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Friday, September 11, 2026

Attentats du 11 septembre 2001: 25 ans après, Al-Qaïda est-il encore une menace ?

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On est le 11 septembre. On entend beaucoup moins parler d’Al-Qaïda aujourd’hui. Est-ce que ça veut dire que l’organisation n’est plus active ?

On ne peut pas dire qu’Al-Qaïda n’existe plus en tant que telle, ou que l’organisation n’est plus active. Ce qui se passe, c’est que ses activités ne font plus vraiment parler d’elle, et qu’elle parvient encore, mais faiblement, à peser sur les événements, que ce soit en Afrique, au Yémen ou en Afghanistan. On va dire qu’elle est aujourd’hui peu active en comparaison de ce qu’elle était il y a vingt ans.

Elle reste donc active en Afghanistan, au Sahel — avec Aqmi — ou en Somalie. Mais quelle influence a-t-elle réellement, concrètement, sur ces pays ?

Ce qu’on observe, c’est que l’Al-Qaïda historique, celle de Ben Laden, a surtout réussi à exporter un modèle, repris aujourd’hui par des organisations qui lui sont affiliées de près ou de loin. On ne peut donc plus dire que c’est l’Al-Qaïda historique qui opère dans ces régions : ce sont d’autres groupes qui agissent au nom du projet d’Al-Qaïda, ou d’un projet qui s’en rapproche.

Elle reste donc active en Afghanistan, au Sahel — avec Aqmi — ou en Somalie. Mais quelle influence a-t-elle réellement, concrètement, sur ces pays ?

Ce qu’on observe, c’est que l’Al-Qaïda historique, celle de Ben Laden, a surtout réussi à exporter un modèle, repris aujourd’hui par des organisations qui lui sont affiliées de près ou de loin. On ne peut donc plus dire que c’est l’Al-Qaïda historique qui opère dans ces régions : ce sont d’autres groupes qui agissent au nom du projet d’Al-Qaïda, ou d’un projet qui s’en rapproche.

Le bilan mitigé de la "guerre contre la terreur"

Est-ce que l’intervention américaine a finalement réussi ? L’objectif de réduire l’influence de cette organisation a-t-il au moins été atteint ?

Le résultat de la guerre contre la terreur est mitigé. Il y a une réussite dans la défaite de la structure historique d’Al-Qaïda : ses dirigeants sont morts et ont aujourd’hui très peu d’impact sur la scène médiatique et djihadiste. Mais en parallèle, le modèle d’Al-Qaïda a réussi à s’exporter : le projet djihadiste s’est diffusé au-delà des frontières où il était initialement implanté. Dans une certaine mesure, il y a donc aussi un gain pour Al-Qaïda. Je dirais que le bilan est mitigé.

Psychologiquement, qu’est-ce que les attentats du 11 septembre ont changé pour Al-Qaïda ? Est-ce le moment où les organisations djihadistes ont réalisé qu’elles pouvaient frapper les États-Unis et les pays occidentaux en leur cœur ?

Ce qui change, c’est sa crédibilité. Al-Qaïda avait déjà mené des attentats contre des intérêts américains, les ambassades, ou encore l’USS Cole, ce navire militaire attaqué dans le golfe d’Aden, mais l’organisation n’était pas encore prise au sérieux. Elle n’avait pas la crédibilité que les djihadistes auraient voulu avoir à l’époque. Le 11 septembre a véritablement été la source de la notoriété et de la crédibilité qui seront accordées, par la suite, au djihadisme contemporain.

D’Al-Qaïda à l’État islamique : changement du leadership terroriste islamique

Al-Qaïda a vu peu à peu l’Etat islamique apparaître et se développer. Que traduit ce basculement dans le leadership des organisations djihadistes ?

Le passage d’Al-Qaïda à l’État islamique traduit la diffusion du djihadisme contemporain, et surtout de ce qu’on appelle le djihad global, ce combat mené au nom de l’islam partout sur Terre, sans se soucier des frontières. C’est aussi la fin de l’exclusivité de ce djihad global par Al-Qaïda, et sa reprise par d’autres groupes. On a vu l’État islamique, bien sûr, mais aussi le JNIM, aujourd’hui fer de lance de la campagne au Mali, ou encore Ansar al-Charia au Yémen. Ce basculement traduit simplement la réappropriation, par d’autres groupes djihadistes, du projet initial d’Al-Qaïda.

Quelle est la différence fondamentale entre Al-Qaïda et l’État islamique ?

La première différence, c’est que l’Al-Qaïda historique ne cherchait pas à territorialiser son projet. Ben Laden ne souhaitait pas ériger lui-même un État islamique ; il voulait que son action contribue à la mise en place d’émirats islamiques, comme ce fut le cas en Afghanistan. Il se voyait davantage comme un " bienfaiteur " aidant les musulmans à instaurer des régimes islamiques, plutôt que comme le dirigeant d’un pays donné. L’État islamique, avec son chef historique Abou Bakr al-Baghdadi, avait au contraire l’ambition de diriger des territoires et d’ériger un État. C’est aussi ce qui distingue Al-Qaïda des groupes qui s’en sont détachés par la suite : ceux-ci ne conçoivent plus leur combat comme une lutte transnationale au service du mouvement islamiste dans son ensemble, mais plutôt comme une prise de pouvoir à l’échelle nationale.

Le déclin d’Al-Qaïda ne signifie pas le recul de l’islamisme

Est-ce que la baisse d’influence d’Al-Qaïda est synonyme d’un recul des idées islamistes ?

Bien sûr que non. D’ailleurs, symboliquement, Ben Laden meurt dans le contexte des printemps arabes ; un contexte qui va remettre sur le devant de la scène des acteurs et des partis islamistes qui iront bien au-delà de ce que Ben Laden pouvait espérer. L’État islamique a contrôlé des territoires, Ansar al-Charia a contrôlé des territoires en Libye, des groupes djihadistes contrôlent la moitié du Mali ou des zones entières au Yémen. Cela, Al-Qaïda n’avait pas réussi à le faire. À sa mort, Ben Laden ne voit donc pas véritablement aboutir le projet qu’il avait initié dans les années 1990.

Quelle est l’image de Ben Laden dans les pays arabes aujourd’hui ?

Aujourd’hui, Ben Laden appartient au passé. C’est une génération qui ne l’a pas connu. Il est devenu l’une de ces figures nostalgiques : il fait partie de cet ancien monde arabe d’avant les révolutions, un monde marqué par la suprématie américaine et par des figures de résistance ; Ben Laden en étant une. Après le printemps arabe, on entre dans un monde arabe qui n’est plus sous l’influence exclusive, ou en tout cas dominante, des États-Unis, avec une fragmentation réelle des jeux politiques dans la région.

Ce qu’on peut observer chez certaines personnes, et d’ailleurs dans certains courants islamistes aujourd’hui, c’est que Ben Laden fait partie de ces figures présentées comme des résistants du monde arabe et musulman, qui ont osé se dresser face aux États-Unis et à ce qui est perçu comme l’impérialisme américain dans la région.

Et les talibans, aujourd’hui au pouvoir en Afghanistan : quel rapport entretiennent-ils avec cet héritage ?

Il n’y a pas un seul rapport : cela dépend véritablement du clan ou de la tendance tribale au sein des talibans. On sait que, depuis le début des années 2000, certains chefs talibans n’entretenaient pas de relations amicales avec Ben Laden, voire aucune relation, tandis que d’autres voyaient en lui un symbole de solidarité islamique transnationale. Cet héritage perdure aujourd’hui : les talibans restent dans un dilemme face aux islamistes étrangers qui soutiennent leur mouvement ou souhaitent les rejoindre. Il n’y a pas de consensus, parmi les talibans, au sujet de Ben Laden.

Et les talibans, aujourd’hui au pouvoir en Afghanistan : quel rapport entretiennent-ils avec cet héritage ?

Il n’y a pas un seul rapport : cela dépend véritablement du clan ou de la tendance tribale au sein des talibans. On sait que, depuis le début des années 2000, certains chefs talibans n’entretenaient pas de relations amicales avec Ben Laden, voire aucune relation, tandis que d’autres voyaient en lui un symbole de solidarité islamique transnationale. Cet héritage perdure aujourd’hui : les talibans restent dans un dilemme face aux islamistes étrangers qui soutiennent leur mouvement ou souhaitent les rejoindre. Il n’y a pas de consensus, parmi les talibans, au sujet de Ben Laden.

Les héritiers d’Al-Qaïda aujourd’hui

Pensez-vous qu’Al-Qaïda existera encore dans dix, quinze ou vingt ans, ou est-ce une organisation vouée à disparaître peu à peu ?

Je pense qu’on peut affirmer que l’Al-Qaïda historique, c’est fini, et cela, depuis la mort de son numéro deux, Ayman al-Zawahiri, en 2022. Je pense que sa mort a véritablement marqué la fin d’Al-Qaïda historique. Depuis lors, on assiste à des modèles djihadistes qui ne relèvent plus du tout d’Al-Qaïda, mais qui sont ancrés localement ou régionalement.

Al-Qaïda est encore actif au Yémen, ses militants qui combattent là-bas sont-ils une menace à l’échelle régionale ?

L’héritier le plus proche de l’Al-Qaïda historique, c’est sa branche dans la péninsule arabique, au Yémen, elle ressemble à la structure centrale d’origine.

Le Yémen est plongé depuis de nombreuses années dans une guerre civile impliquant des puissances régionales, des acteurs locaux et des confédérations tribales. Malgré cela, Al-Qaïda au Yémen a tenté d’organiser ou d’appeler à des attentats, ce qui explique pourquoi les États-Unis continuent de frapper ses chefs par des attaques de drones ciblées. Mais nous n’avons pas d’éléments indiquant qu’Al-Qaïda au Yémen représente aujourd’hui une menace sérieuse et grave pour nos sociétés.
 

En revanche, Aqmi, Al-Qaïda au Maghreb islamique, a bien représenté une vraie menace pour les intérêts européens et français dans la région…

Tout à fait. Aqmi a longtemps été le principal problème pour la France et l’Union européenne au Sahel, jusqu’à son alliance avec des groupes rebelles locaux, Touareg, groupes peuls, et sa mutation en JNIM. Aujourd’hui, Aqmi est en grande partie dissoute dans cette organisation, et c’est désormais le JNIM qui représente la menace principale dans la région. Le JNIM reprend une partie de l’ADN d’Al-Qaïda, mais ce n’est plus tout à fait Al-Qaïda non plus : on y trouve des cadres islamo-nationalistes, et une préoccupation centrale pour le contrôle de territoires. Le groupe a par exemple relancé récemment une campagne militaire au Mali, allant jusqu’à mettre la pression sur la capitale.

On voit donc que les objectifs de cet héritier d’Al-Qaïda au Sahel ne sont plus tant de menacer directement la sécurité de la France ou de la Belgique. Là où il représente encore une menace directe pour l’Union européenne, c’est plutôt à travers le trafic d’êtres humains, le trafic de drogue et d’armes, et plus largement la criminalité organisée.

 
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