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Wednesday, September 23, 2026

«Ils m’ont tout pris»: enquête sur les expulsions de masse de l’administration Trump vers le Mexique

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Une enquête menée par Forbidden Stories et 26 médias partenaires, dont RFI, lève le voile sur les expulsions de masse orchestrées par l’administration Trump depuis son retour au pouvoir en janvier 2025. Intitulée « The Deportation Project », cette investigation met en lumière le sort des migrants expulsés vers des pays tiers, avec un focus particulier sur le Mexique, principale destination de ces renvois.

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Entre janvier 2025 et août 2026, plus de 25 000 migrants ont été expulsés des États-Unis vers des pays tiers. Parmi eux, 20 000 ont été envoyés au Mexique, faisant de ce pays le premier récepteur de ces mesures. Les Cubains en constituent le groupe le plus important, souvent laissés dans un vide juridique et humanitaire.

José, 66 ans : « Ils m’ont tout pris »

José Alejandro Aponte Delgado, 66 ans, est l’un de ces expulsés. Le Cubain a vécu 31 ans aux États-Unis avant d’être arrêté par la police fédérale de l’immigration (ICE) pour une affaire de drogue vieille de 30 ans. Après un trajet de 30 heures en bus, il a été abandonné à Villahermosa, dans l’État de Tabasco, sans ressources ni contacts.

« Je ne touche plus ma retraite des États-Unis. Ils m’ont aussi pris mon permis de conduire et ma carte de sécurité sociale – qui me servaient de papiers d’identité. Ils m’ont tout pris », explique-t-il à Forbidden Stories. Comme environ 4 300 autres Cubains expulsés depuis 2025, José est devenu apatride : Cuba refuse de rapatrier ceux qui sont partis. À Villahermosa, Forbidden Stories a rencontré plusieurs de ces exilés forcés. Sans hébergement, certains dorment dans la rue. Tous décrivent une réalité brutale : ces expulsions reposent sur une coopération tacite avec les autorités mexicaines, sans aucun accord officiel.

Un « no man’s land juridique » : l’absence de cadre d’accueil

Salvador Guerrero, coordinateur de la Clinica Juridica Alaide Foppa, un service d’aide juridique gratuit pour les réfugiés à Mexico, dénonce l’opacité administrative dans laquelle se déroule ses refoulements. « Les expulsions de ressortissants étrangers vers le Mexique sont restées très discrètes. On n’a pratiquement aucune déclaration des responsables publics sur les conditions de ces retours, déplore Salvador Guerrero. Les données sur les personnes expulsées qui ne sont pas mexicaines sont presque impossibles à obtenir. »

En fait, selon lui, aucune politique d’accueil n’est prévue pour ces migrants. Mais pire encore, souligne-t-il : aucun cadre juridique ne leur permet de s’installer légalement au Mexique. « Les seules règles en vigueur concernent celles et ceux qui sont arrivés illégalement dans le pays. La loi impose leur arrestation et, s’ils n’ont aucune raison de rester, leur expulsion, déplore Salvador Guerrero. Résultat : les étrangers expulsés des États-Unis se retrouvent dans une sorte de no man’s land juridique. Ils n’ont pas accès à l’emploi, ne savent pas s’ils peuvent rentrer dans leur pays d’origine, n’ont aucun papier mexicain, et ne peuvent même plus contacter les États-Unis. »

D’après Salvador Guerrero, les autorités mexicaines sont incapables de gérer ce qui est devenu une vraie crise humanitaire.

Lorenzo, 45 ans aux États-Unis… et SDF au Mexique

L’histoire de Lorenzo, un autre Cubain expulsé, illustre cette tragédie. Arrêté pour avoir bu une bière dans un espace public à Miami, il a été renvoyé au Mexique en raison d’un vieil ordre d’expulsion. Après 45 ans passés aux États-Unis, le voilà sans-abri, contraint de dormir sur les trottoirs : « Je vis dans la rue, je dors sur les trottoirs », confie-t-il à Forbidden Stories.

Lorenzo a récemment obtenu le statut de réfugié au Mexique, mais demeure sans ressources financières : il tente désormais de reconstruire sa vie, loin du pays qu’il considérait comme le sien.

Interrogé par Forbidden Stories, le gouvernement mexicain n’a pas souhaité réagir aux révélations sur ces expulsions de ressortissants étrangers depuis les États-Unis.

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