Sommet Canada-Union européenne | Carney se rallie au statut de membre associé ravivé par von der Leyen

La présidente de la Commission européenne persiste et signe. Dans un discours en anglais seulement, Ursula von der Leyen a de nouveau suggéré jeudi que le Canada devienne « membre associé » de l’Union européenne lors de son passage à Montréal. Pendant ce temps, le premier ministre Mark Carney posait un premier geste pour concrétiser ce rapprochement en matière d’intelligence artificielle.
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« Bien entendu, le Canada ne peut pas devenir un membre à part entière de l’Union européenne en raison de la géographie, mais nous souhaitons tous deux porter notre relation au plus haut niveau possible », a-t-elle déclaré lors d’un évènement organisé par l’Institut C. D. Howe au prestigieux Club Mont-Royal. « C’est pourquoi nous étudions l’idée que le Canada devienne le premier membre associé de l’Union européenne. »
Elle ensuite a tenté de définir ce statut, qui n’existe pas dans les traités de l’UE, signifierait pour le Canada. Il s’agirait d’« une association sans accession » construite sur « une ambition et une vision commune » qui impliquerait un alignement des politiques, notamment sur l’intelligence artificielle, le climat, l’énergie et la sécurité, un alignement des programmes et une coopération entre la Commission européenne et le gouvernement canadien.
Ses propos contrastent avec les informations voulant que l’expression « membre associé » a été retirée de la déclaration commune qui sera diffusée à l’issue de ce sommet entre le Canada et l’UE qui s’est ouvert jeudi. Certains pays membres, l’Allemagne en tête s’y opposent.
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Le premier ministre du Canada, Mark Carney
Or, même le premier ministre Carney qui parlait plutôt d’une « alliance pour l’avenir » s’est rallié à l’idée que le Canada devienne membre associé de l’UE. Lors d’une rencontre avec une douzaine d’entreprises canadiennes et européennes jeudi, il a affirmé que les deux partenaires travaillaient à construire « une alliance pour l’avenir avec le Canada comme membre associé ».
Il ne s’agit pas « d’une simple opération marketing », avait-il affirmé en conférence de presse quelques heures plus tôt. « Le nom importe peu. Ce qui compte, c’est que la complémentarité entre nos deux juridictions renforce notre souveraineté et celle de l’Europe », a-t-il dit.
Il a cité en exemple les liens entre Cohere et l’Allemagne. Le premier ministre a annoncé jeudi 1,6 milliard pour l’entreprise torontoise d’intelligence artificielle pour compléter ceux d’autres investisseurs privés comme le conglomérat allemand Schwarz Group.
« Et pourquoi la souveraineté est-elle importante dans un monde dangereux et divisé, a-t-il demandé. Elle nous permet de résister aux chocs. Cela signifie que nous ne sommes pas à la merci d’un pays ou d’une entreprise technologique qui chercherait à dicter la manière dont nous devons mener nos vies. »
La souveraineté des États en matière d’intelligence artificielle face aux géants américains comme OpenAI est l’un des grands enjeux abordés lors de ce sommet. Le premier ministre Carney a également dressé un parallèle avec la nouvelle stratégie de sécurité nationale dévoilée par son gouvernement jeudi qui « reflète de nouvelles réalités profondes ».
« Il ne suffit pas de s’approvisionner en énergie et d’assurer notre défense, a-t-il constaté. […] La souveraineté exige désormais un accès sécurisé aux semi-conducteurs, aux minerais critiques, aux systèmes de paiement, aux technologies liées à l’énergie propre, aux vaccins, aux communications spatiales ainsi qu’à l’intelligence artificielle. »
Le Canada et l’Europe tentent de se rapprocher sur fond de guerre commerciale avec les États-Unis. L’UE est une organisation qui regroupe 27 pays du Vieux Continent avec un Parlement et des députés qui peuvent adopter des lois supranationales. Le siège officiel du Parlement européen est à Strasbourg, en France, mais une partie du travail des élus se fait également à Bruxelles, en Belgique. La Commission européenne est la branche exécutive et a son siège à Bruxelles.
Le chef conservateur Pierre Poilievre a accusé le premier ministre Carney de tenter de détourner l’attention avec l’idée de devenir membre associé de l’UE « alors que les Canadiens n’ont plus les moyens de se nourrir ou de se loger ».
« Personne ne sait ce que c’est et les Européens l’ont rejeté hier », a-t-il dénoncé.
« Maîtres chez nous »
Le premier ministre Carney a repris de nouveau à son compte le slogan « Maîtres chez nous » tiré de la Révolution tranquille, période où s’est construit le Québec moderne. Ce sera d’ailleurs le titre du prochain budget fédéral qui sera dévoilé jeudi prochain. Il toutefois a évité de dire s’il reconnaissait la doctrine Gérin-Lajoie, un autre héritage de cette époque qui a mené à un affrontement entre Québec et Ottawa.
La doctrine Gérin-Lajoie préconise que le Québec mène sa propre politique internationale « dans tous les domaines qui sont complètement ou partiellement de sa compétence ». La veille, des fonctionnaires d’Affaires mondiales Canada avaient été incapables de l’expliquer lorsqu’ils ont été questionnés par le député du Bloc québécois, Alexis Brunelle-Duceppe.
« Ce que je reconnais, c’est des doctrines ou des approches qui fonctionnent », nous a répondu le premier ministre. Il a donné en exemple la négociation de l’accord de libre-échange entre le Canada et l’UE. Le président du Conseil européen, António Costa, a indiqué que les deux parties approuveront vendredi la nouvelle entente sur le commerce électronique, considérée comme l’une des avancées de ce sommet.
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Francois-Philippe Champagne et António Costa
Le sommet Canada-Union européenne est à l’origine d’une prise de bec entre Paul St-Pierre Plamondon et M. Carney. Ottawa a refusé que le premier ministre du Québec prononce une allocution lors du souper d’ouverture. M. St-Pierre Plamondon a donc refusé de participer au souper d’ouverture jeudi soir. Il menace d’ignorer les ententes qui pourraient découler de cette grande rencontre.
Le député bloquiste Mario Simard a accusé le gouvernement fédéral d’ouverture « à géométrie variable » envers les provinces ».
« Il y a une grande ouverture en Alberta. L’ouverture vis-à-vis du Québec, si on pense au sommet Canada-Europe, semble un peu plus restreinte », a-t-il fait valoir.
M. Carney a reconnu que le peuple québécois forme « une nation exceptionnelle qui vit et qui se développe dans un Canada fort, dans un monde dangereux et divisé et dans un monde où il faut être maître chez nous et trouver des partenaires fiables afin de renforcer notre souveraineté ».
Sur la menace de Paul St-Pierre Plamondon d’ignorer les ententes qui pourraient découler de ce sommet, il a fait valoir que la nouvelle alliance avec l’UE « va créer d’énormes débouchés surtout pour les jeunes » et qu’il serait plus avantageux pour le Québec de collaborer avec Ottawa afin qu’elles se concrétisent.
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