserver les chances des démocrates de s’emparer de la majorité au Sénat.
Très critique à l’égard du soutien à Israël, ce médecin de 41 ans fait une campagne progressiste très à gauche et a reçu le soutien de personnalités démocrates comme Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortes ou le maire de New York Zohran Mamdani. En cas de victoire, il pourrait devenir le premier musulman à siéger au Sénat américain, mais il devra pour cela convaincre toute une frange d’électeurs démocrates plus modérés.
Face à lui, on retrouve un ancien membre de la Chambre des représentants, Mike Rogers, qui avait déjà échoué à se faire élire au Sénat en 2024. L’élection s’annonce très serrée, même si les sondeurs donnent un léger avantage à Abdul El-Sayed.
- Le New Hampshire
C’est l’autre siège que les démocrates doivent absolument défendre s’ils veulent conserver leur chance de remporter le contrôle du Sénat. Après trois mandats, la sénatrice démocrate sortante Jeanne Shaheen a décidé de ne pas se représenter. C’est le représentant Chris Pappas qui a été investi par les démocrates pour faire face au candidat républicain et par ailleurs ancien sénateur du New Hampshire de 2003 à 2009, John Sununu.
Les projections des sondeurs donnent de bonnes chances à Chris Pappas de l’emporter en le créditant régulièrement de 5 points d’avance sur son concurrent. Mais le New Hampshire est un État particulièrement difficile à décrypter car si ses deux sénateurs et ses deux représentants en poste à Washington sont tous à ce jour démocrates, le gouverneur de l’État est républicain. En 2024, Kamala Harris y a devancé Donald Trump d’une courte tête, alors que 31,9 % des électeurs s’y déclarent républicains, 28,1 % démocrates et 39,9 % indépendants.
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Des sièges républicains en grand danger
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La Caroline du Nord
La Caroline du Nord a voté pour Donald Trump lors des trois dernières élections présidentielles, mais tout comme la Géorgie voisine, c’est un État qui connaît une dynamique démographique favorable aux démocrates. Le sénateur sortant Tom Tillis a annoncé ne pas vouloir briguer de nouveau mandat. Les républicains ont investi Michael Whatley pour lui succéder, mais ce stratège du « Grand Old Party » (GOP) pourrait pâtir de sa grande proximité avec Donald Trump alors que ce dernier atteint des sommets d’impopularité.
Les sondages donnent une nette avance au candidat démocrate Roy Cooper. À 69 ans, il a été élu à quatre reprises procureur général de l’État et deux fois gouverneur en 2016 et 2020 alors que Donald Trump, ce qui en dit long sur sa popularité dans le « Old North State ».
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- L'Ohio
Longtemps considéré comme un « swing state », l’Ohio a voté pour Donald Trump et a voté républicain lors de toutes les élections majeures depuis la présidentielle de 2016. Ces midterms font donc figure de test pour la politique trumpiste dans un État dont est originaire le vice-président J.D. Vance.
C’est justement son successeur au Sénat, Jon Husted, qui va tenter de conserver son siège face à Sherrod Brown. Ce démocrate a déjà été sénateur de l’Ohio pendant 18 ans avant de se faire balayer par Bernie Moreno soutenu par Donald Trump en 2024. L’ex-sénateur revient donc cette fois pour tenter de récupérer un siège dans un État où les sondages ont beaucoup fluctué.
Malgré un État ancré dans le camp républicain depuis une bonne dizaine d’années, ce duel entre les deux sénateurs pourrait bien tourner à l’avantage des démocrates car les sondages récents donnent Sherrod Brown en tête de trois à quatre points face à son concurrent républicain.
- Le Maine
L’État du Maine n’a jamais voté pour Donald Trump à l'élection présidentielle, mais c’est pourtant bien une candidate républicaine qui doit y défendre son siège au Sénat lors de ces élections de mi-mandat. Décrite comme une des figures les plus modérées du parti républicain, Susan Collins devait initialement faire face au candidat démocrate Graham Plattner, mais ce dernier a finalement jeté l’éponge début juillet après avoir été accusé de viol par une de ses anciennes compagnes. Des accusations qu’il réfute.
Il a très vite été remplacé par Troy Jackson, l’ancien président du Sénat du Maine, mais il lui a été difficile de recréer une dynamique de campagne favorable après le scandale suscité par les accusations portées contre Graham Plattner. Les projections donnent aujourd’hui une bonne chance de l’emporter à Troy Jackson qui est en général crédité de trois à quatre points d’avance sur Susan Collins, qui se présente pour un sixième mandat.
- Le Texas
La surprise la plus retentissante de ces élections de mi-mandat pourrait venir du « Lone Star State ». Les Texans ont voté à 56 % pour Trump en 2024 et ils n’ont plus envoyé de démocrate au Sénat depuis 1988, mais cette élection pourrait mettre fin à 38 ans de suprématie républicaine. Les sondages peinent à départager James Talarico, un jeune élu démocrate de 37 ans et ancien séminariste, de Ken Paxton, l’ancien procureur général de l'État empêtré dans plusieurs polémiques.
Donald Trump a sans doute facilité la tâche des démocrates en soutenant pour cette élection son propre candidat plutôt que le sénateur républicain sortant et plus modéré, John Cornyn, qui a perdu la primaire du parti.
Signe de l’inquiétude des républicains face à une potentielle défaite au Texas, le président américain a déjà fait trois déplacements dans l’État pour soutenir Ken Paxton et le GOP n’hésite pas à dépenser des millions de dollars en publicité pour son candidat dans un État pourtant normalement acquis à la cause républicaine. La course s’annonce très serrée et les sondages donnent régulièrement Talarico trois à quatre points devant Paxton.
La bataille pour le poste de gouverneur s’y annonce par ailleurs également très serrée. Actuellement très impopulaire, le gouverneur Greg Abbott se présente pour un quatrième mandat et peine à faire décoller sa campagne. Il est talonné de très près par la candidate démocrate Gina Hinojosa.
Les « toss-up states » que l'on n'avait pas vu venir
- L'Alaska
L’Alaska n’a plus voté pour un candidat démocrate à la présidentielle américaine depuis Lyndon Johnson en 1964. C’est donc peu de dire qu’il s’agit d’un véritable bastion républicain. Le siège de sénateur de Dan Sullivan, qui se présente à sa réélection pour un troisième mandat, est pourtant en danger. La faute notamment à un homonyme du nom de Dan Sullivan, un enseignant de 70 ans à la retraite qui s’est inscrit à l’élection sur la bannière républicaine, sans pour autant avoir obtenu le soutien du parti. Cette situation ubuesque pourrait coûter de nombreuses voix au sénateur Dan Sullivan en perturbant les électeurs dans l’isoloir.
Par ailleurs, la candidate démocrate Mary Peltola mène une campagne très remarquée qui la met au coude à coude avec son adversaire républicain. Elle pourrait devenir la première native de l’Alaska à représenter l’État au Sénat. Elle n’est pas novice en politique puisqu’elle a été élue à la Chambre des représentants en 2022 en battant la très médiatique Sarah Palin. Sa campagne a pour devise « fish, family and freedom » (le poisson, la famille et la liberté) et met l’accent sur l’autonomie de l’Alaska et la défense des pêcheries locales. La bataille s’annonce très serrée, les sondeurs classent désormais « The Last Frontier » comme un « toss-up state » (soit un État qui va se jouer à pile ou face), avec pour le moment un très léger avantage à Dan Sullivan (le sénateur sortant et non pas son homonyme).
- L'Iowa
État rural et agricole touché de plein fouet par la hausse des droits de douane et du prix du carburant, l’Iowa n’est plus considéré comme un véritable « swing state » depuis qu’il a été remporté par Donald Trump lors des trois dernières élections présidentielles. Le milliardaire l’avait même emporté avec 13 points d’avance en 2024. Mais la situation économique met grandement en danger le siège de la sénatrice républicaine Joni Ernst qui a décidé de partir à la retraite.
C’est la représentante Ashley Hinson qui a été investie par le GOP pour remporter le siège en lice. Elle affronte Josh Turek, un élu local et ancien joueur paralympique de basket qui fait campagne sur les questions de santé pour tenter de rallier à lui les électeurs indécis. Les sondages annoncent une bataille très serrée et certains analystes classent désormais cet État comme un « toss-up state ».
- Le Kansas
Voir les démocrates ne serait-ce qu’envisager gagner un siège au Sénat dans cet État semblait proprement inimaginable il y a encore quelques mois dans un État remporté avec 16 points d’avance par Trump en 2024. Le « Sunflower State » n'a plus envoyé de démocrate au Sénat depuis 1932 ! Mais la situation économique et le mécontentement à l’égard de l’administration Trump a, contre toute attente, transformé cet État acquis aux républicains comme un terrain de bataille potentiel pour les démocrates qui ont décidé d’investir plus d’argent que prévu dans la campagne.
Candidat à sa réélection, le sénateur sortant Roger Marshall fait face à Adam Hamilton, un pasteur méthodiste qui tente de séduire au-delà de l’électorat démocrate traditionnel. Les sondages projettent un résultat extrêmement serré entre les deux candidats et le Kansas est, lui aussi, désormais considéré comme un « toss-up state ».
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