500 000 arbres d’ici 2030 | Montréal réduit son budget de plantation

Alors qu’elle est plus qu’à mi-chemin de son objectif de planter 500 000 arbres d’ici 2030, la Ville de Montréal coupe dans le budget alloué aux plantations et à la lutte contre l’agrile du frêne.
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Lors de la séance du conseil municipal tenue lundi dernier, un règlement d’emprunt de 46,4 millions de dollars a été adopté pour la réalisation du Plan de la forêt urbaine dans les trois prochaines années.
Cette enveloppe inclut notamment la production et la plantation de végétaux, les mesures de lutte contre l’agrile du frêne et le contrôle des espèces exotiques envahissantes.
Pour les années 2023 à 2025, 76 millions de dollars avaient été consacrés à ces mesures. Il s’agit d’une baisse de 39 %.
« Les citoyens sont souvent critiques des administrations publiques, à savoir qu’on se dote d’objectifs qu’on n’est pas capable de respecter. Là, on y arrivait. On était sur un bon rythme de croisière, il ne fallait pas lâcher le morceau », dénonce la conseillère de ville et membre de Projet Montréal, Catherine Houbart.
Lors de la séance du conseil, elle a questionné l’administration Martinez Ferrada sur ces coupes. La responsable de l’environnement, de la transition écologique et des espaces verts au comité exécutif et conseillère de ville, Gabrielle Rousseau-Bélanger, a assuré que l’administration maintenait le cap sur l’objectif de 500 000 arbres d’ici 2030 inscrit au Plan climat 2020-2030.
Elle a ajouté que la première moitié des arbres ont été plantés dans des « endroits plutôt faciles » où aucune intervention n’était nécessaire. « En ce moment, il y a aussi un enjeu de disponibilité de terrains, a-t-elle fait valoir. C’est pour ça aussi que les prévisions sont peut-être un petit peu à la baisse. Mais on reste vraiment sur le cap des 500 000 arbres, puis on met tous les efforts nécessaires pour pouvoir justement assurer une canopée qui va répondre aussi à tous les enjeux de vulnérabilité sur l’île de Montréal. »
Catherine Houbart craint que cette réduction du budget oblige plutôt la Ville à se tourner vers des sites de plantation faciles et peu coûteux, alors que le Plan climat précise que les zones vulnérables aux vagues de chaleur doivent être priorisées.
C’est vrai qu’il y a un enjeu de disponibilité de terrains verts et déjà prêts à planter. C’est pour ça qu’il faut accroître les investissements pour pouvoir déminéraliser et agrandir les carrés d’arbres.
Gabrielle Rousseau-Bélanger n’était pas disponible vendredi pour une entrevue. Par courriel, une porte-parole de la Ville de Montréal a confirmé le maintien de la cible en priorisant les secteurs où les besoins sont les plus importants. Comment s’y prendra-t-elle ?
« La Ville entend prioriser certaines activités, notamment la plantation d’arbres », a répondu Nicky Cayer. Or, le montant prévu pour les plantations et leur planification, la production de végétaux et l’achat d’équipements et de matériaux passent de 40 millions de dollars à 24 millions de dollars.
Mme Cayer a aussi indiqué que la Ville compte sur la collaboration d’organismes partenaires pour soutenir les efforts de plantation sur le domaine privé. Le budget alloué à ces organismes, soit environ 11 millions de dollars, n’est pas touché.
L’état d’avancement du Plan climat 2020-2030, publié en août dernier, indique qu’en 2025, 298 532 arbres avaient été plantés, soit presque 60 % de la cible.
Selon le document, Montréal est sur la bonne voie d’atteindre son objectif, mais planter en priorisant les secteurs vulnérables aux vagues de chaleur demeure un « défi persistant ». Près de 72 % des plantations hors des milieux naturels ont été faites en zones prioritaires à verdir.
C’est la priorité à laquelle devrait s’attaquer la Ville de Montréal, pense Alain Paquette, professeur à l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche sur la forêt urbaine. Depuis plusieurs années, il fait valoir que l’important n’est pas le nombre d’arbres plantés, mais les endroits où ils le sont.
« À la limite, qu’on en plante moins, mais qu’on les plante aux bons endroits, insiste-t-il. Et que nos objectifs, nos mesures de succès ne soient pas le nombre d’arbres plantés, mais par exemple d’avoir diminué les températures de 0,5 ou 1 degré Celsius dans tel quartier qui est occupé par des gens à faible revenu. On sait que ce sont les gens les plus susceptibles de développer des maladies liées à l’exposition environnementale. »
Moins d’argent pour l’agrile du frêne
La Ville de Montréal fait aussi passer de 20 millions à 10 millions les sommes allouées à la lutte contre l’agrile du frêne et à la recherche scientifique en lien avec les enjeux de forêt urbaine. Pour l’instant, Alain Paquette ne sait pas si l’enveloppe pour la recherche scientifique sera touchée.
Lors de la séance du conseil, Gabrielle Rousseau-Bélanger a justifié cette décision par une diminution du nombre d’arbres affectés par l’agrile du frêne. « Plus on fait des interventions, plus le nombre d’arbres atteints de cette maladie qui a vraiment ravagé nos forêts et notre canopée à Montréal diminue. C’est aussi en fonction de ces évaluations que les estimations ont été faites », a-t-elle expliqué.
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