Crise de l’itinérance | Montréal « va manquer de places cet hiver » dans les refuges, s’inquiète la mairesse

La mairesse de Montréal lance un sérieux avertissement au gouvernement St-Pierre Plamondon. Malgré son aide d’urgence de 28 millions en itinérance, il manquera de places cet hiver dans les refuges de la métropole. Et elle n’est pas la seule : à Longueuil, Catherine Fournier s’attend aussi au même résultat.
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« Je vous le dis en toute connaissance de cause : on va manquer de places cet hiver, parce que la crise ne fait que s’accentuer. L’urgence ne peut pas devenir une solution permanente », a martelé Soraya Martinez Ferrada, jeudi, en ouverture du Sommet de l’habitation de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).
En mêlée de presse, l’élue a précisé qu’elle travaille à identifier 200 nouvelles places en contingence. « Actuellement, on a 3000 places, mais ce qu’on a demandé au gouvernement, c’est d’en avoir 3200 au minimum pour cet hiver. »
Au passage, elle a rappelé qu’en 2025, sept refuges d’urgence pour femmes à Montréal ont comptabilisé plus de 41 000 refus, faute de place. « C’est un chiffre qui doit nous interpeller. On doit créer des parcours de sortie de l’itinérance pour chacun des besoins spécifiques. »
Sa sortie survient au moment où on apprend que la patinoire extérieure de la rue Bernard Est ne rouvrira pas cet hiver, après plusieurs années d’activités, en raison de la présence d’un campement d’itinérants. Celui-ci est installé sous le viaduc Van Horne, dans le quartier du Mile End.
Outre des conflits avec des itinérants, les toilettes autonettoyantes, qui ont coûté plus de 300 000 $ à la Ville, sont devenues inaccessibles, étant surtout utilisées pour de la consommation de drogues. La Ville a tenté de déplacer ce campement, mais la Cour l’en empêche en raison du manque de ressources à proximité.
Protéger, avant de construire ?
Sur la Rive-Sud, la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, envisage l’hiver avec beaucoup d’angoisse. « On a les mêmes craintes que la Ville de Montréal. Nos réalités sont liées, dans le sens qu’on a seulement un pont qui nous sépare », nous a-t-elle répondu après son discours.
Souvent, les personnes en situation d’itinérance qui vont dans les ressources à Montréal viennent chez nous par la suite. Avec nos équipes, on est en train d’évaluer la pérennisation de notre halte-chaleur.
Mme Fournier a d’ailleurs appelé la nouvelle ministre de l’Habitation, Elsie Lefebvre, qui était sur place, à miser d’abord sur la protection du parc locatif pour « fermer les robinets de l’itinérance ».
« En ce moment, pour chaque nouveau logement à but non lucratif qu’on construit, ce sont 17 unités abordables perdues sur le marché privé actuellement. C’est l’angle mort de la crise. Oui il faut construire, mais il faut aussi urgemment protéger », a résumé la mairesse longueuilloise.
Piquée au vif, la ministre lui a répondu que de « préserver le parc de logements existants peut effectivement être une solution envisagée à court terme ». « On va regarder tout ce qui est possible, puis on va voir ce qu’on peut prioriser rapidement », a-t-elle prudemment évoqué.
Dans l’opposition, la porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a de son côté dénoncé que le soutien gouvernemental doit être augmenté. « 28 millions, c’est insuffisant. Le premier ministre doit ouvrir les cordons de la bourse, pour pas qu’un seul Québécois dorme dans la rue cet hiver », a-t-elle martelé.
Moins de bureaucratie, enfin ?
Aux maires réunis jeudi, la ministre Lefebvre a promis « un changement d’approche entre le gouvernement et les villes ». « On va rendre nos programmes beaucoup plus efficaces, pour rendre votre travail plus simple, plus efficace. Chaque jour, chaque mois qu’on gagne, c’est une possibilité de logement qui se rapproche. »
La volonté est bien reçue, mais bon nombre d’élus restent sur leurs gardes. Le maire de la capitale, Bruno Marchand, qui s’était déplacé pour l’occasion, s’est même permis une petite boutade à ce sujet.
« Avec mon équipe j’aurais une liste de 15 pages d’allégements réglementaires à vous proposer. Et je suis sûr que les mairesses de Montréal ou de Longueuil en ont encore plus que moi », a-t-il lancé, provoquant des rires dans la foule.
Sur une note plus sérieuse, M. Marchand a ensuite avancé que « les leçons du passé doivent nous servir ». « Il ne faut plus penser 1 an d’avance, il faut penser 5 ans d’avance, et arrêter d’avoir du financement annuel en itinérance. Sinon, on n’y arrivera juste pas. On la connaît, la crise. Les solutions existent. »
En savoir plus
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- 20 %
- L’ensemble des 82 municipalités de la CMM s’engagent à atteindre la cible de 20 % de logements hors marché, qui échappent à la spéculation immobilière, d’ici 2046. En ce moment, ce taux est à seulement 7 % sur l’île de Montréal.
Source : COMMUNAUTÉ MÉTROPOLITAINE DE MONTRÉAL (CMM)
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