Intelligence artificielle au Parlement | De l’IA détectée dans les rangs les bloquistes

(Ottawa) Le Bloc québécois a beau avoir les règles les plus rigides en matière d’usage de l’intelligence artificielle (IA) au Parlement fédéral, son député Maxime Blanchette-Joncas a largement utilisé l’IA pour préparer des interventions en Chambre.
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« Le Québec n’a jamais signé la Constitution de 1982, qui a constitutionnalisé le multiculturalisme canadien et imposé ce modèle sans son consentement. Le multiculturalisme n’est donc pas une simple politique administrative. C’est une doctrine d’État qui définit l’identité nationale canadienne et qui refuse de reconnaître pleinement un État multinational », affirmait le député de Rimouski-Neigette–Mitis–Matapédia–Les Basques dans un long discours en Chambre, le 2 février 2026. La retranscription de ce discours se retrouve dans le Hansard de la Chambre des communes.
Puis, il enchaînait en disant que « cette doctrine place toutes les identités sur un pied d’égalité abstrait, sans reconnaître l’existence des nations, qu’il s’agisse de la nation québécoise ou des nations autochtones ».
« À l’inverse, une fédération multinationale reconnaît qu’il peut exister plusieurs peuples, plusieurs nations, chacune étant légitime dans ses choix collectifs », disait celui qui est le porte-parole bloquiste en matière d’innovation, de science et de comptes publics. Il est d’ailleurs le vice-président de deux comités parlementaires en la matière.
Ce passage d’un discours de plus de 1000 mots aux Communes était produit par intelligence artificielle, selon les analyses de La Presse par l’intermédiaire du logiciel de détecteur d’IA, Pangram.
Selon nos informations, l’usage de l’IA par M. Blanchette-Joncas fait sourciller depuis quelque temps au Parlement.
PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE MAXIME BLANCHETTE-JONCAS
Maxime Blanchette-Joncas
Nous avons analysé les neuf longs discours de plus de 700 mots que le député a prononcés aux Communes en 2026. Dans chacun d’entre eux, on retrouve des passages générés par l’intelligence artificielle.
Trois allocutions l’auraient été à 100 % selon notre analyse, deux autres dépasseraient les 95 % et trois autres seraient « mixtes », donc qu’on détecte de 72 à 79 % d’intelligence artificielle. Un seul est détecté comme étant largement l’œuvre d’un humain (18 % d’intelligence artificielle).
Nous avons constaté que de courtes interventions du député, que les instances parlementaires du Bloc québécois peuvent vérifier a priori nous dit-on, étaient 100 % l’œuvre d’un être humain.
Le Bloc québécois détaillait récemment à La Presse des règles claires et rigides en la matière. De fait, il s’agit du parti politique le plus sévère aux Communes quand il est question d’IA.
« L’intelligence artificielle ne doit pas servir à la rédaction de nos interventions en Chambre », écrivait le porte-parole Julien Coulombe-Bonnafous.
« La façon de faire au Bloc québécois […] nous assure que l’authenticité et la crédibilité de notre travail demeurent », ajoutait-il.
Le député Blanchette-Joncas n’a pas été rendu disponible pour une entrevue à ce sujet et le Bloc n’a émis aucun commentaire. L’élu reconnaît néanmoins avoir utilisé l’IA dans une courte déclaration écrite transmise par le parti.
Je reconnais avoir utilisé l’intelligence artificielle dans la préparation d’interventions en chambre. J’ai bien pris connaissance de la directive du Bloc québécois et j’ai l’intention de la respecter.
Plus tôt cette semaine, à la suite du reportage de La Presse au sujet de l’utilisation répandue de l’IA aux Communes, notamment chez les libéraux, le chef bloquiste Yves-François Blanchet disait croire que « les gens veulent savoir ce qu’on a dans la tête et dans le ventre » et qu’il existe un « devoir très personnel de l’élu et du candidat face aux citoyens ».
« Le raccourci de l’IA est une déplorable pratique. Nous devenons les perroquets d’une synthèse de ce que tout le monde pense ou veut qu’on pense », écrivait-il en ligne.
Nous ne sommes qu’au début de cet abrutissement intellectuel alors qu’au contraire, la société et l’humanité gagnent à être critiques, instruits, stimulés, au profit de l’intelligence… naturelle, encore et de loin la plus performante.
M. Blanchet n’a pas commenté le cas de son député.
PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE
Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois
N’empêche, son parti se démarque effectivement des autres formations politiques en interdisant formellement à ses députés d’utiliser l’IA dans la rédaction de leurs discours et de leurs interventions à la Chambre des communes.
C’est que le recours à l’IA prend de l’ampleur depuis un an au Parlement. Selon une récente analyse du magazine The Economist, 20 % des mots prononcés dans le cadre des débats dans l’enceinte de la Chambre ont été rédigés en utilisant cet outil.
Ces révélations ont provoqué de vives réactions dans la capitale fédérale.
Plusieurs sources bloquistes se sont dites indignées de l’usage répété de l’IA par des députés aux communes. Certaines l’étaient également lorsque nous leur avons exposé la situation de leur collègue Blanchette-Joncas.
En juin, par exemple, le Whip en chef du gouvernement, Mark Gerretsen, avait utilisé et cité le résultat d’une recherche par intelligence artificielle en pleine séance aux Communes pour narguer les conservateurs au sujet d’une motion qu’ils présentaient.
Le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval n’entendait pas rire et a ouvertement demandé s’il s’agissait d’une pratique répandue dans les banquettes libérales.
« Il me semble qu’on élit des députés pour qu’ils soient en mesure de réfléchir par eux-mêmes aux débats proposés à la Chambre, avait-il dit. Ce qu’on observe, c’est que non seulement des représentants élus du Parti libéral se fient à des algorithmes provenant de plateformes étrangères pour analyser les projets de loi et les motions de l’opposition, mais un porte-parole du gouvernement le fait également. »
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