Daily MaverickPATHWAYS TO PEACE: Ukraine hoping SA will announce progress on returning abducted childrenPunchKenyan court halts Dangote refinery work as firm says groundbreaking holdsThe Jerusalem PostSome 18 injured in eight-car pileup on Highway 6 in central Israel, halting trafficBollywood HungamaRajkummar Rao’s Shahid is FINALLY streaming after 13 years; writer-editor Apurva Asrani asks “Why now?”ColliderKarl Urban Officially Addresses Butcher's Ending After 'The Boys' Series Finale [Exclusive]South China Morning PostXi urges universities to help drive China’s tech and innovation ambitionsSky TG24Morto Umberto Pizzi, il fotografo che ha raccontato 60 anni di storia italianaStraits Times SportFirst Polytrack test should not stop Lady ElliotMuy InteresantePor qué el ébola sigue propagándose en la RDC: inseguridad, desconfianza y vacunación limitada frente a la variante Bundibugyo
The Daily Newsstand · Free, Always
Tuesday, September 29, 2026

#Investigation : clopes de contrebande, le double jeu des cigarettiers

Translate

C’est un moment clé de la communication de Philip Morris : une fois par an, le géant de la cigarette dévoile l’ampleur du trafic de cigarettes. Plus exactement, c’est le cabinet d’étude KPMG, qu’il finance, qui est chargé de distiller les chiffres devant la presse internationale : "38 % des cigarettes en Belgique sont illicites et échappent au fisc. 53 % pour la France", nous précise Klaus Berg, directeur chez Philip Morris, spécialiste de la prévention du commerce illicite en Europe.

La France et la Belgique sont les mauvais élèves européens : "Les politiques antitabac, les hausses excessives du paquet de tabac poussent les gens à se tourner vers des cigarettes moins chères, produites par des réseaux criminels. Cela rappelle la prohibition dans les années 1920 aux États-Unis, où un gouvernement pense bien faire en réglementant. En fait, ce qu’il fait, c’est dérouler le tapis rouge aux mafias."

Les chiffres du rapport montrent en effet une explosion du marché illicite, notamment la contrefaçon, dans notre pays. Or ce rapport est loin d’être objectif. KPMG précise d’ailleurs dans celui-ci être financé par "Philip Morris sur les bases d’un contrat privé, (…) Le présent rapport n'a pas été conçu pour bénéficier à une organisation spécifique autre que le bénéficiaire" : à savoir, Philip Morris.

"Ces chiffres relèvent certainement d'une stratégie de communication, d'une technique de lobbying, de l'industrie du tabac auprès des décideurs publics", explique Christian Ben Lakhdar.

Ce professeur en Economie de la santé de l’Université de Lille a co-réalisé la seule étude sur le trafic de cigarettes reconnu par l’Union européenne : celle des douanes françaises. "L'industrie du tabac, via KPMG, utilise des méthodologies qui nous semblent opaques : elle se base sur le ramassage de paquets jetés en rue, par exemple près des gares, près des aéroports, etc. Or, on va avoir une surestimation des produits étrangers ou contrefaits", révèle le professeur. 

"La deuxième chose, c'est qu'on ramasse dans les rues. Mais qui jette son paquet de cigarettes comme ça dans la rue ? On est sur des catégories d'individus fumeurs assez particulières", critique-t-il.

L’étude des douanes va à contrecourant des chiffres alarmistes de KPMG. Elle estime à 17,7% la part des cigarettes qui échappent au fisc en France. Pour KPMG cela monte à 49 %. Et la contrefaçon, ces fausses cigarettes de grande marque vendue à la sauvette ? 15 % pour KPMG mais à peine 0,8 % pour les douanes.

Des pratiques contestées

Nous avons retrouvé l’homme qui a développé les enquêtes pour mesurer la contrebande pour Philip Morris, les fameux ramassages de paquets…

Raoul Setrouk a collaboré avec le cigarettier pendant 25 ans. Il était à la tête de MSIntelligence, une société partenaire et chargée d’études stratégiques. L’homme d’affaire israélien a intenté un procès contre Philip Morris en 2019 pour violation de propriété intellectuelle. Dans sa plainte, il est le premier à évoquer les pratiques frauduleuses impliquant KPMG : "Nous avons eu le cas en Italie où les données ne correspondaient pas aux attentes de Philip Morris et où il a été demandé d'annuler l'étude. J'ai en mémoire aussi en Amérique latine. Ou encore une fois, la qualification des paquets de cigarettes ramassés et leur origine ne correspondaient pas à la réalité. Tout simplement parce que Philip Morris doit avoir des résultats qui correspondent en tout cas à ce qu'ils attendent. Avec la caution d’un cabinet de renom comme KPMG".

Philip Morris est resté très discret sur ces accusations. À l’exception de cette déclaration de 2013 : "Le seul but de ces accusations est de tenter de discréditer PMI en forçant notre entreprise à un règlement monétaire indu au profit de M. Setrouk ".

Ce qui est légal au Luxembourg ne l’est pas en dehors de l’Europe : des marques comme Rothmans, et le géant British American Tobacco se sont fait lourdement condamner au Canada pour contrebande.

Philip Morris, lui, est passé entre les mailles du filet en 2000. Accusé par l’Union européenne d’avoir mis en place un système mondial de contrebande, le géant du tabac a préféré payer : 1,25 milliard de dollars sur 12 ans.

Avec cet accord, signé en grande pompe, l’Union européenne met donc fin aux enquêtes contre de l’argent. "Je n’étais pas là à cette époque mais, je peux vous assurer que nous contrôlons aujourd’hui notre chaîne d'approvisionnement de A à Z", assure Klaus Berg de Philip Morris.

"Avec l’industrie du tabac, il faut toujours se méfier des déclarations d’intention, tempère Raoul Setrouk. L’ancien collaborateur de Philip Morris accuse le cigarettier d’avoir mis en place un système pour faciliter la contrebande de cigarette : des accusations graves et qui concernent le marché algérien. "En 2013, Philip Morris rachète, via une holding, Emirati Investors, la plus importante entreprise de cigarettes d’Algérie et augmente la production. Ce rachat cacherait une opération de contrebande : on suralimente l’Algérie de Marlboro en sachant pertinemment qu’elles vont arriver en contrebande en Europe."

Les accusations de Raoul Setrouk sont évidemment démenties par Philip Morris. Mais, hasard ? En 2016, l’Algérie devient subitement le premier fournisseur de contrebande en France. Et, il y a quelques mois, plusieurs dirigeants des usines algériennes sous licence Philip Morris sont soupçonnés d’avoir trempé dans la contrebande de cigarettes : ils ont été placés en détention en attendant leur jugement. Une affaire qui fragilise le discours de Philip Morris sur le contrôle de sa chaîne de production.

View the original on RTBF Info →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.