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Wednesday, November 4, 2026

Réunion du Commonwealth | Carney dit que le Canada est une voix « pour la justice » en matière d’esclavagisme

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(Saint John’s) Le premier ministre Mark Carney affirme que le Canada se fait le porte-parole de la « justice » alors que le Royaume-Uni envisage de présenter des excuses officielles pour son rôle dans la traite transatlantique des esclaves.

Publié à Mis à jour à

Anja Karadeglija La Presse Canadienne

M. Carney se trouvait mardi à Antigua-et-Barbuda, dans les Caraïbes, pour une réunion des dirigeants du Commonwealth, au cours de laquelle les appels à des réparations de la part du Royaume-Uni pour son rôle dans la traite négrière ont occupé une place prépondérante.

Quelques jours avant le début du sommet, le premier ministre britannique Andy Burnham a déclaré que son gouvernement envisagerait de présenter pour la première fois des excuses pour son rôle dans la traite transatlantique des esclaves, mais a précisé que la question des réparations n’était pas à l’ordre du jour.

Dans son discours d’ouverture du sommet mardi, le premier ministre d’Antigua, Gaston Browne, a rappelé que la dernière réunion du Commonwealth, qui s’était tenue à Samoa en 2024, avait abouti à un accord selon lequel « le moment était venu d’engager un dialogue constructif, sincère et respectueux sur la justice réparatrice ».

« Nous devons désormais donner suite à cet engagement par le biais d’un dialogue structuré et inclusif sur les conséquences durables de l’esclavage et du colonialisme, avec la détermination de progresser et la volonté de parvenir à un consensus », a expliqué M. Browne.

Dans son discours prononcé lors du sommet, le roi Charles a qualifié la traite transatlantique des esclaves de « chapitre honteux de l’histoire », mais n’a pas présenté d’excuses.

« Nous ne pouvons pas changer les actes de ceux qui nous ont précédés. Nous pouvons toutefois tirer les leçons du passé, a déclaré le roi. La traite transatlantique et les personnes réduites en esclavage jettent encore une ombre sur ces îles et sur d’autres membres de notre Commonwealth. Comme je l’ai déjà dit, ce chapitre honteux de l’histoire remplit mon cœur d’horreur et mon âme d’une profonde tristesse personnelle. »

Quelques heures plus tard, interrogé par des journalistes sur les appels à des excuses officielles et à des réparations, M. Carney a répondu qu’Ottawa se faisait toujours le porte-parole de la « justice » et souhaitait jouer un rôle dans la recherche d’un consensus.

Il a précisé que M. Burnham avait abordé la question lors des réunions de mardi et qu’elle ferait l’objet d’une déclaration commune.

« Vous verrez dans le communiqué final le reflet de ce consensus, l’impact de ses propos et le processus mis en place pour aller de l’avant au sein du Commonwealth, a expliqué M. Carney. Nous soutenons cette démarche, qui s’inscrit dans le rôle que nous pouvons jouer en écoutant toutes les voix et en œuvrant à la recherche d’un consensus. »

Le communiqué final du sommet a salué l’engagement du gouvernement britannique « à mener un dialogue structuré, assorti d’un calendrier précis, inclusif et de bonne foi avec les parties concernées, afin d’aborder la question de la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage et des préjudices historiques qui en découlent ».

Des manifestants réclamant des réparations se sont rassemblés à l’extérieur du lieu de la réunion. M. Carney et M. Burnham figuraient parmi les dirigeants mondiaux qui sont passés devant eux pour se rendre à la cérémonie d’ouverture mardi.

« Techniquement, nous sommes libres, mais mentalement, beaucoup d’entre nous ne le sont pas, a lancé Shana Michelle, une manifestante originaire d’Antigua. Si vous observez la façon dont nous parlons de nous-mêmes, de notre peau, de nos cheveux, la manière dont nous nous décrivons, vous pouvez constater que ces vestiges du colonialisme sont encore présents dans notre langage, et nous devons nous en affranchir. »

Le Canada comme acteur majeur du Commonwealth

Les pays membres de la Communauté caraïbéenne (CARICOM), une organisation intergouvernementale représentant les pays des Caraïbes, ont proposé un plan en dix points pour les réparations.  

Plus tôt dans la journée, M. Carney a déclaré aux dirigeants du Commonwealth, lors d’un déjeuner de travail, que le Canada et les Caraïbes commençaient à peine à prendre conscience du potentiel de leurs relations commerciales.

« Plus d’un million de personnes au Canada ont des racines dans cette région, a expliqué M. Carney aux dirigeants réunis avant d’assister à l’ouverture de la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth dans la capitale, Saint John’s. Les échanges commerciaux sont en hausse, avec 4 milliards par an au total […] Ce n’est qu’un aperçu de ce qui est possible. »

M. Carney a commencé sa journée par une rencontre avec M. Browne, qui lui a assuré d’emblée que le Canada, « en tant que puissance moyenne, exerce une grande influence au sein du Commonwealth à l’échelle mondiale ».

Il a ajouté que le Canada pouvait contribuer à « renforcer l’importance du Commonwealth ». M. Carney a répondu que ce rassemblement constituait « une réunion d’une importance extraordinaire à un moment crucial ».

Le cabinet de M. Carney a indiqué dans un communiqué qu’il avait discuté avec M. Browne des moyens d’intensifier les efforts dans les domaines « du commerce et de l’investissement, de l’énergie, de la résilience climatique, de la jeunesse, du tourisme, des liens entre les peuples et des priorités des petits États insulaires en développement ».

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, s’est jointe à M. Carney lors de ce déjeuner de travail, au cours duquel le premier ministre a offert à chacun des dirigeants caraïbéens présents une bouteille de sirop d’érable.

Étaient présents les chefs d’État et les ministres des Affaires étrangères d’Antigua-et-Barbuda, des Bahamas, de la Barbade, du Belize, de la Dominique, de la Grenade, de la Guyane, de la Jamaïque, de Saint-Kitts-et-Nevis, de Sainte-Lucie, de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, ainsi que de Trinité-et-Tobago, aux côtés du secrétaire général de la CARICOM.  

« Nous savons tous à quel point le monde a changé. Nous y réagissons tous. Nous savons tous que la meilleure réponse consiste à renforcer nos liens d’amitié étroits », a indiqué Mark Carney dans son allocution d’ouverture lors du déjeuner.

M. Carney a également rencontré le président du Guyana, Mohamed Irfan Ali, qui l’a remercié pour son « immense leadership mondial » et pour avoir renforcé la coopération avec les pays des Caraïbes en matière de commerce, de sécurité et de biodiversité. M. Carney a également rencontré les dirigeants de l’Australie et du Ghana.

Il a ensuite déclaré aux journalistes que les dirigeants avaient discuté des opportunités commerciales et d’investissement, du renforcement des chaînes d’approvisionnement et de la promotion d’une croissance économique durable.

« C’est le moment où l’on change de cap, puis où l’on s’engage dans cette direction », a expliqué M. Carney aux journalistes. Il a précisé que sa visite d’une journée visait à « mettre en place certains des mécanismes qui rendent cette orientation possible ».

Il a évoqué des discussions sur l’énergie propre, la collaboration dans le secteur minier et le financement de la lutte contre le changement climatique – une cause que le Canada défend depuis quelques années et que les dirigeants des Caraïbes citent comme l’un de leurs défis les plus urgents.  

M. Carney s’est adressé aux dirigeants du Commonwealth lors d’une table ronde intitulée « Financement du développement », mais ses propos n’étaient pas ouverts aux médias et le cabinet du premier ministre a refusé de fournir une copie de son discours.

M. Carney a également assisté à un dîner organisé par le roi Charles à l’intention des nouveaux chefs de gouvernement du Commonwealth. Les dirigeants du Gabon, du Ghana, de Maurice, du Mozambique, de la Namibie et du Royaume-Uni devaient également y participer, a indiqué un porte-parole du cabinet du premier ministre.

Le Commonwealth est une coalition volontaire regroupant 56 pays. La plupart d’entre eux ont des liens avec l’ancien Empire britannique. La réunion des chefs d’État et de gouvernement a lieu tous les deux ans ; il s’agit de la première depuis l’entrée en fonction de Carney en mars 2025.

Le Commonwealth moderne a été fondé en 1949 et les pays du Commonwealth représentent ensemble 2,7 milliards d’habitants. Parmi les membres du Commonwealth figurent de grands pays, comme le Royaume-Uni, l’Australie, l’Inde et le Nigeria, ainsi que bon nombre des plus petits pays du monde – tels que Tuvalu, un archipel de l’océan Pacifique comptant environ 10 000 habitants.

Selon les experts, les liens avec les pays du Commonwealth peuvent aider le Canada à obtenir du soutien au sein d’instances multilatérales, telles que les Nations unies, une stratégie que le Canada a déjà mise en œuvre par le passé.

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