Plus de la moitié des écoles ne respectent pas la gratuité des fournitures scolaires, selon la Ligue des familles

Depuis cette rentrée 2026-2027, la gratuité des fournitures scolaire est de mise de la 1ère maternelle à la 5ème primaire. Avant, l'enseignement fondamental était déjà gratuit jusqu'à la 4ème primaire. La gratuité a donc été étendue cette année à la 5ème primaire. La 6ème sera également concernée dès la rentrée prochaine.
Mais dans le même temps, le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles a décidé de diminuer drastiquement les moyens alloués aux écoles pour financer ces fournitures. Le subside octroyé par enfant était de 75€. Il est aujourd'hui de 24€.
"Cela met les écoles en grande difficulté", estime Merlin Gevers, chargé d'études à la Ligue des familles. "Comment faire pour fournir du matériel de qualité à chaque élève, à tous les endroits et tous les moments où il en a besoin pour apprendre, quand les moyens ont été fortement diminués?" questionne la Ligue des familles.
"Notre école perd 13.000 euros cette année"
Sur le terrain, ce paradoxe nous est confirmé. "On nous demande d'appliquer le principe de gratuité sur plus de classes, alors qu'on diminue le budget, ce qui est particulier", explique Patrick Ronsse, directeur de l'école primaire Saint-Henri à Woluwé-Saint-Lambert.
"Pour notre établissement, on estime perdre 13.000 euros cette année. On a donc dû proposer des produits de moindre qualité. On s'est contenté du strict nécessaire pour les apprentissages. Et on a utilisé les fonds propres de l'école pour compenser."
Dans cet établissement scolaire bruxellois, il a aussi été décidé de mettre le frein à certains projets. "On a dû faire des arbitrages et reporter certains travaux de rénovation, car les fournitures scolaires nous prennent une partie du budget de rénovation", regrette Patrick Ronsse. "On fait au mieux des priorités en fonction des besoins des élèves, des classes et des enseignants."
Dans 44% des cas, l'école a fourni tout le matériel
Entre la 1ère maternelle et la 5ème primaire, 44% des parents concernés indiquent que l'école a fourni tout le matériel nécessaire. Dans 51 % des cas, les écoles ne respectent pas pleinement les nouvelles règles. Plus d'un parent sur 5 (21%) dit avoir reçu une liste de fournitures à se procurer : crayons, gommes, fardes ou encore calculatrice. Certains (19%) doivent aussi acheter les manuels scolaires de leur enfant, des livres ou des cahiers d'exercices utilisés en classe.
"Les écoles essaient de se débrouiller comme elles le peuvent, mais cela génère plein de soucis sur le terrain car ça entraine des pratiques différentes", explique Merlin Gevers de la Ligue des familles.
Des établissements demandent par exemple aux familles d'acheter du matériel complémentaire. Dans d'autres cas, elles empêchent les enfants d'emmener le matériel fourni par l'école à la maison pour la réalisation de leurs devoirs, ce qui impose à leurs parents de disposer du matériel requis à domicile. "Et puis on a toute une série d'écoles qui ont décidé de conditionner l'accès au matériel scolaire au fait que les parents fassent une demande", ajoute Merlin Gevers. "Formuler cette demande alors que l'on est en difficulté financière peut être quelque chose de très compliqué."
Il nous revient également de plusieurs témoignages d'écoles demandent aux parents de faire des dons, en argent ou en matériel. Certains établissements appellent cela des cotisations de solidarité.
8 écoles sur 10 respectaient la gratuité dans l'ancien système
Avant la rentrée 2024, la Ligue des familles avait déjà interrogé les parents sur la gratuité scolaire, anticipant l'ambition du gouvernement Degryse de revoir ces dispositions, tel que cela apparaissait dans l'accord de gouvernement. A l'époque, 8 écoles sur 10 avaient bien respecté les règles de gratuité.
"C'est une dégradation de la situation par rapport aux années précédentes puisqu'aujourd'hui, 44% des élèves seulement reçoivent l'ensemble du matériel nécessaire, c'est moins d'un élève sur deux ", insiste Merlin Gevers. "On voit que le taux de respect de la loi était beaucoup plus important avant. Cela appelle donc les pouvoirs publics à réagir et à faire en sorte que les droits des enfants soient respectés."
"La gratuité scolaire est une obligation"
"La gratuité scolaire est un droit fondamental qui est non seulement inscrit dans la Constitution, mais aussi dans les traités internationaux que la Belgique a ratifiés", rappelle Merlin Gevers. "Et donc c'est une obligation de nos pouvoirs publics de faire en sorte que de la 1ère maternelle à la 6ème primaire comprise - normalement - les fournitures soient distribuées à tous les enfants de façon égale"
La Ligue des familles, la FAPEO et l'UFAPEC estiment clairement que les écoles sont mises en difficulté. "La crainte est par exemple que des sorties scolaires ne soient plus organisées ou que leur coût augmente, que le matériel soit de moins bonne qualité ou que les classes soient moins chauffées."
Les trois associations formulent trois demandent à la ministre de l'Education, Valérie Glatigny (MR) comme celle d'"assurer un financement de qualité aux écoles pour respecter la gratuite", "clarifier les règles pour mettre fin aux interprétations ambigües" et de "relancer une inspection des frais scolaires systématique afin de monitorer la situation".
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