« Ils ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas » : le cri d’alarme de Salvatore Bongiorno après sa tournée politique pour sauver les restaurants

Journaliste à la Rédaction générale
Suivre Sudinfo sur GoogleIl a achevé sa tournée ce mercredi, chez les écologistes. Pendant un mois et demi, Salvatore Bongiorno, ancien syndicaliste et ancien patron de restaurant, a multiplié les rencontres avec les présidents de parti francophones. Accompagné de son ami Guy Vermeersch, expert médias, il a rencontré Paul Magnette (PS), Raoul Hedebouw (PTB), Georges-Louis Bouchez (MR), Yves Verougstraete (Les Engagés), Sophie Rohonyi (DéFI) et, pour terminer, Gilles Vanden Burre (Ecolo).

Son objectif : sauver un secteur HoReCa qu’il estime au bord de l’effondrement. « J’ai reçu pas mal d’appels au secours de gens qui sont dans le désarroi, dans les difficultés, qui ne savent plus payer leur loyer, l’ONSS ou la TVA », explique Salvatore Bongiorno.

Lui-même a tenu deux ans avant de prendre sa pension. Mais il s’inquiète pour ceux qui n’ont pas cette possibilité. « Celui qui doit 30.000 ou 40.000 euros à l’ONSS ou à la TVA, comment voulez-vous qu’il les paye après ? »
Des messages de désespoir
Pour convaincre les présidents, Bongiorno leur a montré les messages reçus de restaurateurs désespérés. Certains évoquent même le suicide. « Quand vous leur montrez ces messages-là et que vous leur expliquez avec mes mots à moi, croyez-moi qu’ils ne sont pas insensibles. Et maintenant, ils ne pourront pas dire qu’ils ne sont pas au courant ».

Combien de restaurateurs sont au bord de la faillite ? Il ne dispose d’aucun chiffre précis. « Personne n’est heureux de dire qu’il est en difficulté, qu’il ne s’est pas payé et qu’il est vraiment au bord de la faillite. Ça ne se vante pas. »
« Aussi grave que le Covid »
Plusieurs pistes ont été évoquées, notamment une réduction de la TVA ou des moratoires sur les dettes ONSS. Mais les contraintes budgétaires compliquent les choses. « Quand il y a eu le Covid, on a trouvé des solutions pour faire tenir et donner une bulle d’oxygène aux gens. Je pense que maintenant, on est dans une situation aussi grave que celle du Covid ».

Selon lui, Bruxelles est particulièrement touchée. Il s’inquiète pour les restaurants gastronomiques, mais aussi pour les établissements traditionnels fréquentés par la classe moyenne. « Vous avez les fast-foods qui tiennent le coup. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas cher. » En revanche, le prix de l’énergie, des matières premières, des loyers et du personnel étrangle les autres établissements. « La marge bénéficiaire est devenue inexistante ».
« On travaille quand les autres ont leur vie sociale. »
Guy Vermeersch insiste sur la pénibilité du métier. « C’est un métier extrêmement difficile, c’est un métier passion. On travaille quand tous les autres ont leur vie sociale. On sacrifie totalement sa vie sociale en travaillant le soir, le week-end ».

Pour lui, les restaurateurs doivent pouvoir vivre de leur travail. « Si ces gens ne gagnent pas correctement leur vie à la fin du mois, ces gens ne feront plus ce métier ». Il redoute la disparition des petits indépendants au profit des chaînes et des fast-foods.
Bongiorno rappelle également le rôle social des restaurants, qu’il qualifie de « vrais psychiatres de la rue ». Il craint de voir disparaître ces lieux de rencontre, comme de nombreux cafés avant eux.
Et maintenant, le Parlement ?
Au terme de sa tournée, Salvatore Bongiorno se dit agréablement surpris par l’accueil reçu. « Je suis heureux de voir que dans notre monde politique, il n’y a pas que des abrutis. Il y a des présidents de parti avec qui on peut parler, qui sont vraiment à l’écoute ».

L’ancien syndicaliste avait déjà entrepris une démarche similaire il y a 25 ans, lors de la crise de la Sabena. Mais Guy Vermeersch tempère cet enthousiasme : « Pour l’instant, nous n’avons que des intentions qui sont bonnes, mais on n’a pas encore de solutions concrètes qui nous sont proposées ».
La prochaine étape pourrait se jouer au Parlement, une piste soutenue, selon Bongiorno, par Gilles Vanden Burre. « Je ne suis pas naïf au point de croire qu’en sortant d’une réunion avec un président de parti, on aura trouvé une solution ». Mais il conclut : « Il faut bouger. La balle est de leur côté maintenant ».
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