The Jerusalem PostNetanyahu warns of 'campaign to smear Israel' after European diplomats attacked in West BankESPN DeportesAguirre busca ante Athletic su primer triunfo con el ValenciaESPNWeek 7 live: Jeremiah Smith TD catch extends Ohio State's leadBollywood HungamaEXCLUSIVE: Kartik Aaryan to headline Karan Johar's MOST AMBITIOUS film Kaaliya; GRAND announcement with RamayanaVanguard2027: Northern govs pledge total support for TinubuZDF heuteEntdecken Sie das ZDF-NachrichtenstudioBBC NewsTrump waives several Russia sanctions as row with Zelensky intensifiesWirtualna PolskaFrancja w ogniu. Wstrząsające nagraniaDW EnglishIlhan Omar: The US Democrat targeted by Donald TrumpANSA SportSerie A, in campo Roma-Genoa DIRETTASRF NewsVorerst bis Ende Saison – Kurashev schliesst sich Lausanne anSeeking AlphaKey deals this week: International Paper, IonQ, Bumble, and more
The Daily Newsstand · Free, Always
Saturday, October 17, 2026

Casseurs à 12 ans : enquête sur les mineurs au cœur des émeutes

Translate

Entièrement vêtus de noir, capuche vissée sur la tête, ils se fondent dans la masse. Mais un détail n’échappe pas : ils font deux têtes de moins que leurs camarades. Sous les masques, des enfants, des ados, âgés d’à peine douze ou treize ans. Certains lancent des mortiers. D’autres des pierres. "C’est fun, on s’amuse", lâchent-ils.

Mais qui sont ces jeunes ? Pourquoi participent-ils à ces violences ? Et que se passe-t-il après leur arrestation ? Derrière les images de casse et les interpellations musclées se dessine une réalité marquée par des parcours fragiles et un système de prise en charge sous pression.

© Tous droits réservés

"Ils nous disent de tirer des mortiers"

Lundi 12 octobre, gare du Midi. Les sirènes retentissent, les projectiles volent. Un véhicule est en feu. La police est en ébullition. Coups de matraque, gaz lacrymogènes, autopompe : les jeunes qui refusent d’évacuer les lieux ne sont pas ménagés. Parmi eux, de nombreux mineurs. "J’ai douze ans madame" annonce fièrement un jeune garçon, cagoulé. "On vient avec les grands, ils nous disent de tirer des mortiers !"

Bruxelles, c’est devenu GTA, madame !

Ce qu’ils cherchent ? De l’adrénaline. Et de quoi poster des stories impressionnantes sur les réseaux sociaux. "Bruxelles, c’est devenu GTA, madame", lance un gamin.

"C’est comme un film, comme au cinéma" ajoute un autre. Assis sur un poteau, tout de noir vêtu et le visage dissimulé, seuls ses deux yeux bleus percent l’obscurité. "J’ai 15 ans, et je viens de Flandre", explique-t-il en anglais. "Je suis venu à Liège et à Bruxelles pour les manifestations". Mais pas pour les mêmes raisons que les étudiants. "Je ne sais pas pourquoi ils protestent" admet-il.

J’ai détruit un bus.

Ce qu’il recherche, lui, c’est l’action. "J’ai détruit un bus et des vitres avec mes amis. Tu sais que tu fais quelque chose de mal mais tu ne peux pas te retenir. C’est l’effet de groupe, l’adrénaline […] J’ai vu un enfant de dix ans fabriquer un cocktail molotov !"

© Tous droits réservés

Le jour de la manifestation nationale du 9 octobre, cet adolescent a été arrêté. "Les policiers m’ont gardé pendant huit heures […] J’ai reçu 450 euros d’amende pour la destruction du bus. Je suppose que c’est ma mère qui va payer. Ou alors moi. Je regretterai peut-être quand j’aurais 18 ans ou plus. Mais là, je suis jeune. Je sais que je n’irai pas en prison".

© Tous droits réservés

Des enfants instrumentalisés par les plus grands ?

Cet adolescent nous raconte avoir vu des enfants de dix ans fabriquer des cocktails molotov. Certains ados disent être envoyés au casse-pipe par les plus grands. "Les petits, c’est comme des esclaves. C’est comme leurs chiens !", témoigne un jeune. "Quand les grands disent 'jette un truc sur la police', s’ils disent 'non', les grands disent 'je vais te taper' et après ils se sentent obligés de le faire".

S’ils disent 'non', ils disent 'je vais te taper'.

Au cours de notre tournage, à plusieurs reprises, nous sommes témoins de violence physique entre les jeunes eux-mêmes. Pour un rien, les coups volent. Y compris envers les plus petits.

L’attitude de certains policiers n’arrange rien au ressentiment de ces jeunes. Devant notre caméra, des adolescents se font matraquer, menotter, parfois sans raison apparente. "Dégagez !" crient des policiers. "Reculez ! Tu ne parles même pas français ! Recule !", lâche l’un de leurs collègues.

"Ils nous attaquent pour rien, alors on a décidé de faire la guerre avec eux" rétorque l’un des mineurs. "Je me suis fait arrêter une dizaine de fois pendant la journée. Ils m’ont frappé, ils m’ont boxé dans la camionnette. Ce n’est pas normal pour un enfant de 14 ans !"

© Tous droits réservés

De mineurs en danger à mineurs délinquants

A Liège, via les réseaux sociaux, nous retrouvons un adolescent de 14 ans, arrêté judiciairement suite aux émeutes du 6 octobre. Nous l’appellerons Adam. "J’ai détruit une caméra de surveillance et un abribus" raconte-t-il sur un ton léger. "Je dois payer 4000 euros d’amende. Je regrette un peu parce que ce sont mes parents qui doivent payer. Ça m’énerve."

Mais qui sont ces jeunes qui sombrent dans la délinquance et la violence ? Pour comprendre, nous prenons la direction du Palais de justice de Liège. Michèle Lecloux, juge de la jeunesse et de la famille, constate plusieurs similitudes entre les mineurs qui ont comparu devant elle suite aux émeutes.

Ce sont des jeunes qui ont besoin d’aide.

"On a affaire à des jeunes issus de familles assez précarisées avec un cadre éducatif en partie défaillant. Ce sont des jeunes et des familles qui ont besoin d’aide".

Certains d’entre eux étaient d’ailleurs déjà connus de la justice, mais pas forcément pour des faits de délinquance. "Ils étaient connus dans le cadre de dossiers 'mineurs en danger' au niveau des Services d’Aide à la Jeunesse (SAJ) et Services de Protection de la Jeunesse (SPJ)". Mais le suivi a pu faire défaut.

"Ces jeunes auraient dû faire l’objet de mesures d’aide, mais les listes d’attente sont extrêmement longues. Ça crée une sensation de ne pas être pris en charge. Les familles sont laissées-pour-compte et on en arrive à ce que ces enfants commettent des faits infractionnels beaucoup plus graves", déplore Michèle Lecloux.

C’est ça qui m’a attiré vers la rue.

Une situation qui fait écho à celle d’Adam, suivi par le Service d’Aide à la Jeunesse. S’ajoute à cela du décrochage scolaire. "Il y a deux ans, en primaire, je ne parlais pas du tout bien français. Je ne savais pas bien lire ni écrire. Je me sentais à l’écart. On ne m’a pas aidé. En secondaire, j’ai commencé à faire des bêtises. On m’a viré. Pendant dix mois, je suis resté en décrochage. Je rentrais à des 1 heure, 2 heures du matin. C’est ça qui m’a attiré vers la rue."

© Tous droits réservés

Un sentiment d’impunité

Lorsqu’il est passé devant la juge, Adam avoue avoir senti le stress monter. "Mais ce stress s’est relâché d’un coup parce que la juge m’a dit qu’il n’y avait plus de place en IPPJ".

"Elle m’a dit : 'tu as eu de la chance, parce que s’il y avait eu de la place, tu serais allé directement en IPPJ'". Un engorgement qui engendre naturellement un sentiment d’impunité. "Il n’y a pas de conséquences, du coup ça m’a apaisé !"

Mais Adam l’admet, même s’il est soulagé, il trouve cette situation anormale. "Les jeunes, ils vont se dire que ce n’est pas grave, et ils vont à chaque fois recommencer !".

Les jeunes vont à chaque fois recommencer !

La juge Michèle Lecloux confirme : "Cela entraîne une certaine récidive. Il y a un sentiment d’impunité". Une impunité qui contraste avec le caractère inédit des faits, tant par leur violence que par le très jeune âge des casseurs. "Pour moi, c’était du jamais vu", déclare la juge. "C’était des scènes de guérillas urbaines."

"Du jamais vu". C’est aussi ce que déclare le Procureur du Roi de Liège, Damien Leboutte. "Ce jeune âge est très interpellant", affirme-t-il. "On est parfois face à des gens qui ne sont pas encore en secondaire et on se dit : qu’est-ce qu’ils font là ?'".

"Objectivement, à dix ans, on est censés apprendre à calculer, à lire, que sais-je ?", renchérit-il.

Comme sa consœur Michèle Lecloux, Damien Leboutte estime que face au manque de places en IPPJ, le risque de récidive est démultiplié. "Ils vont recommencer parce que le lendemain, quand on va à nouveau les arrêter, il n’y aura pas plus de place !"

On a l’impression de travailler pour rien en fin de compte

"Il faut appeler un chat un chat; à un moment, il faut une volonté politique. Quand on fait condamner quelqu’un et que la peine ne peut pas être exécutée, quel signal est-ce qu’on envoie ?". La frustration est réelle : "On a tous l’impression, policiers, magistrats du parquet, juges de la jeunesse, de travailler pour rien en fin de compte."

Au bout de cette enquête, nous réalisons que les émeutes ne se résument pas à une série d’interpellations. Elles révèlent une violence de plus en plus précoce, mais aussi des difficultés à prendre en charge ces jeunes, avant et après le passage à l’acte. Derrière ces débordements se cachent des parcours complexes et des fragilités parfois ignorées.

View the original on RTBF Info →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.