1217 emplois de cadres et d'employés menacés chez GSK, le plus gros employeur privé de Wallonie

Ce matin un seul mot trottait dans la tête du personnel de GSK : combien ? Combien d’emplois passeront à la trappe ? L’ambiance était tendue. Le déroulé de la matinée était simple : le conseil d’entreprise extraordinaire était prévu à 9 heures à Wavre, la direction prévoyait ensuite une communication au personnel.
Le conseil d'entreprise a duré moins d’une heure et le chiffre est tombé : 1217 emplois vont être supprimés sur les trois sites belges.
Dans son communiqué, GSK (l’un des plus gros employeurs privés de Wallonie) annonce "son intention d’adapter son organisation" : "GSK Belgique a informé aujourd’hui son conseil d’entreprise extraordinaire de son intention de réorganiser certaines de ses activités. Ce projet pourrait concerner un maximum de 1217 collaborateurs répartis sur les différents sites belges. Le personnel ouvrier n’est pas concerné par cette intention de réorganisation."
Le communiqué poursuit : "La procédure légale d’information et de consultation relative aux licenciements collectifs est désormais engagée."
Quelles sont les fonctions concernées ?
Selon un communiqué de la FGTB Chimie, les suppressions d’emplois portent sur 482 employés en CDI et 735 cadres en CDI. Le personnel ouvrier en CDI n’est pas touché.
Quelles sont les raisons avancées par le groupe ?
Le changement organisationnel dans un plan mondial est la principale raison avancée et répétée. Il s’agit, précise le communiqué, de "réallouer les ressources vers ses candidats médicaments et vaccins les plus prometteurs, tout en simplifiant son organisation", une organisation qu’elle veut "plus efficiente" : "l’objectif est de simplifier l’organisation et les méthodes de travail grâce à des processus davantage standardisés et à un recours accru à la digitalisation et à l’automatisation, tout en tirant parti des capacités mondiales du groupe et de partenaires externes lorsque cela est pertinent."
Quelle stratégie pour la suite de GSK Belgique ? Une fermeture ?
GSK se veut en quelque sorte rassurant, car "GSK Belgique continuera à jouer un rôle essentiel au sein du groupe" : "GSK restera le premier employeur biopharmaceutique de Belgique, avec plusieurs sites actifs dans la recherche, la production et les fonctions de support, soutenus par un investissement annuel de 300 millions d’euros dans ses sites belges."
"C’est un scandale !", "C’est indécent !", "Nous sommes sous le choc !", "On se battra pour chaque contrat !", entend-on de toutes parts sur le site wavrien de GSK, là où ce matin s’est réuni le conseil d’entreprise extraordinaire express.
Cette restructuration est indécente.
CNE-CSC
Côté CSC on ne mâche pas ses mots : "Cette restructuration est indécente" déplorent les représentants syndicaux Aurore Joly et Thomas Benoussaid. "Les employés et cadres sont sous le choc, un préavis de grève a été immédiatement déposé". Et d’ajouter : "878 emplois supprimés en 3 ans, les travailleurs et travailleuses ont déjà assez payé".
Thomas Benoussaid, permanent CNE, sentant le vent venir, expliquait hier que même un seul licenciement ne se justifie pas "à partir du moment où l’entreprise génère 2,4 milliards de bénéfices et reverse 5,7 milliards de dividendes aux actionnaires". "L’emploi ne devrait pas être une variable d’ajustement budgétaire pour l’entreprise", insistait-il.
Une fois encore, ce sont les travailleurs qui vont payer le prix des choix stratégiques d’une multinationale qui génère des milliards d’euros.
FGTB Chimie
"Une nouvelle restructuration, de nouvelles inquiétudes et, une fois encore, ce sont les travailleurs qui vont payer le prix des choix stratégiques d’une multinationale qui génère des milliards d’euros de chiffre d’affaires à l’échelle mondiale", dénonce la FGTB Chimie. Le syndicat socialiste affirme avoir "des alternatives à proposer à la direction de GSK afin de diminuer au maximum l’impact de cette restructuration sur les travailleurs".
"La FGTB n’est pas du tout alignée avec cette décision de la direction. On fera en sorte de la combattre", a prévenu Jamal Amraoui, délégué principal FGTB chez GSK. "Se séparer de 1217 travailleurs dans une entreprise qui en compte 8300 à 8400, c’est énorme. C’est beaucoup trop."
A Wavre, les syndicats dans leur ensemble ont bien l’intention de se jeter dans la bataille. En attendant, deux assemblées du personnel sont organisées ce mercredi pour informer plus en détail les travailleurs.
Pour les syndicats, plusieurs facteurs expliquent les difficultés rencontrées par le groupe, à commencer par la baisse des volumes de production de vaccins. La FGTB estime qu’ils ont reculé d’environ 40% en cinq ans, tandis que certains marchés ont été perdus.
Moins de volumes, c’est aussi moins de travail et moins d’emplois.
Dans le même temps, GSK se recentre sur des produits à forte valeur ajoutée. "On voit le chiffre d’affaires en croissance, mais les volumes diminuent", résume Jamal Amraoui, délégué principal FGTB pour les ouvriers. Certains vaccins peuvent rapporter davantage avec des volumes moindres. "Mais moins de volumes, c’est aussi moins de travail et moins d’emplois."
Le marché des vaccins a également profondément évolué depuis le Covid. Autrefois largement dominé par quelques grands groupes comme GSK, Sanofi, Merck et Pfizer, il s’est ouvert à de nouveaux concurrents, notamment des sociétés de biotechnologie de plus petite taille.
Les États-Unis pèsent aussi lourd dans l’équation. Selon le délégué FGTB, environ 40% des ventes du groupe y sont réalisées. Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, les droits de douane et la volonté de renforcer la production sur le sol américain incitent, selon lui, les groupes pharmaceutiques à y investir davantage. "Pour continuer à vendre là-bas, il faut y avoir un pied-à-terre. On n’est pas dupes", estime-t-il.
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