Mort du pompier Pierre Lacroix | Cinq ans après, la famille aurait aimé voir plus de changements

« C’était comme une roulette russe, puis c’est tombé sur mon père. » Stéphanie Lacroix a encore de la difficulté à faire le deuil de son père, un pompier d’expérience mort lors d’une tentative de sauvetage dans les rapides de Lachine à l’automne 2021. Sa famille dénonce le peu de changements mis en place pour éviter des drames similaires.
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« C’est trop long avant de voir des résultats. Ça m’inquiète de voir que, dans la mémoire collective, tranquillement pas vite, l’histoire de mon père est en train de s’effacer », résume Stéphanie Lacroix, en entrevue avec La Presse.
Le drame s’est déroulé le soir du 17 octobre 2021. Ce jour-là, Pierre Lacroix se trouvait dans une embarcation de sauvetage du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) pour aller à la rescousse de deux plaisanciers, dont le bateau dérivait vers les rapides de Lachine.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE
Chapelle ardente pour le pompier Pierre Lacroix, mort en service
Pendant que trois autres pompiers et lui se préparaient à effectuer le remorquage du bateau de plaisance, leur embarcation s’est retrouvée dans un creux de vague et l’eau s’est engouffrée à l’intérieur, ce qui l’a renversée.
Les quatre pompiers sont tombés dans les flots des rapides. Et alors que ses trois collègues ont été repêchés, M. Lacroix est resté coincé sous le bateau. Son corps a été localisé plusieurs heures plus tard.
Au moment des faits, l’embarcation n’était pas équipée de GPS, ce qui a compliqué les recherches. Mais surtout, le rapport de la coroner Géhane Kamel avait relevé plusieurs lacunes en ce qui concerne l’équipement des pompiers, dont un manque de balises de signalisation, un voyant lumineux inefficace et une absence de radio VHF portative étanche. Leur formation était aussi insuffisante, selon le rapport.
Si la fille du défunt prend aujourd’hui la parole, c’est pour tenter de faire bouger les choses. « C’est le combat de ma vie de m’assurer qu’il n’y aura pas d’autres personnes qui perdent quelqu’un dans de telles circonstances. »
Un syndicat impatient
À l’Association des pompiers de Montréal, le trésorier Marc-André Gosselin ne cache pas qu’il trouve le temps long. « On sent la volonté de la direction, mais notre frustration vient vraiment de la lenteur du processus. Je pense que tout le monde a besoin de voir des actions concrètes », martèle-t-il.
« Ils ont modifié le cursus de formation, ils ont rajouté des procédures, et tant mieux, mais on a encore des lacunes majeures », ajoute-t-il.
Sur le fleuve, il y a encore des zones d’exclusion où on n’est pas capables d’intervenir, ce qui fait qu’on est encore à risque de revivre le même genre d’évènement.
Pour M. Gosselin, les pompiers nautiques « n’ont pas non plus les bons équipements ». « On a acheté des bateaux de marque Titan, qui sont ultra-performants, mais si on veut vraiment se réapproprier le fleuve, ça prend des plus petits équipements comme des motomarines, afin d’être plus agile pour aller dans les rapides. »
À ses côtés, Stéphanie Lacroix hoche de la tête. « Mon père me le disait tout le temps : interdire une zone à des pompiers, c’est comme donner une laisse à un loup. Les pompiers vont toujours y aller quand même. Ça fait partie du feu intérieur qu’ils ont, sauver les gens. Le vrai enjeu, c’est qu’on doit mieux les protéger parce que, de toute façon, ils vont y aller », résume-t-elle.
PHOTO ÉDOUARD DESROCHES, COLLABORATION SPÉCIALE
Stéphanie Lacroix, fille de Pierre Lacroix
Chaque année, j’ai toujours cette espèce de crainte que quelque chose se reproduise, puis qu’on n’aura rien fait pour le prévenir. Ça rajoute de la douleur, c’est certain.
Visiblement émue, Mme Lacroix ajoute : « Quand mon père est décédé, il y a eu tout un élan de solidarité pour les funérailles. Plus de 400 000 $ ont été levés. Aujourd’hui, je me dis que si cet argent-là avait été investi pour s’assurer que mon père puisse revenir à la maison, il serait probablement encore avec nous. »
PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE
Funérailles de Pierre Lacroix à la basilique Notre-Dame de Montréal, le 29 octobre 2021
Du progrès s’en vient, promet le SIM
Au Service de sécurité incendie de Montréal, le chef de division aux communications, Martin Guilbault, assure que plusieurs changements arriveront bientôt.
Le « déploiement d’une nouvelle offre de service nautique » est par exemple prévu en 2027. « La mise en œuvre de cette offre de service nécessitait notamment certaines modifications à la convention collective des pompiers afin de permettre l’introduction de nouvelles modalités opérationnelles, de formation et de dotation », précise M. Guilbault.
Cela dit, ajoute-t-il, l’essentiel des autres recommandations formulées par la coroner Géhane Kamel a déjà été réalisé ou est en voie de l’être.
Parmi ces recommandations, il y a la mise sur pied de trois formations spécifiques, le développement de matériel pédagogique pour les aspirants-pompiers et l’élaboration d’un cadre de référence provincial, voire d’activités de sensibilisation. Les câbles de remorquage utilisés lors d’opérations nautiques ont par ailleurs été remplacés.
M. Guilbault assure que le SIM « demeure pleinement engagé dans une démarche d’amélioration continue visant à renforcer la sécurité de son personnel et à offrir à la population montréalaise un service nautique moderne, sécuritaire et adapté aux risques actuels et futurs ».
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