Crise du logement | Un promoteur immobilier vandalisé par des militants

Habillés en faux déménageurs, des dizaines de personnes ont récemment pris d’assaut les bureaux d’un promoteur immobilier, avec un objectif : « exproprier les proprios qui tirent leur profit de l’augmentation des prix. » Une enquête policière a été ouverte.
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Tout s’est passé vendredi dernier, en fin d’après-midi, quand environ 60 personnes ont pénétré dans les locaux de LJ Realties et de Plex DR, sur la rue Charlevoix, dans le quartier Pointe-Saint-Charles. Les manifestants, pour la plupart cagoulés, affirment avoir sorti les meubles, puis ils ont « redécoré l’intérieur et placardé l’extérieur de l’immeuble ». Sur un avis laissé sur place, on pouvait lire qu’il s’agissait d’une « éviction des évinceurs ».
Mais la réalité est encore plus dure, dit le président de LJ Immobilier, Luis Javier Aguinaga. « Ils ont encerclé mes employés en leur faisant croire à une caméra cachée, puis ont saccagé notre mobilier et notre équipement. Une employée a été agrippée et retenue de force alors qu’elle tentait d’appeler la police », relate l’entrepreneur.
Ce dernier affirme aussi qu’un « panneau de verre a ensuite été fracassé à coups de marteau à l’endroit où une employée et moi nous trouvions, et que les éclats lui ont coupé le genou ». En plus de dommages causés à plusieurs équipements, et des graffitis à l’extérieur, des travailleurs auraient subi des blessures mineures.
J’ai des employés qui n’ont pas dormi depuis. Personne ne se sent en sécurité dans les bureaux actuellement. Ça a été traumatisant.
Sur les réseaux sociaux, l’action a rapidement été revendiquée par un groupe appelé le « Tribunal d’abolition des loyers », une référence directe au Tribunal administratif du logement (TAL). Un autre collectif, Les Soulèvements du fleuve, semble également être derrière l’opération.
Sur fond d’indignation
Le regroupement dit agir « pour exproprier les proprios et mettre fin à l’humiliation quotidienne » des personnes vulnérables. Il accuse plus directement LJ Immobilier, qui détient environ 400 unités, de contribuer à la crise par la gestion locative et la sélection des locataires.
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PHOTO FOURNIE PAR LJ IMMOBILIER
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PHOTO FOURNIE PAR LJ IMMOBILIER
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PHOTO FOURNIE PAR LE TRIBUNAL D’ABOLITION DES LOYERS
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PHOTO FOURNIE PAR LE TRIBUNAL D’ABOLITION DES LOYERS
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« Ces entreprises tirent profit de la gestion, la location et la vente de centaines de propriétés par année. Comme plein d’autres, elles agissent comme des vampires en prenant leur part dans la lucrative business de la location immobilière », dénonce l’un de ses porte-parole, Albert Turcotte.
Dans sa missive, celui-ci fait d’ailleurs un lien direct avec le récent reportage-choc d’Enquête, publié le 22 octobre dernier, sur les influenceurs immobiliers qui utilisent des tactiques agressives pour s’enrichir sur le dos des locataires.
« Ils nous harcèlent, gentrifient nos quartiers à coups d’horribles condos et de Airbnb, ils nous évincent, nous humilient. […] Les Cory Albert de ce monde sont très clairs : ils nous font la guerre », dénonce M. Turcotte, en référence à l’un des influenceurs mis en lumière dans le reportage.
M. Aguinaga, lui, dit entendre cette « critique légitime », mais estime qu’il n’est pas la bonne cible. Une dizaine de cas impliquant ses entreprises sont ouverts au Tribunal administratif du logement, mais surtout pour des affaires de non-paiement par des locataires, a pu constater La Presse.
« Je ne fais pas de rénoviction, moi. Ce qu’on a vu dans le reportage de Radio-Canada, ce sont des pratiques dénigrantes, et on ne fait pas ça, nous », se défend-il. « Je suis le premier à dire que ça prend des solutions concrètes à la crise d’abordabilité, mais intimider mes employés, j’ai un problème avec ça. »
À l’aube d’un grand rassemblement
Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) confirme avoir ouvert une enquête. Des agents sont passés dans les bureaux de l’entreprise lundi, et ont discuté avec de potentiels témoins autour de la station de métro Charlevoix.
Aucune accusation n’a encore été portée, mais les policiers ont eu accès aux bandes vidéo de certaines caméras de surveillance. Il ne serait pas exclu que le groupe soit proche des Robins des ruelles, qui volent des denrées dans des épiceries pour redonner aux plus démunis.
Tout cela survient alors qu’un « Rassemblement contre les spéculateurs » est prévu ce mercredi au centre-ville de Montréal. Plusieurs centaines de personnes sont attendues à la place Jean-Paul-Riopelle pour réclamer des actions concrètes du gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon en matière d’habitation.
La porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, sera notamment sur place avec plusieurs autres élus de sa formation politique. L’avocat en droit du logement, Me Manuel Johnson, doit aussi prendre la parole, avec des citoyens s’étant battus contre des évictions et ayant subi des pratiques spéculatives déloyales.
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