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Friday, November 6, 2026

Faire du sport collégial sans étudier, comment est-ce possible?

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Par un spectaculaire effet papillon, une récente règle administrative du ministère de l’Enseignement supérieur, qui permet aux cégépiens d’abandonner un nombre illimité de cours tout en maintenant leur statut d’étudiant à temps complet, fragilise les valeurs fondamentales du sport étudiant au Québec.

Le sport étudiant, c’est un peu comme la maternité et la tarte aux pommes : personne ne peut être contre!

Sachant à quel point le décrochage scolaire est un fléau, tout le monde se rallie spontanément à l’idée que le sport puisse être utilisé comme levier pour motiver les étudiants plus à risque, et plus particulièrement les garçons. Et à l’autre bout du spectre, tous applaudissent les réussites, comme celle de Laurent Duvernay-Tardif, qui est parvenu à combiner ses études en médecine avec un parcours sportif qui l’a mené jusqu’à la NFL.

De façon générale, le sport étudiant permet à des milliers d’athlètes-étudiants de maximiser leur potentiel sportif tout en bénéficiant d’un accompagnement holistique qui favorise la réussite de leurs études. Ce pacte est assez simple : si tu veux faire du sport à l’école, tu dois étudier sérieusement. Cela dit, l’institution est consciente que c’est extrêmement difficile de combiner des études supérieures et un sport de haut niveau. Mais si tu fournis cet effort, nous allons tout faire pour t’aider à réussir.

Jusqu’à la présente session d’automne, les critères de réussite scolaire du RSEQ au cégep étaient, en résumé, les suivants :

  • il fallait être un étudiant à temps complet pour disputer des matchs;
  • un étudiant inscrit aux sessions d’automne et d’hiver devait réussir un minimum de huit cours durant l’année;
  • l’étudiant inscrit à une seule session devait quant à lui réussir un minimum de quatre cours.

En clair, un athlète-étudiant respectant ces exigences minimales peut obtenir son diplôme d’études collégiales en trois ans et demi ou en quatre ans. Les étudiants qui ont une grille de cours complète peuvent quant à eux franchir cette étape en deux ans.

Ces règles existent toujours, mais elles ne tiennent plus vraiment la route depuis cet automne. Pourquoi? Parce que les cégeps membres du RSEQ ont décidé de soumettre leurs étudiants-athlètes à une règle que le ministère de l’Enseignement supérieur a instaurée de façon générale en 2024. Or, cette règle permet aux étudiants d’attendre que jusqu’à 60 % de leur session soit écoulée pour abandonner leurs cours sans qu’une mention d’échec leur soit attribuée, et sans que leur statut d’étudiant à temps plein ou leur aide financière soit menacé.

Si un étudiant abandonne une multitude de cours, il suffit désormais de réussir 50 % des cours qui n’ont pas été abandonnés. Prenons l’exemple d’un étudiant qui abandonne quatre cours sur six à l’automne, mais qui réussit les deux cours restants. Quand arrive la session d’hiver, il décide d’abandonner tous ses cours. Or, la session d’hiver n’est pas prise en compte par le cégep. On se rabat sur sa session d’automne, qui est considérée comme un succès.

Concrètement, cette règle fait en sorte qu’un étudiant-athlète pourrait disputer toute sa saison de football et abandonner tous ses cours par la suite. Ou encore, un étudiant pourrait abandonner tous ses cours vers la mi-septembre, travailler chez RONA 35 heures par semaine et continuer de pratiquer son sport au cégep, indique Patrice Marcoux, avec désolation.

Éducateur physique au Cégep de Drummondville, Patrice Marcoux est un ancien joueur de football universitaire. Il y a plusieurs années, quand il s’est impliqué à titre d’entraîneur pour l’équipe de football de cette institution, il dit avoir pleinement réalisé l’ampleur du défi que constitue la combinaison des études et de la pratique du sport pour certains étudiants.

Il y a beaucoup de jeunes qui arrivent avec des dossiers scolaires qui ne sont pas nécessairement reluisants. Il y en a aussi qui, souvent, débarquent en territoire inconnu parce qu’ils sont les premiers membres de leur famille à accéder aux études supérieures, explique-t-il.

Pour aider ces jeunes à répondre aux exigences du RSEQ, Patrice Marcoux a mis sur pied un programme d’aide il y a une dizaine d’années. À l’origine, ce programme consistait en une période d’étude hebdomadaire et ne s’adressait qu’aux joueurs de football.

J’ai cogné à toutes les portes pour obtenir de l’aide, comme la présence d’une tutrice ou d’un conseiller en orientation lors de ces périodes d’étude. Et nous avons rapidement obtenu des résultats intéressants. Au départ, les participants réussissaient environ 57 % de leurs cours et nous avons fait grimper ça à plus de 80 %.

C’était une belle victoire. Au point où la direction nous a demandé d’étendre cette mesure à tous les programmes sportifs du cégep. Petit à petit, nous avons aussi peaufiné notre système en impliquant les entraîneurs des équipes dans la réussite scolaire de leurs athlètes. Les entraîneurs étaient très intéressés à s’impliquer. Le coach de l’équipe de basketball, par exemple, voulait que tous ses joueurs réussissent leur session d’automne pour ne pas en perdre un ou deux lors de la session d’hiver, raconte Patrice Marcoux.

Au fil des ans, cet enseignant dit avoir été témoin de plusieurs cas d’étudiants-athlètes qui ont fini par se découvrir une passion du côté académique et qui ont fait des études universitaires. Certains disent carrément qu’ils n’auraient pas persévéré sans la motivation qui liait leur réussite académique à la pratique de leur sport, ajoute-t-il.

L’autre constat important que Patrice Marcoux dit avoir fait, c’est que les étudiants, particulièrement les garçons, ne sont pas portés à aller chercher de l’aide. C’est une sorte d’orgueil mal placé. Mais nous, on brise ce réflexe-là en leur fournissant de l’aide dès le départ, dit-il.

Au bout du compte, l’abandon de cours étant devenu une bouée de sauvetage aussi facile à utiliser, Patrice Marcoux se demande si les remarquables mesures d’aide mises en place à Drummondville ont encore un sens.

Le printemps dernier, dans la note de service du RSEQ expliquant le changement de réglementation qui allait survenir cet automne, on rappelait que la persévérance est présentement l’élément prédominant mis de l’avant par le ministère.

J’ai trouvé cette phrase très forte de café. Personnellement, je ne vois pas le lien entre l’abandon de cours et la persévérance scolaire. Telle qu’elle est conçue, la règle actuelle permet à un étudiant-athlète qui réussit deux cours et qui en abandonne six durant l’année de rester éligible pour son sport. Mais celui qui persévère, qui n’en abandonne aucun et qui en réussit finalement cinq sera pénalisé, affirme Patrice Marcoux.

On s’entend, cette règle facilitant les abandons ne changera rien pour les étudiants-athlètes qui réussissent bien en classe. Ce qui est dommage dans tout ça, c’est que ceux qui vont opter pour les abandons sont exactement ceux que nous tentons d’aider à persévérer, précise-t-il.

Du côté du RSEQ, c’est Dominic Ricard qui a été mandaté pour répondre à mes questions.

Responsable du secteur hockey au RSEQ, M. Ricard a navigué dans les problématiques relatives à la conciliation études-sport durant presque toute sa carrière, notamment à titre de directeur général des Voltigeurs de Drummondville (LHJMQ), de cofondateur de la Ligue de hockey préparatoire scolaire, de responsable du programme hockey du Collège Saint-Bernard et depuis plusieurs années à titre de patron du secteur hockey du RSEQ.

Première précision : ce ne sont pas les administrateurs du RSEQ, mais plutôt les institutions qui en sont membres qui proposent et adoptent les modifications aux règlements.

Et d’entrée de jeu, M. Ricard convient que cette modification s’avère une patate chaude dans les cégeps.

L’an dernier, les cégeps considéraient (par rapport au RSEQ) qu’un cours abandonné était un cours échoué. Sauf qu’à un certain moment, il y en a qui ont levé la main et qui ont demandé comment on pouvait considérer un abandon comme un échec quand le ministère disait le contraire. Pour cette année, les cégeps ont donc décidé d’aller dans le même sens que la règle du ministère.

Cette affaire a provoqué énormément de discussions auprès des directions des sports, des directions des services aux élèves, des aides pédagogiques et des entraîneurs. Les cégeps ont finalement décidé qu’ils allaient s’assurer d’accompagner leurs étudiants-athlètes pour s’assurer que les abandons surviennent pour des raisons valables, comme une maladie ou un drame familial, et non comme des échappatoires, explique Dominic Ricard.

Deux hommes discutent dans les gradins d'un match de hockey.

Le directeur du département hockey du RSEQ, Dominic Ricard (au centre)

Photo : Radio-Canada / Mathieu Bolduc

Cette nouvelle règle est encore nouvelle et le nombre d’étudiants-athlètes tentés d’en profiter est probablement encore faible. Mais le mot finira assurément par se répandre. M. Ricard assure qu’un suivi est assuré à ce chapitre et que des évaluations seront faites au terme de la session actuelle et des prochaines sessions.

Notre slogan, c’est la réussite éducative par le sport. Et il n’y a personne autour de la table qui remet ça en question. En même temps, on se gratte aussi la tête autour de la table parce que les jeunes ne peuvent pas passer huit ans au cégep et y faire du sport indéfiniment. À un certain moment, il faut qu’ils terminent leurs cours, conclut-il.

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