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Sunday, September 13, 2026

“Nous voulons développer notre propre technologie”: l’Afrique se lance à la conquête de l’espace

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© AFP

Coiffés de charlottes et gantés de blanc, les ingénieurs sénégalais assemblent leur satellite en manipulant une “boîte noire” miniature, assez petite pour tenir dans une seule main, avec en tête deux destinations.

Source: AFP

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La première, le ciel au-dessus de ce laboratoire stérile de Montpellier, dans le sud de la France, vers lequel l’appareil, qui constitue une partie d’un nanosatellite, s’envolera bientôt. La seconde, à plusieurs milliers de kilomètres de là, au Sénégal, où ils espèrent développer une industrie locale.

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Une volonté d’indépendance technologique

“Nous maîtrisons le processus de fabrication”, assure à l’AFP Gayane Faye, responsable du programme spatial sénégalais, Sensat, dont le nouveau siège, pour la construction de futurs satellites, est proche de voir le jour près de Dakar.

Cette initiative s’inscrit dans une volonté d’indépendance technologique du Sénégal - pays où la “souveraineté” est devenue un mot d’ordre politique et économique —, mais elle reflète aussi la course que se livrent les agences spatiales africaines, désireuses de conquérir leur part cette nouvelle frontière.

Les ingénieurs de Sensat avaient déjà construit leur premier satellite, le Gaindesat-1A (“Gainde” veut dire “lion” en wolof), en collaboration avec l’université de Montpellier, avant de le lancer en 2024.

Mais pour le Gaindesat-1B, conçu pour collecter des données environnementales et climatiques, “nous avons supprimé la phase d’accompagnement extérieur”, souligne M. Faye. Son équipe avance alors que Paris s’apprête à accueillir, mercredi et jeudi, le Sommet international sur l’espace, où sont notamment attendus des représentants africains.

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Gayane Faye © AFP

Une hausse des budgets

À l’échelle du continent, les budgets spatiaux nationaux ont atteint 800 millions de dollars, contre moins de 300 millions en 2018, selon Temidayo Oniosun, fondateur du cabinet de conseil Space in Africa, basé à Lagos au Nigeria.

Cette hausse s’explique en partie par celle des budgets existants, par la création de la nouvelle agence spatiale continentale de l’Union africaine (UA) au Caire, mais aussi par une multiplication de nouveaux programmes: de huit pays concernés en 2018, il y en a 20 aujourd’hui, d’après les chiffres de M. Oniosun.

L’entrée de l’Afrique dans le secteur spatial ne date pas d’hier: l’Égypte avait lancé son satellite Nilesat 101 depuis la Guyane française en 1998, une première pour le continent.

L’agence spatiale nationale du Nigeria a été fondée l’année suivante, a envoyé son premier engin dans l’espace en 2003 et exploite actuellement deux satellites en orbite: l’un dédié aux communications et l’autre géré par une agence spatiale distincte relevant de l’armée nigériane, selon M. Oniosun.

Quant à l’Afrique du Sud, autre acteur historique, elle abrite une station au sol qui a supervisé les communications de centaines de lancements. Une seconde, construite avec la Nasa américaine, devrait être achevée d’ici deux ans.

Et de nouveaux acteurs ont également rejoint la course: la Côte d’Ivoire a nommé le directeur de sa première agence spatiale le mois dernier, et accueillera l’African Space Expo à la fin du mois.

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© AFP

Aménagement et surveillance

L’accès à de meilleures données satellitaires est considéré comme crucial pour l’aménagement urbain et la surveillance de l’environnement, des enjeux majeurs dans un continent où les villes connaissent une croissance rapide et où agriculteurs et pêcheurs subissent de plus en plus le changement climatique.

“Pour la première phase du développement spatial en Afrique, le succès se mesurait souvent à la capacité d’un pays à lancer un satellite”, explique Richard Folly, de la société African Geospace (basée au Togo), qui a travaillé sur la gestion des risques d’inondation et des catastrophes. “La phase suivante doit soulever une question plus complexe: quelle valeur économique, stratégique ou sociétale ce satellite génère-t-il?”

Et se pose aussi la question de l’indépendance, dans un secteur ultradominé par des agences et entreprises non africaines. Malgré le programme satellitaire de longue date du pays, les agences nigérianes “ne fabriquent pas la technologie sur place”, souligne M. Oniosun.

De son côté, le Sénégal “reste dépendant de l’achat d’images satellitaires. Certains services ne peuvent même pas être réalisés faute de moyens pour les acquérir”, explique M. Faye.

Pour le prochain satellite, le troisième de Sensat, “nous visons à développer notre propre technologie, et plus précisément notre propre charge utile embarquée”. Et ensuite, si les infrastructures sont prêtes, prédit-il, “le quatrième satellite pourra être entièrement construit au Sénégal”.

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