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Thursday, October 22, 2026

L’Espace Riopelle déploie ses ailes

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L’Espace Riopelle du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) a été inauguré mercredi au cœur des plaines d’Abraham. Cet écrin de verre et de bois d’épinette noire se veut en osmose avec l’œuvre du célèbre peintre de l’île aux Grues.

« Pendant que certains politiciens internationaux cherchent le conflit et la guerre, nous, on ouvre un musée », a déclaré le maire de Québec, Bruno Marchand, dans l’atrium du pavillon Michael Audain. « Pendant que certaines villes brûlent, pendant qu’on préfère s’éloigner les uns les autres, à Québec, on ouvre un musée », a-t-il renchéri.

L’inauguration de l’Espace Riopelle a précédé de quelques heures la passation des pouvoirs entre la première ministre Christine Fréchette et son successeur, Paul St-Pierre Plamondon. Cette transition explique l’absence de représentants politiques du gouvernement du Québec, qui a financé la moitié du chantier de 84 millions de dollars.

Soleil des plaines

Quand on franchit le porche vitré du pavillon, les regards se tournent naturellement vers le plafond, formé d’une cascade de pans inclinés en bois. Cette matière chaleureuse est également présente dans l’escalier donnant accès à la plus grande collection publique d’œuvres de Riopelle.

D’un étage à l’autre, on revisite les étapes de la carrière du signataire de Refus global. Ce parcours « ascensionnel » culmine dans un espace semi-circulaire conçu sur mesure pour la fresque testament de l’artiste, L’hommage à Rosa Luxemburg.

Le soleil des plaines d’Abraham rayonne de toutes parts dans cet espace de 5600 m2 doté de verres parsemés de points en sérigraphie. Ces derniers visent à faire en sorte que les oies blanches et autres oiseaux ne viennent pas s’abattre sur l’édifice.

La firme d’architectes FABG a tiré profit de l’emplacement exceptionnel du nouveau pavillon pour aménager une terrasse dominant le fleuve Saint-Laurent. Les jardins situés en contrebas évoquent la flore laurentienne. On y trouve cinq sculptures de Riopelle, dont La tour, un bronze de 2,5 mètres réalisé au tournant des années 1970.

L’Espace Riopelle est le seul pavillon de cette envergure consacré à un artiste au Canada. Sa construction a été financée par le gouvernement du Québec à hauteur de 44 millions de dollars, contre 25 millions de la Fondation Riopelle, 10 millions de la Fondation du Musée et 5 millions de la Ville de Québec.

Michael Audain était présent à l’inauguration du pavillon portant son nom. Les dons cumulés de l’homme d’affaires de Vancouver se chiffrent à 91 millions de dollars, dont l’essentiel provient d’un lot de tableaux. Le MNBAQ possède désormais plus de 500 des 7000 œuvres produites par Riopelle sur près d’un demi-siècle.

L’artiste Marc Séguin animera les quatre jours de festivités qui suivront l’ouverture de l’Espace Riopelle au grand public jeudi. Les visiteurs assisteront notamment à des performances inspirées par la « liberté créatrice » de l’artiste.

Cité muséale

L’entrée de l’Espace Riopelle borde la colonne Wolfe, qui marque l’emplacement exact où le conquérant britannique a succombé à ses blessures à la bataille des plaines d’Abraham. Ce bâtiment discret fait le pont entre les trois autres pavillons de ce musée d’État québécois enclavé dans un parc fédéral.

Le caractère disparate de cette cité muséale, qui comprend une ancienne prison d’influence néo-Renaissance et un édifice de style Beaux-Arts, n’est pas une faiblesse aux yeux de l’ex-directeur du MNBAQ John Porter. « Au contraire, c’est une force, parce que vous avez une collection d’architecture », dit-il en entrevue au Devoir.

L’inauguration de l’Espace Riopelle survient dix ans après l’ouverture du pavillon Pierre Lassonde, qui fait office de porte d’entrée du musée sur la Grande Allée. Ce bâtiment de verre et d’acier avait été construit au coût de 103 millions de dollars, l’équivalent de 135 millions aujourd’hui.

L’église Saint-Dominique de la Grande Allée sera plus tard intégrée au MNBAQ, estime John Porter. « Vous aurez alors un complexe absolument extraordinaire où vous visiterez non seulement des œuvres d’art, mais des bâtiments qui correspondent à toutes sortes de facettes de notre architecture », dit-il.

Capitale

Né à Montréal, le peintre décédé au domaine seigneurial de l’Île-aux-Grues, en 2002, entretenait des liens étroits avec la capitale. John Porter évoque à ce sujet la première grande exposition rétrospective de ses œuvres présentée entre les murs du MNBAQ, en 1967. « Je l’ai vue, cette exposition-là, j’avais 18 ans », lance-t-il dans un élan de nostalgie.

La création d’un espace consacré au peintre passionné de chasse et de voitures anciennes a été annoncée à la fin de 2021 par le premier ministre de l’époque, François Legault. Le budget initial du pavillon, qui devait d’abord être établi à Montréal, était de 43 millions de dollars.

Avec la livraison de l’Espace Riopelle, les regards se tournent désormais vers le Vieux-Québec, qui doit abriter le NAT. L’inauguration de ce musée d’État voué à l’histoire de la nation québécoise était prévue au printemps, puis à l’été 2026. Son inauguration a été reportée à l’automne, qui se termine dans deux mois exactement.

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