Coût, suivi médical, choix de méthode : comment mieux répartir la charge liée à la contraception au sein du couple ?

Comment équilibrer la charge contraceptive dans un couple ? © Getty Images - Yana Iskayeva
Ce n’est pas un choix anodin : il entraîne de multiples conséquences. Une accumulation de décisions, de dépenses financières, d’effets secondaires, de charge mentale. Choisir un moyen contraceptif est plus complexe qu’il n’y paraît, surtout si l’on porte seule toute la "charge contraceptive". C’est ce terme que l’asbl O’YES utilise pour décrire une réalité encore largement méconnue. La charge contraceptive, c’est "l’ensemble des responsabilités et conséquences, visibles et invisibles, liées à la gestion de la contraception. Elle comprend des dimensions mentales, émotionnelles, médicales, organisationnelles, administratives et financières."

Choisir sa méthode contraceptive, la payer, en subir les effets secondaires, gérer les rendez-vous médicaux, programmer son téléphone tous les jours à la même heure pour ne pas oublier sa pilule : toutes ces étapes s’accumulent et peuvent représenter une charge mentale importante.
Peu de partenaires impliqués
Alors qu’en est-il, chez nous, en Belgique ? Comment cette charge est-elle répartie ? C’est ce que détaille O’YES, une organisation de jeunesse qui a pour mission d’informer les jeunes sur la vie relationnelle, affective et sexuelle dans toute la Fédération Wallonie-Bruxelles, dans sa nouvelle campagne.
Et sans grande surprise, ce sont surtout les femmes qui supportent la charge contraceptive, nous explique Nadège Desmedt, chargée de projets pour O’YES. "Selon une enquête de Solidaris, 73% des répondants belges estiment que la contraception devrait être une responsabilité partagée. Pourtant, la même enquête rapporte que seules 33% des femmes considèrent que leur partenaire est réellement impliqué dans la contraception au sein du couple".
"Il faut donner des outils aux jeunes"
Comment expliquer cette inégalité ? Selon O’YES, l’une des pistes d’explications puise sa source dans la recherche scientifique. Pendant des décennies, la recherche et les politiques publiques ont développé presque exclusivement des contraceptifs à destination des femmes. Résultat : la contraception est encore largement perçue comme une responsabilité féminine. Les femmes sont aussi plus informées à ce sujet que les hommes : 77% des femmes déclarent s’informer auprès de leur gynécologue, alors que 37% des hommes citent leur partenaire comme principale source d’information.
Mais peu à peu, les mentalités évoluent, constate l’asbl sur le terrain. "On l’a remarqué lors de nos animations EVRAS. Les jeunes sont demandeurs d’une meilleure répartition de la charge contraceptive au sein de leurs relations. Ce qu’on a remarqué aussi, c’est qu’ils ne se sentent pas outillés pour le faire. Et donc cette campagne, elle s’inscrit vraiment dans cette volonté, c’est de pouvoir les outiller sur comment concrètement pouvoir s’impliquer sur la contraception dans leurs relations", nous explique Nadège Desmedt.
Ce "Bingo de la charge contraceptive" illustre les multiples tâches associées à la charge contraceptive. © O’YES asbl
Cette évolution des mentalités, nous aussi, nous l’avons remarquée, en nous baladant près d’un campus universitaire, à Bruxelles, où nous avons engagé la discussion avec un jeune couple d’étudiants : Rose et son petit ami Sander.
Dans leur couple, la contraception n’est pas un sujet tabou. "Je lui demande si elle n’a pas oublié de prendre sa pilule, ou je lui demande si je peux l’aider d’une manière ou d’une autre quand elle a des effets secondaires", explique le jeune homme.
Ça me stresse moins de savoir que c’est moi qui le fais
Par contre, c’est surtout Rose qui gère sa contraception. "Ça me stresse moins de savoir que c’est moi qui le fais, comme cela me concerne un peu plus. Et puis, ça ne me demande pas une trop grosse charge mentale", nous dit-elle.
De nombreuses méthodes contraceptives existent aujourd’hui, mais elles sont principalement destinées aux femmes. © Sylvia Falcinelli
Et qui paye la contraception ? Là aussi, c’est Rose. "Si Rose me demandait de payer une partie de la contraception, je le ferais", nous explique son compagnon. "Mais elle ne le demande pas, donc je préfère mettre mon argent dans autre chose pour notre couple."
Le jeune couple conclut : "Autour de nous, il y a vraiment différentes manières de gérer la contraception entre les autres couples, ce n’est pas du tout la même chose chez tout le monde. Pour certains, c’est un peu un sujet sensible, pour d’autres, pas du tout."
Comment alléger cette charge ?
Le but de la campagne d’O’YES est clair : ouvrir le dialogue, proposer des solutions pour rééquilibrer la charge contraceptive. Alors quels conseils peut-on donner aux partenaires ? "Cela peut être très multiple", nous répond Nadège Desmedt.
"Par exemple, participer aux frais. La contraception, ça peut coûter de l’argent, des frais médicaux aussi. Mais ça peut être aussi accompagner aux rendez-vous médicaux. Ou juste s’informer, en discuter ensemble, en faire un sujet de discussion au sein de la relation. Bref : que ce ne soit pas une charge qui soit systématiquement portée par une seule des personnes. Parce que la contraception, c’est vraiment quelque chose qui concerne toutes les personnes au sein de leur relation. Le plaisir, ça se partage. La contraception aussi."
Le but ici n’est pas forcément d’encourager les hommes à prendre eux-mêmes une méthode contraceptive. "Aujourd’hui, on évolue dans un monde où les choix contraceptifs pour les hommes et les personnes à testicules ne sont pas énormes par rapport aux femmes et aux personnes à utérus. Donc cette campagne s’inscrit justement dans ce constat. On n’a pas beaucoup de choix pour ces personnes, mais elles peuvent s’investir autrement sur la contraception au sein de leurs relations", conclut la chargée de projets chez O’YES.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.