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Saturday, September 19, 2026

ÉDITO | Le déni ne nous protégera pas

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Rédacteur en chef adjoint de Sudinfo

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Oui, consacrer des milliards supplémentaires à notre Défense fait mal. Surtout lorsqu’on parle parallèlement d’économies, d’écoles qui manquent de moyens ou d’hôpitaux sous pression. Mais il y a un moment où il faut arrêter de se raconter des histoires. « Est-ce qu’on a des certitudes sur un conflit futur ? Non. Est-ce qu’il y a une probabilité ? Oui. Et on ne peut pas la négliger », nous disait récemment Maxime Prévot dans une interview accordée à Sudinfo.

Regardons simplement ce qui se passe autour de nous. La Russie a envahi l’Ukraine. Et la menace ne s’arrête plus au front ukrainien. L’Allemagne a récemment attribué à la Russie une attaque à Leipzig. Le train Varsovie Kiev touché… Et les alertes se multiplient : drones, cyberattaques, ingérences, désinformation… Autant de menaces qui ne nécessitent même plus qu’un char franchisse une frontière pour toucher directement un pays européen. C’est aussi le sens de l’avertissement lancé cette semaine par Emmanuel Macron après avoir réuni les principaux responsables politiques français : personne ne peut considérer qu’il sera éternellement épargné. La France veut renforcer la protection de ses infrastructures sensibles face notamment aux drones, aux cyberattaques et aux ingérences étrangères.

Ajoutez-y le Moyen-Orient. Là encore, croire qu’une guerre lointaine ne nous concerne pas est une illusion. La crise autour du détroit d’Ormuz a montré à quelle vitesse un conflit peut perturber les approvisionnements énergétiques et frapper nos économies. Sans parler des menaces qui pèsent sur Bab El-Mandeb…

80 ans de paix

Alors oui, discutons des milliards de la Défense. La Belgique consacre désormais 2 % de son PIB à cet effort et prévoit 139 milliards d’euros entre 2026 et 2034. C’est colossal et chaque euro doit pouvoir être justifié. Mais stop aux raccourcis. Stop à cette idée confortable selon laquelle investir dans notre défense serait forcément jeter de l’argent par les fenêtres. Stop surtout à cette conviction que les guerres, les attaques ou les crises énergétiques toucheront toujours les autres. Ou que l’on pourra éternellement compter sur nos voisins pour suppléer nos propres carences.

Pendant 80 ans, l’Europe occidentale a vécu en paix. Nous avons fini par considérer cette paix comme un état naturel et définitif. Elle ne l’est pas. On voudrait du fond du cœur que ce soit le cas, mais cette période, au regard de l’Histoire, est une exception. Pour laquelle nous devons tout faire pour la pérenniser. Y compris avec de la dissuasion militaire.

Se préparer au pire ne signifie pas souhaiter qu’il arrive. Cela signifie regarder le monde tel qu’il est. Car fermer les yeux sur une menace n’a jamais suffi à la faire disparaître.

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Journaliste

C’est une sérieuse alerte que vient d’émettre le Premier ministre polonais, Donald Tusk. L’ancien Président du Conseil européen vient en effet d’avertir ses alliés européens que la Russie s’apprêterait à lancer une série d’attaques hybrides sur les États soutiens de l’Ukraine. Il s’appuie sur ses services de renseignement qui auraient découvert des plans prévoyant de telles attaques. Si elles venaient à être menées, Moscou chercherait selon les Polonais à les faire passer pour de simples « accidents », afin d’éviter une riposte ou une intervention des pays de l’OTAN, normalement censés se montrer solidaires les uns des autres.

Des menaces d’attaques hybrides qui ne « resteront pas sans réponse », a quant à lui déclaré le président français Emmanuel Macron.

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Ce danger, s’il venait à se matérialiser, interviendrait dans la foulée d’une série d’actes hostiles menés par la Russie. Ces derniers mois, plusieurs pays situés à la frontière Est de l’OTAN ont en effet dû abattre des drones qui avaient fait incursion dans leur espace aérien. Deux avions italiens ont par ailleurs escorté des chasseurs russes qui avaient pénétré dans le ciel lituanien ce jeudi 17 septembre 2026.

La Belgique, « cible symbolique »

Situé à plus grande distance de la frontière russe, notre pays est-il immunisé contre de telles attaques ? « La Belgique fait partie des cibles symboliques, surtout depuis que nous gardons l’argent des Russes via Euroclear », prévient André Dumoulin, chargé de cours honoraire à l’ULiège et ancien attaché à l’Institut royal supérieur de défense (IRSD). Pour autant, « actuellement, on se situe plutôt dans une logique de provocations que de réelle escalade. Ce qui pourrait provoquer une réaction beaucoup plus évidente, c’est à dire mobiliser l’article 4 appelant à une réunion d’urgence de l’OTAN, c’est si des drones armés étaient dans des schémas de frappes par rapport à tel ou tel pays de l’OTAN. Ici on n’en est pas là », rassure le professeur.

« On est dans un scénario de guerre hybride et la Russie est hyper douée dans ce domaine »
André Dumoulin, Chargé de cours honoraire à l’ULiège

Celui-ci indique néanmoins que la Belgique se prépare comme d’autres pays européens à parer à la menace des drones. « Il y a des contrats pour des achats de systèmes défensifs sol-air dans des programmes européens. Il y aura aussi des systèmes de courte et de moyenne portée pour lutter contre les drones. On va même jusqu’à outiller certains militaires avec des carabines pour tirer sur des drones à très basse altitude. Mais s’équiper et s’adapter prend du temps », détaille l’expert des questions de défense.

Neutraliser les appareils

Mais au fait, comment s’y pendraient nos forces pour neutraliser un tel appareil en cas d’intrusion dans notre territoire ? « Si un drone pénètre l’espace national ou beneluxien, deux avions vont décoller. Ils sont censés les repérer, les suivre et, s’il n’y a pas de dommages collatéraux au sol, les abattre, soit par missile soit par canon de 30 millimètres. Mais le problème est toujours de savoir où tombent les débris », répond le spécialiste.

> Volodymyr Zelensky assure que « les jours sûrs dans le ciel russe sont révolus », mais qu’a-t-il voulu dire par là ? « Pour la Russie, le pire est à venir… »

Qui cite les aéroports civils, les infrastructures ferroviaires et le réseau d’eau comme autant d’installations critiques pour notre pays. Et potentiellement à la merci de loups solitaires ou d’éléments plus ou moins autonomes.

Des fragments de drone russe
Des fragments de drone russe - AFP

Quant à savoir d’où les drones ennemis partiraient, c’est plus compliqué à établir. « On peut imaginer des scénarios où les drones partiraient de bateaux civils, de péniches, de la mer. Mais ca peut aussi venir de drones plus légers qui ont été installés et cachés en Europe depuis quelques temps. Vous avez toutes les hypothèses. On est dans un scénario de guerre hybride et la Russie est hyper douée dans ce domaine », note André Dumoulin en conclusion.

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