Qu'est-ce qui freine la pratique du vélo en Afrique?

La bicyclette est le moyen de transport le plus écologique, mais sur le continent africain, elle se heurte au manque d'infrastructures et de pistes cyclables, alors que c'est en Afrique que la mortalité des cyclistes est la plus élevée au monde.
C'est le moyen de transport le moins polluant : le vélo n'utilise que nos muscles pour avancer, bien qu'ils soient parfois assistés par un moteur électrique. Face à la crise climatique, la bicyclette a donc de plus en plus d'adeptes, notamment en Europe, mais beaucoup moins en Afrique.
Il existe pourtant une culture du vélo sur le continent africain, selon les pays. Quand on dit vélo, on pense tout de suite au Burkina Faso. C'est là que les premiers vélos auraient été introduits en Afrique, à l'époque de la Haute-Volta, au début du XXe siècle. Le Burkina a accueilli la première course cycliste africaine en 1955, et pendant des décennies une usine fabriquait des vélos Peugeot à Ouagadougou.
À lire aussiLe vélo électrique est-il vraiment écologique?
Poulet-bicyclette
Parmi les pays cyclophiles, on peut aussi citer le Kenya, ou le Rwanda et son célèbre tour cycliste. Et on peut aussi évoquer les fameux « poulets-bicyclettes », ceux qu'on voit gambader en plein air et qui ont des cuisses aussi musclées que celles des cyclistes. Le poulet-bicyclette est d'ailleurs souvent transporté vers les marchés à vélo, accroché par les pattes.
Pour en revenir aux humains, l'intérêt du vélo, à part avoir de belles cuisses, est multiple. Le vélo est bon pour la santé, la nôtre et celle de la planète. « Je milite pour le vélo parce que j'estime que le vélo est par excellence un moyen de transport non polluant, explique l'Ivoirien Andy Costa, à la tête de la My Dream for Africa Foundation. Pour moi, le vélo est un levier d'impact positif sur notre santé, qui est notre premier capital. Notre continent, l'Afrique, gagnerait à faire beaucoup de vélo parce que nous souffrons beaucoup de maladies cardiovasculaires », avance l'éco surnommé « l'ambassadeur du vélo », éco-entrepreneur,
Mortalité routière
Mais le développement du vélo rencontre quelques obstacles en Afrique. On n'a pas forcément envie de pédaler au milieu des gaz des pots d'échappement, alors que les carburants et les voitures ne sont pas toujours aux meilleures normes. Il y a parfois aussi un élément socio-culturel : le vélo est vu comme réservé à ceux qui ne pourraient pas s'acheter une voiture.
Mais le principal frein au vélo, c'est la sécurité. Selon l'Unep, le programme de l'ONU pour l'environnement, 18 cyclistes sont tués chaque jour en Afrique ; un chiffre qui en Europe est de « seulement » 5. Selon l'Irap, une ONG impliquée dans la sécurité routière, 98 % des routes africaines ne sont pas adaptées à la pratique du vélo.
Mais il y a une solution : la construction de pistes cyclables. « Les gens ne se sentent pas forcément à l'aise avec le déplacement à vélo, confirme Andy Costa. Et surtout, les usagers ne se sentent pas en sécurité à cause du fait qu'il n'y a pas assez de pistes cyclables. » À Abidjan, où vit l'ambassadeur du vélo, on ne compte qu'une piste cyclable, 8 kilomètres le long du littoral, sur la promenade de Grand-Bassam.
Un projet de 15 nouveaux kilomètres a aussi été lancé. Le Sénégal, lui, prévoit la construction de 175 kilomètres de pistes d'ici 2035.
Incitation cyclable
Tout dépend donc des pouvoirs publics. Convaincre son gouvernement que la création de pistes cyclables va susciter des vocations, c'est ce que fait Andy Costa en Côte d'Ivoire : « Peut-être que l'État se pose la question de savoir : "Est-ce qu'il y a beaucoup de personnes qui souhaiteraient se déplacer à vélo ?" Parce que l'État ne va pas investir dans les pistes cyclables s'il n'y a personne pour pédaler. Donc on encourage l'usage du vélo et en même temps, on fait du plaidoyer politique pour qu'il y ait une prise en compte des pistes cyclables. »
En l'occurrence, c'est bien l'offre qui provoque la demande, comme on l'a vu à Paris, en 2020, pendant le Covid-19 : le vélo a explosé avec la mise en place de ce qu'on avait appelé les « coronapistes », des pistes alors provisoires, devenues durables, pour des déplacements durables.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.