« Son grand cœur lui a coûté la vie » | Se croyant dans un « jeu vidéo », il tue son père adoptif

À 75 ans, Robert Masseau travaillait toujours pour prendre soin de son beau-fils schizophrène. Mais se croyant dans un « jeu vidéo », Chaikhou Yaya Camara l’a brutalement tué en 2022. « Son grand cœur lui a coûté la vie », soupire le fils de la victime.
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« La vie est franchement injuste. Mon père était l’incarnation de la bonté et de la générosité. L’expression “Une personne qui ne ferait pas de mal à une mouche” le décrit très bien. Aucun brin de méchanceté. Juste du bon. […] Comment a-t-il pu se faire battre à mort ? », s’interroge Isabelle Masseau, la fille de la victime.
Accusé de meurtre au second degré, Chaikhou Yaya Camara a plaidé coupable à un chef réduit d’homicide involontaire lundi au palais de justice de Montréal. L’homme de 33 ans se dit « moins paranoïaque » depuis qu’il prend des médicaments. Il ne croit plus être dans le film The Matrix ou être entouré de « sosies ». « Je réalise que j’étais dans un délire », a-t-il témoigné.
Les proches de Robert Masseau ont rendu hommage, lundi, à un homme « pacifique et sans malice », toujours prêt à aider les autres. Ancien conseiller municipal de Laval, il a longtemps été bénévole pour une association sportive. Sa belle-fille le surnommait « Mère Teresa » pour le taquiner.
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Robert Masseau, la victime
Depuis 20 ans, Robert Masseau était comme un père pour Chaikhou Yaya Camara, le fils de sa conjointe. Selon Éric Masseau, son père s’empêchait de manger s’il n’avait pas suffisamment d’argent pour s’occuper de son beau-fils. « C’étaient les besoins de Chaikhou. Et lui passait en dernier », résume-t-il.
« Robert est entré dans ma vie à 9 ans. J’avais une très bonne relation avec lui. Robert a toujours été présent pour moi. Il m’a montré comment ça se passe au Canada. Il m’a accueilli comme un vrai père. Robert, c’était mon père », a témoigné Chaikhou Yaya Camara, lundi après-midi.
Le tueur a d’ailleurs tenu à s’excuser aux proches de la victime.
« Je demande pardon. J’étais mentalement non présent. Je suis sous médication maintenant et je réalise que ces gestes n’ont aucun sens. Je croyais être dans un jeu vidéo », a déclaré Chaikhou Yaya Camara.
« Tu le mérites »
Le 6 septembre 2022, Chaikhou Yaya Camara a tué Robert Masseau à coups de poing et à coups de pied. Une attaque extrêmement brutale. « You fucking deserve it [Tu le mérites] », aurait-il dit, selon un voisin. Quelques minutes plus tard, le tueur est arrêté par les policiers, alors qu’il se bat avec des passants.
Une semaine avant l’homicide, Chaikhou Yaya Camara, avait été accusé de voies de fait sur une personne. Le tribunal l’avait libéré à condition de demeurer dans son appartement du quartier Côte-des-Neiges.
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Chaikhou Yaya Camara marche sur le trottoir peu de temps après l’homicide
Selon les psychiatres, Chaikhou Yaya Camara avait une schizophrénie paranoïde avec « délire de sosies » ou « syndrome de Capgras ». Il s’agit d’une forme rare de délire paranoïde qui amène le malade à croire que des gens dans son entourage ont été remplacés par des imposteurs.
« J’ai cru que ma mère et Robert avaient été changés par des sosies. […] Le ton de la voix était un peu différent. Je n’étais pas sûr si c’était lui. Dans ma tête, c’est pas Robert, c’est pas ma mère », a dit Chaikhou Yaya Camara lundi, dans un témoignage troublant, où il était question de The Matrix et des « shadow people ».
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Chaikhou Yaya Camara
Après son arrestation, Chaikhou Yaya Camara a été hospitalisé pendant neuf mois à l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel. Il y affirme que les clones menacent la race humaine et qu’il se sent comme dans le film The Matrix.
Ce n’était pas son premier séjour en psychiatrie. En 2019, il avait été hospitalisé pendant cinq mois, car il croyait qu’on voulait l’empoisonner. À sa sortie, c’est Robert Masseau qui a pris soin de lui. Sa propre mère ne s’en occupait plus.
Selon la psychiatre Kim Bédard-Charrette, il y a un « lien direct entre la reprise de la consommation de substances psychoactives et la genèse de certaines idées surinvesties à caractère délirant ». Car Chaikhou Yaya Camara avait l’habitude de consommer de la drogue sur le marché noir.
« J’ai commencé la drogue à 26 ans », a témoigné le délinquant.
Cependant, sa psychose n’a pas été induite par la drogue, selon le psychiatre Pierre Gagné.
Dans ce contexte, le procureur de la Couronne, Me Philippe Vallières-Roland, a conclu qu’il n’aurait pas été capable de convaincre un jury, hors de tout doute raisonnable, que Chaikhou Yaya Camara avait l’intention spécifique de tuer Robert Masseau. C’est pourquoi l’accusation de meurtre a été écartée.
Ce dénouement laisse toutefois un goût amer chez les proches de la victime.
« Nous sommes inquiets de voir l’accusé être libéré. Il a tué la personne qui l’a aimé d’un amour inconditionnel, soutenu, guidé, encouragé. Bref, son pilier durant 20 ans. Si mon père n’était pas capable de le contrôler, qui va être capable ? J’ai beaucoup de crainte et insécurité face au geste commis et ce qu’il pourrait faire à moi et ma famille », a confié à la cour Éric Masseau.
Les parties plaideront sur la peine cette semaine devant la juge Chantal Tremblay.
Me Andrew Galliano et Me François Létourneau-Prézeau défendent le délinquant.
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