Tarifs : un programme ontarien « clé » de 1 G$ n’octroie qu’un seul prêt en 8 mois

Des documents obtenus par Radio-Canada indiquent qu’un seul prêt d’un million de dollars a été approuvé dans les huit premiers mois du Programme de financement pour protéger l’Ontario (PFPO), présenté comme une initiative d’un milliard de dollars pour aider les entreprises à survivre à la guerre commerciale.
Le gouvernement ontarien assure que six autres compagnies ont reçu des fonds depuis, mais refuse de dire lesquelles ni combien elles ont reçu.
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Ckdpack Packaging inc., un fabricant d’emballage industriel basé à Mississauga, a obtenu un prêt allant jusqu'à un million de dollars à travers le Programme de financement pour protéger l’Ontario en février.
C’était la seule entreprise à s’être officiellement qualifiée pour ce programme en date du 27 avril 2026, selon des documents du ministère du Développement économique de l’Ontario, obtenus grâce à une demande d’accès à l’information.
Selon ces documents, le programme avait reçu 26 autres demandes au cours de cette période.
Le gouvernement ontarien indique que six autres prêts ont été accordés dans les quatre derniers mois.
Malgré plusieurs relances, le bureau du ministre n’a pas révélé l’identité de ces compagnies ni le montant des prêts.
Je suis très inquiète que l’argent n’ait pas été distribué. Je ne sais pas ce que [le gouvernement] attend. À quel point la situation doit-elle dégénérer avant qu’il agisse?
, lance la cheffe néodémocrate, Marit Stiles.
Je pense que les Ontariens seront choqués d’apprendre que les entreprises n’ont pas bénéficié de cette annonce. [...] Qu’est-ce qui leur prend autant de temps? À qui va l’argent et pourquoi?
On avait prévu une enveloppe quand même très substantielle. Et de dire qu'à la fin, il y a 1 % qui a été utilisé, c'est quand même très très peu
, estime Patrick Leblond, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques internationales de l’Université d’Ottawa.

Le Programme de financement pour protéger l’Ontario a d’abord été annoncé dans le budget 2025, il y a plus d’un an. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
Dans une déclaration par courriel, un porte-parole du ministre Vic Fedeli souligne que le PFPO n’est qu’un morceau d’un plan qui devrait fournir quelque 30 milliards de dollars en soutien et en allègements fiscaux aux entreprises touchées par les tarifs.
Nous utilisons tous les outils à notre disposition pour protéger les travailleurs, les industries et l’économie de l’Ontario
, écrit Gianpiero Colangelo.
Un programme clé
pour les entreprises en difficulté
Annoncé dans le budget 2025 et lancé en août suivant, le PFPO promettait jusqu’à un milliard de dollars en prêts pour aider les entreprises à payer leurs frais courants sans supprimer d’emplois.
Il s’adressait d’abord aux compagnies touchées par les tarifs sur l’acier, l’aluminium, le cuivre et l’automobile.
Au cours du dernier mois, le gouvernement a annoncé deux assouplissements des critères du programme pour permettre à des entreprises touchées par les nouveaux tarifs et embargos de Washington de se qualifier.
Nous proposons 30 milliards de dollars en aide et en allègements pour les entreprises ontariennes dans les industries les plus durement touchées, incluant à travers le Fonds L’Ontario, ensemble pour le commerce de 150 millions de dollars qui a aidé 89 compagnies [...] et en élargissant le PFPO.
Doug Ford a réitéré que le PFPO est une des mesures clés
lancées par son gouvernement pour protéger les emplois de la guerre commerciale.
Mais Patrick Leblond remet en question son efficacité.
Clairement, ça ne semble pas avoir répondu à un besoin immédiat urgent de la part des entreprises ontariennes
, croit-il.
Une aide ciblée
à Algoma Steel
Le gouvernement provincial a déclaré à plusieurs reprises que Algoma Steel avait reçu un prêt de 100 millions de dollars du PFPO.
Ce prêt avait été annoncé en septembre 2025, en complément d’un prêt fédéral de 400 millions de dollars pour tenter de garder l’aciérie de Sault Ste. Marie à flots.

Algoma Steel a été durement frappée par les tarifs américains sur l’acier. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Nick Iwanyshyn
Algoma Steel ne figure pas sur la liste officielle des bénéficiaires du PFPO obtenue par Radio-Canada.
En réponse à nos questions, le gouvernement indique qu’il a fourni une aide d’urgence ciblée
à Algoma Steel.
Dans une conversation au téléphone, un représentant du gouvernement explique que la compagnie n’a pas fait de demande à travers le portail du programme, car ce dernier était encore en démarrage, et en raison de l’urgence de la situation.
Selon la province, le prêt de 100 millions de dollars à Algoma Steel vient de la même enveloppe d'un milliard de dollars.
Une porte-parole de la compagnie a indiqué que les détails du prêt sont présentés dans un communiqué (nouvelle fenêtre) du 17 novembre. Ce communiqué ne mentionne pas le PFPO.
Radio-Canada a tenté à de multiples reprises de rejoindre Ckdpack Packaging Inc. pour une entrevue, par courriel, par téléphone et en personne.
Le bureau listé comme siège social de l’entreprise dans les documents obtenus par Radio-Canada était vide au moment de la visite.
Changements aux critères d’admissibilité
Le PFPO était, jusqu’au mois dernier, uniquement accessible aux compagnies touchées par les tarifs de la section 232 (soit ceux sur l’acier, l’aluminium, le cuivre et l’automobile).
Le 24 août, le premier ministre a annoncé que les compagnies touchées par la nouvelle salve de droits de douanes de 50 % seraient également admissibles.
Jeudi, il a indiqué que ce serait aussi le cas pour les compagnies en difficulté en raison des embargos et droits de douanes américains qui devraient entrer en vigueur les 15 et 29 septembre.

Patrick Leblond, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle
Patrick Leblond, qui a été interviewé après le premier assouplissement, mais avant le deuxième, croit que c’est une bonne idée.
Toutefois, certains autres critères d'admissibilité devraient également être revus, selon lui.
Il souligne que, pour accéder au PFPO, les emprunteurs doivent démontrer qu’ils ont épuisé toutes leurs autres sources de financement. De plus, s’ils obtiennent un prêt, ils deviennent inéligibles pour tout autre programme d’aide provincial dont ils ne bénéficient pas déjà.
Ce qui est le plus restrictif, selon le professeur, ce sont les exigences élevées en matière de garanties de fond.
Il observe que l’entreprise doit [...] presque garantir qu’elle est capable de rembourser
, ce qui protège certes l’argent des contribuables, mais qui rend le programme inaccessible aux compagnies qui en auraient le plus besoin.
Si des entreprises ont des problèmes à financer leurs fonds de roulement à cause, justement, de la guerre commerciale… c’est peut-être que c’est difficile aussi d’offrir des garanties qu’elles vont passer à travers, etc. Donc ça devient un peu l’œuf et la poule.
Il est d’avis que le gouvernement devrait octroyer des prêts à plus haut risque, quitte à accepter des pertes.
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