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Saturday, October 3, 2026

Lettonie: qui sortira vainqueur des législatives, entre menace russe et tensions économiques?

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Ce samedi, c'est jour d'élection en Lettonie. Le scrutin pour composer le Parlement se déroule alors que la menace russe est palpable dans ce pays balte. La Lettonie, qui accueille des dizaines de milliers de réfugiés ukrainiens et est fortement engagée dans le soutien à l'Ukraine, subit des incursions de drones et reçoit des vagues de demandeurs d'asile venus du Moyen-Orient ou d'Afrique subsaharienne, poussés vers l'Europe depuis la Biélorussie voisine, alliée de Moscou. Le tout dans un contexte économique délicat.

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Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, la question sécuritaire domine largement les débats de ces élections législatives en Lettonie. Membre de l'Otan et de l'UE depuis 2004, le pays considère la Russie comme sa principale menace stratégique et a fortement augmenté ses dépenses de défense, à près de 5% du PIB. Un chiffre qui, dès 2027, sera garanti dans le budget annuel. La plupart des formations susceptibles d'entrer au Parlement soutiennent un renforcement militaire et la poursuite de l'aide à Kiev.

Mais remplir ces engagements économiques, en plus de l'aide à l'Ukraine, ne sera pas chose facile pour le prochain gouvernement. Car les enjeux socio-économiques – hausse du coût de la vie, bas salaires, santé et déclin démographique - ont aussi été au cœur de la campagne. Le scrutin pourrait ainsi donner aux populistes une place importante au Parlement unicaméral de 100 sièges. Les achats de matériel militaire devraient stimuler l'investissement public et celui des entreprises et la croissance du PIB letton est bonne et devrait même progresser de 2,2%, l'an prochain, mais la consommation intérieure est toujours freinée par une inflation trop forte.

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La menace russe, pas le clivage principal ?

Dans les sondages, la Liste unie (centre droit, AS) du Premier ministre Andris Kulbergs, créditée de plus de 14% des suffrages, est en tête des intentions de vote dans ce pays de 1,8 million d'habitants, selon l'institut SKDS. Cependant, sa coalition de centre droit pro-européenne et pro-ukrainienne, qui réunit également Nouvelle Unité (JV, centre, 4,3%), l'Alliance nationale (nationaliste, NA, 5,6%) et l'Union des Verts et des Paysans (ZZS, centre, 4,8%), devrait sortir affaiblie, selon cette enquête, et avoir peu de chances d'être reconduite dans sa forme actuelle.

La principale nouveauté de la campagne est la progression de formations populistes, sur fond de problèmes économiques, la Lettonie étant le pays le plus modeste des trois États baltes en termes de niveau de vie. Le parti populiste Pouvoir souverain (Suverena vara, SV), dirigé par Julija Stepanenko, est crédité de plus de 9%, ce qui pourrait lui valoir la deuxième place au Parlement, la Saeima. Critique de l'aide à l'Ukraine et de l'augmentation des dépenses militaires, ce parti met en avant les difficultés économiques du pays.

« Le problème par rapport à l'Ukraine, c'est un peu le même qu'un peu partout en Europe, explique Céline Bayou, auteure de l'ouvrage Les pays baltes en 100 questions. Il y a des crises économiques majeures, notamment énergétiques, et des attentes sociales. Le clivage va se positionner là. On aide l'Ukraine et la Lettonie est très engagée, notamment financièrement dans ce soutien, mais il y a d'autres attentes au sein de la population et la question c'est combien de temps ça va tenir. C'est d'ailleurs là-dessus que compte Vladimir Poutine. » Considéré comme pro-russe par ses détracteurs, SV reste toutefois entouré d'un cordon sanitaire par la plupart des autres partis.

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« Une grosse majorité des russophones sont engagés pour l'Ukraine »

Autre formation populiste, Lettonie d'abord (LPV, 9%), dirigée par l'homme d'affaires Ainars Slesers, régulièrement comparé au président américain Donald Trump par les médias, séduit avec un discours conservateur et des promesses de relance économique. Il pourrait devenir un partenaire incontournable dans les prochaines négociations de coalition. Les Progressistes (PRO), parti social-démocrate pro-européen favorable à une protection sociale renforcée et à l'aide à l'Ukraine, sont crédités de 6,2% d'intentions de vote.

Environ un électeur sur cinq reste indécis, ce qui rend les prévisions sur la forme de la prochaine coalition gouvernementale difficiles. Au total quatorze listes sont en compétition mais, selon les sondages, seules sept d'entre elles semblent assurées de franchir le seuil de 5% nécessaire pour entrer au Parlement.

Le vote de la population russophone, longtemps rassemblée autour d'un seul parti, Harmonie, disparu du Parlement en 2022, est également en pleine mutation. Sans que les questions identitaires disparaissent, une partie croissante de cet électorat vote désormais en fonction de critères économiques et sociaux, notamment pour des partis populistes. Sans pour autant se tourner complètement vers les partis critiques de l'aide à l'Ukraine : « Je pense qu'il ne faut pas exagérer la peur de la cinquième colonne en Lettonie, analyse Céline Bayou. Une grosse majorité des russophones, particulièrement ceux qui sont bien intégrés, qui sont des citoyens lettons avec le droit de vote, sont extrêmement détachés de la Russie de Poutine et sont engagés pour l'Ukraine »

Au-delà de la répartition des sièges, l'enjeu sera la formation d'une coalition capable de gouverner, dont la constitution pourrait être longue à négocier. Au total, plus de 1,5 million d'électeurs sont inscrits sur les listes électorales et pourront voter dans plus d'un millier de bureaux de vote en Lettonie et à l'étranger qui seront ouverts de 5h à 17h TU (8h à 20h heure locale). Les premiers résultats partiels sont attendus dans la soirée de samedi, tandis que les résultats préliminaires officiels doivent être publiés dimanche par la Commission électorale centrale. Les sondages à la sortie des urnes sont attendus immédiatement après la fermeture des bureaux de vote.

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