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Tuesday, September 22, 2026

«Marioupol»: quand l’humanité et l’innocence sont bombardées

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« Je me sens responsable de parler de ça. Quand j’ai lu la pièce, je me suis dit : “Il faut que je raconte cette histoire.” »

Le comédien Sasha Samar, d’origine ukrainienne, a eu un coup de cœur pour Marioupol, le texte théâtral de son collègue Philippe Ducros. Mais il ne voulait pas jouer dans la pièce.

« C’était trop proche de moi. Je ne me sentais pas à l’aise de défendre les personnages de cette tragédie, parce que la guerre continue et que le deuil n’est même pas fait », indique Sasha Samar en entrevue avec Le Devoir.

Le 16 mars 2022, l’artiste qui habite Montréal depuis près de 25 ans était en tournée en Europe pour un spectacle jeune public. C’est là qu’il a appris que le théâtre de Marioupol, ville assiégée par l’armée russe, avait été bombardé. Des centaines de familles qui s’y abritaient ont péri.

« C’était très difficile d’aller jouer pour des enfants en paix en Suisse et en France quand, au même moment, en Ukraine, les enfants étaient bombardés et tués », relate Sasha Samar.

L’artiste a même hésité à revenir au Canada après sa tournée, tenté qu’il était de prendre les armes dans le pays de ses racines. « Trois amis de ma classe de théâtre sont dans les tranchées aujourd’hui », souligne celui qui en a finalement été dissuadé.

Par la suite, Philippe Ducros a écrit un texte choral au sujet de ce crime. Des dizaines de personnages, dont des travailleurs du théâtre, s’entassent sur les pages comme dans le majestueux bâtiment, avec leurs peurs, leurs colères, leurs questionnements, leurs espoirs. D’autres personnages se dressent contre les trahisons, l’horreur, les mensonges.

Une première mise en scène

Sasha Samar a proposé d’en faire la mise en scène. Sa première. Il avait toujours espéré avoir cette chance de travailler en théâtre sans que son accent slave soit un enjeu. Cette posture permettait aussi, selon lui, d’aborder cette histoire importante avec une certaine distance.

Or, il a trouvé un défi de taille. Ce texte, avec sa multitude de voix, peut être intimidant. « Tu lis et tu te dis : “OK, comment monter ça ?” admet-il. Mais ça rejoint la situation des personnages de cette histoire. Imaginez-vous. Ils sont arrivés dans le théâtre, un bâtiment énorme, avec les costumes, l’histoire, la culture, dont ils ne connaissent pas grand-chose. […] C’est intimidant. » En restant durant des jours entre les murs de l’institution, ils vont la démystifier, explique l’artiste.

Sasha Samar a aussi choisi de vulgariser le théâtre, en mettant en lumière les étapes de création d’un spectacle. « On va voir l’acteur qui reçoit le texte de son personnage, qui réfléchit à comment l’incarner. Ensuite, il l’incarne. Finalement, on y croit au point de pleurer et de rire pour vrai, de ressentir toutes les émotions. »

C’est cette magie du théâtre qui amène de la lumière, dit-il, importante pour alléger le sujet de la pièce.

M. Samar voulait aussi éviter quelques pièges. Il n’était pas question de faire un spectacle immersif, lors duquel le théâtre Aux Écuries se transformerait en théâtre de Marioupol, où les spectateurs imagineraient être réfugiés. Cela manquerait de respect, estime le metteur en scène.

« Il y a une énorme responsabilité, comme artiste, face aux victimes, aux familles des victimes, aux combattants, aux Ukrainiens », souligne-t-il.

Place à l’action

Pas question non plus de faire un spectacle statique dans lequel les acteurs réciteraient leur texte en regardant le public. « Pour moi, le théâtre, c’est actif. Je voulais montrer le théâtre qui accueille les gens, les gens qui toussent, qui dorment par terre. Ça demande une chorégraphie spéciale. C’est un spectacle rigoureux où les comédiens font un travail physique. Ils se réchauffent avant, parce qu’ils déplacent des morceaux de décor, ils construisent ce théâtre et toute une histoire à partir de rien. »

La distribution, elle, est multiculturelle. Car Marioupol ne s’arrête pas avec Marioupol. Elle représente l’humanité qui est bombardée partout. « Je voulais de la diversité dans les accents, dans les couleurs, explique M. Samar. En Ukraine, ce n’est pas terminé, mais à Gaza, en Iran et ailleurs non plus. »

Entre les répétitions, Sasha Samar rentre chez lui ou va socialiser dans un parc. Pendant ce temps, certains de ses amis font des camouflages sur leur visage, au lieu de se faire des maquillages de scène. « C’est délicat de faire cette pièce dans le confort de Montréal », confie-t-il. Mais il espère qu’en touchant les spectateurs, il contribuera à garder vivante la mémoire des victimes de ce drame révoltant.

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