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Friday, September 11, 2026

"Ramper à travers les décombres, un souvenir très vif" : Adam Lake, pompier à New York, a vécu les attentats du 11 septembre 2001

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"C’était une sorte de chaos. Une zone de guerre". Le 11 septembre 2001, Adam Lake était un tout jeune pompier. Ce jour-là, celui qui a rejoint le service d’incendie de la Ville de New-York en 1999, va être plongé dans l’enfer des attentats terroristes contre les tours jumelles du World Trade Center.

"Ce mardi-là, au matin, je n’étais pas de service, mais nous avons eu ce qu’on appelle une " alerte générale ". On nous a demandé de nous rendre à la caserne la plus proche ou, si possible, à notre propre caserne", se souvient l’homme du feu. "J’ai donc pu me rendre à ma caserne, qui se trouvait à environ deux kilomètres des tours. Et je suis arrivé sur les lieux juste au moment où la deuxième tour s’effondrait. C’était un peu avant 10 heures du matin", poursuit-il.

La poussière, des débris, des incendies, des foyers de feu partout, tout ça dans l’air

Se replongeant dans ses souvenirs, Adam Lake se rappelle "de la poussière, des débris, des incendies, des foyers de feu partout, tout ça dans l’air". Des souvenirs intacts même s'"il y a clairement des choses qu’on refoule après des journées comme celle-là", confie l’ancien pompier new-yorkais. "Il y a certaines choses dont je me souviens très clairement. Je voyais le squelette de la charpente extérieure de la tour nord. Et le feu l’engloutissait tout entier. C’est un souvenir très vif que j’ai encore aujourd’hui. Et le fait de ramper à travers les décombres".

Une mission : fouiller les décombres…

Les décombres des tours du World Trade Center : Adam Lake va les parcourir sans s’arrêter ou presque durant quatre jours.

"Je suis descendu là-bas avec d’autres pompiers que je ne connaissais pas, puis j’ai fini par retrouver ma compagnie et j’ai travaillé avec elle pendant les jours qui ont suivi, à creuser, à fouiller les décombres, dans l’espoir de trouver au moins une victime encore en vie", précise le pompier.

Si, dans un premier temps, les secouristes ont travaillé sans pause, au fur et à mesure des jours, une organisation s’est mise en place se souvient Adam Lake : "On s’est, en quelque sorte, organisés en groupes, avec des rotations de 12 heures de service et 12 heures de repos, et on restait aux casernes pendant nos heures de repos. On nettoyait notre équipement, car il était tout couvert de poussière, de débris, de fibre de verre".

… à la recherche "de tout type de restes humains"

Le vendredi 14 septembre, Adam Lake rentre chez lui. Mais le repos sera de courte durée : "Le vendredi soir, j’ai été rappelé car les gars qui travaillaient sur le site ont retrouvé des membres de ma caserne dans les décombres".

Par respect pour ses collègues qui ont perdu la vie, il retourne dans le chaos formé de débris et de poussière. "Nous sommes donc tous descendus pour aider à organiser le transfert dans le respect de leurs dépouilles, depuis les décombres jusqu’à la morgue", raconte avec émotion l’ancien homme du feu.

Les gars qui travaillaient sur le site ont retrouvé des membres de ma caserne dans les décombres

Les jours suivants, "quand nous n’étions pas sur le site des décombres, nous assistions aux veillées funéraires et aux messes".

Adam Lake le confie : quitter l’horreur laissée après les attaques s’est avéré difficile. "J’ai consacré beaucoup de mon temps libre à rester sur le site. J’ai effectué une mission d’un mois en octobre, où ma seule tâche consistait à creuser et à rechercher tout type de restes humains".

Des séquelles psychologiques

Ces jours passés dans les décombres et la poussière n’ont pas été sans conséquence pour Adam Lake. "J’ai eu des problèmes psychologiques", reconnaît le secouriste. "J’ai suivi une thérapie au début. Je pense simplement que les gens qui exercent ce genre de métier – les premiers intervenants, la police, les pompiers, les secouristes, les soldats – trouvent des moyens de gérer ça. Pour moi personnellement, c’est l’activité physique", poursuit-il.

Malgré tout, 25 ans plus tard, Adam Lake reconnaît que les attentats de 11 septembre 2001 ont encore un impact psychologique et l’empêche de participer à certaines activités : "Je ne me sens plus à l’aise dans les grandes foules. Aller à un concert, ce n’est pas bon pour moi, psychologiquement".

"Je suis une victime de cette journée-là"

A l’occasion des commémorations des attentats contre les tours du World Trade Center, l’actuel maire de New-York, Zohran Mamdani, a annoncé la publication en ligne d’une dizaine de milliers de documents montrant "ce que la ville savait de la présence d’air toxique" après les attentats du 11 septembre 2001.

En 2020, Adam Lake s’est vu diagnostiquer une tumeur cancéreuse à la thyroïde. "L’année suivante, elle a été retirée, mais elle s’était déjà propagée à mes ganglions lymphatiques", précise l’ancien pompier.

J’ai découvert mon cancer à un stade précoce

Et Adam Lake de faire un lien avec la poussière respirée durant des jours sur le site des deux tours écroulées : "Physiquement, oui, je suis une victime de cette journée-là, mais je me considère extrêmement chanceux d’être encore là. J’ai découvert mon cancer à un stade précoce et il n’était pas vraiment mortel. Ça a davantage bouleversé ma vie que ça ne l’a mise en danger. Mais il y a des gars qui ont développé un cancer de la prostate, du foie, du côlon, des maladies vraiment graves, simplement à cause du fait d’avoir travaillé là-bas".

En plus des 2977 personnes décédées aux États-Unis le jour des attaques, plus de 9400 autres sont mortes des suites de maladies liées à leur exposition aux attentats, selon le programme fédéral mis en place pour assurer leur suivi médical.

"Tous mes soins médicaux sont pris en charge par le service des pompiers de New York", précise Adam Lake.

Mais, le pompier déplore toutefois que le remboursement des soins des équipes présentes sur place, le 11 septembre 2001 et après, n’ait pas toujours été une évidence. "En 2019, il a fallu se battre avec le Congrès pour obtenir le remboursement des frais de l’équipe médicale du World Trade Center. Ça devrait aller de soi. Ça devrait être illimité. Si vous travailliez là-bas, vous devriez être pris en charge", estime Adam Lake.

L’ancien secouriste fait référence aux débats qui ont lieu en 2019 à propos du renouvellement jusqu’en 2090 du fonds d’indemnisation des victimes du 11 septembre. Ce fonds finance les soins des personnes malades suite aux attaques terroristes qui ont frappé New-York.

"Ils ne cessent de reclasser certains types de cancers ou certaines maladies qui sont clairement attribuables au fait d’avoir travaillé là-bas. Nous avons perdu plus de collègues après le 11 septembre 2001 que lors de l’attaque elle-même", ajoute-t-il.

La vie d’après… en Espagne

Adam Lake a été depuis mis à la retraite pour des raisons médicales : "Je vivais alors encore à New-York. Entendre les sirènes retentir tous les jours, savoir que quelqu’un d’autre fait le métier que j’adore en sachant que je ne peux plus faire ça, c’était un peu déprimant".

Avec sa femme, l’ancien pompier voyage alors en Europe. "J’ai fait le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle et je suis tombé amoureux de l’Espagne. Et finalement, on a simplement décidé qu’on avait une meilleure qualité de vie ici. En dehors d’une grande ville, il y a plus d’espace. Le rythme est beaucoup plus lent", confie l’ancien membre du service d’incendie de la Ville de New-York.

Adam Lake s’est depuis impliqué dans "Together Stronger", une association de victimes de terrorisme de toute l’Europe et qui organise des défis sportifs pour récolter des fonds.

"J’ai du mal à croire que cela fait déjà 25 ans", conclut aujourd’hui celui qui restera marqué à vie par les attentats du 11 septembre 2001.

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