"Parcoursup": un tri éprouvant qui pousse des milliers d’étudiants français à venir en Belgique

Lycées en mode frigo ou fournaise, bâti scolaire décrépi, emploi du temps : les revendications des lycéens français sont larges. Et le processus de sélection et d’accès à l’enseignement supérieur en fait partie. "Parcoursup", la plateforme d’orientation vers les filières universitaires et supérieures décourage et énerve.
Alors, des milliers de jeunes Français finissent par s’inscrire en Belgique, à l’ULB, à l’UCLouvain, à Liège, à Mons, à Tournai ou à Namur, dans les hautes écoles, dans des facultés, pour la plupart, sans sélection à l’entrée avec des coûts relativement modérés.
Mais cela met une pression financière sur le portefeuille de la Fédération Wallonie-Bruxelles. On l’estime à en moyenne 9000 euros par étudiant.
"Parcoursup" mode d’emploi
Après le bac, pour les futurs étudiants français (900.000 par an), le passage par la plateforme "Parcoursup" s’impose pour choisir parmi les quelque 25.000 filières possibles dans l’enseignement supérieur français. Choisir et être choisi… Car il s’agit bien d’une candidature à l’inscription.
La plateforme informe tout d’abord sur toutes ces formations : contenu des cours, infos pratiques, calendrier, diplôme, débouchés, statut public ou privé de l’établissement, caractère sélectif ou non, capacité d’accueil, bourses…
Elle permet ensuite de constituer le dossier du candidat : CV, motivations, centres d’intérêt, vœux en termes de choix de formation…
Dernière étape : après examen du dossier, des propositions d’admission arrivent… Elles proviennent bien des établissements concernés, pas du système "Parcoursup" qui ne fait que transmettre. Et puis, in fine, c’est au candidat de choisir : il a le dernier mot.
Critiques : opacité et tri social
Ce système ne fait pas que des heureux. A sa création en 2018, "Parcoursup" devait régler les problèmes du précédent système APB (Admission Post-Bac) : manque de visibilité sur le processus de sélection, système basé sur du tirage au sort…
Mais 8 ans plus tard, les critiques demeurent en partie les mêmes : la procédure est longue et serait toujours aussi peu transparente, même si "Parcoursup" indique bien plus clairement les critères déterminants de sélection qu’avant.
Des candidats s’estiment injustement écartés de la filière de leur choix malgré leurs bonnes moyennes. Le Sénat français s’est penché sur la question en 2023 et conclut à une procédure trop longue, stressante et opaque : il note "une anxiété croissante et un sentiment de manque de clarté, de rapidité, d’équité et de transparence qui prédominent". Le rapport du Sénat souligne des disparités dans le processus de sélection.
L’Union nationale des étudiants de France y voit en outre une fabrique à élites qui renforce les discriminations sociales. Les résultats scolaires sont déterminants dans le processus de sélection, ce qui conduit les étudiants moins bons ou issus de lycées défavorisés de banlieue à être écartés des bonnes universités. Par contre, sortir d’un lycée bien classé permet d’obtenir son premier choix.
Les critiques portent ici sur le rôle supposé d’un algorithme secret classant les candidatures et le soupçon de favoritisme et de petits arrangements. Or, "Parcoursup" l’affirme, il n’y a pas d’algorithme national : "Ce sont les enseignants des formations qui analysent ces candidatures au regard de leurs attendus et critères, publiés sur la plateforme. Pour l’analyse des candidatures, les établissements mettent en place des commissions d’examen des vœux, composées principalement d’enseignants."
Ensuite, des futurs étudiants sont frustrés : ils se plaignent de se retrouver dans des filières qui ne leur correspondent pas, comme en témoignaient des candidats sur Franceinfo en 2023. Ce qui expliquerait un taux d’abandon élevé : un tiers de départs la première année. Mais, en réalité, le phénomène est généralisé dans à peu près toutes les formations.
Aujourd’hui, tous ces griefs ressortent dans la colère des lycéens. Si le système "Parcoursup" a amené plus de clarté et de facilité au moment des choix, il reste encore des progrès à faire, sans doute moins sur la transparence qu’au point de vue humain.
Et en Belgique ?
Ici en Belgique francophone, il n’existe pas de plateforme centralisée pour orienter les candidats vers l’enseignement supérieur. Les futurs étudiants détenteurs du CESS (Certificat d’Enseignement Secondaire Supérieur, l’équivalent du baccalauréat français) s’inscrivent directement dans l’université ou la haute école de leur choix. Pas de sélection donc, pas de lettre de motivation.
Par contre, certaines filières sont soumises à sélection : examen d’entrée, comme en médecine, dentisterie, sciences vétérinaires, ou épreuve d’admission ou encore concours internes pour certains cursus artistiques ou spécifiques. Et, bien sûr, une sélection s’opère après les examens de fin de bloc ou de première année, via le cadre strict du nombre de crédits validés qui rendent certains étudiants non finançables.
Mais cette ouverture et la proximité avec la France créent un appel d’air et fait de la Belgique un refuge pour beaucoup d’étudiants français en quête d’un diplôme.
Un poids pour la Fédération Wallonie-Bruxelles
Le succès des études en Belgique pèse parfois sur les infrastructures des établissements supérieurs belges avec des auditoires qui débordent et des "kots" plus prisés et donc plus chers mais aussi et surtout sur les finances publiques.
Avec un minerval pouvant aller jusqu’à près de 1200 euros (mais avec des paliers) et des subsides de 7000 à 11.000 euros par étudiant, la Fédération Wallonie-Bruxelles se retrouve à financer des étudiants français pour des dizaines de milliers d’euros par an.
Pour se protéger, la Fédération Wallonie-Bruxelles a dû prendre des mesures. Augmenter substantiellement le minerval poserait des problèmes et ce sont plutôt des quotas qui ont été mis en place : 15% maximum de non-résidents pour médecine et sciences dentaires (sur base des résultats du concours d’entrée et à l’échelle de la Fédération), 20% pour la filière vétérinaire (par un tirage au sort électronique) ou 30% pour le paramédical, comme kinésithérapie ou logopédie (par tirage au sort si nécessaire).
Une autre façon de contingenter est de limiter le nombre de demandes à une par an : pas question de s’inscrire à plusieurs filières en même temps pour accroître ses chances.
Les universités belges restent ouvertes aux étudiants français
Si le poids financier de cet afflux d’étudiants étrangers repose sur la Fédération Wallonie-Bruxelles, les universités se veulent sereines et accueillantes.
À l’échelle de la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’Académie de Recherche et d’Enseignement supérieur confirme la tendance à la hausse des inscriptions d’étudiants français.
Ainsi en 2024-2025, environ 22.000 étudiants français étaient inscrits dans l’enseignement supérieur francophone, dont beaucoup à l’ULB, environ 4500, soit près de 1000 de plus qu’il y a dix ans. Une hausse sensible a été observée depuis l’instauration de "Parcoursup" en France, avec un pic entre 2020 et 2022, suivi d’une certaine stabilisation.
Les filières les plus concernées sont la médecine, la Faculté de Philosophie et Sciences sociales, avec une forte proportion en sciences politiques et relations internationales, l’architecture, la psychologie et les sciences de la motricité.
Mais à l’ULB comme ailleurs, "la présence d’étudiants français dans nos universités ne doit pas être présentée comme un problème", explique Valérie Piette, vice-rectrice à l’enseignement et à la qualité : "Ces étudiants ne sont pas des chiffres dans un tableau de financement : ce sont des jeunes qui viennent étudier chez nous, qui s’intègrent à nos communautés universitaires, qui participent à nos projets, à notre recherche, à notre vie culturelle et, demain, à la société dans laquelle ils vivront et travailleront. Leur accueil fait partie de ce que nous sommes : une Université ouverte, fidèle à une longue tradition de mobilité, d’échanges et d’ouverture."
L’université bruxelloise reconnaît toutefois une pression sur les auditoires et les stages dans certaines filières déjà saturées : "Nous ne pouvons pas non plus demander à nos universités d’absorber indéfiniment cette demande supplémentaire sans nous interroger sur les moyens qui leur sont accordés".
L’ULB souhaiterait donc des "moyens à la hauteur" de "la mobilité européenne", selon Valérie Piette, avec un financement "pensé de manière durable, à l’échelle européenne" : "Nous plaidons pour que l’Europe se saisisse davantage de cette question et permette de mieux financer les mobilités étudiantes entre États membres". Et dans l’immédiat, l’ULB attend que la Fédération Wallonie-Bruxelles trouve les mécanismes pour "préserver cette ouverture sans fragiliser davantage nos capacités d’accueil et la qualité de l’enseignement que nous devons à tous nos étudiants", précise la vice-rectrice Valérie Piette.
A l’Université de Namur, où on a aussi assisté à une hausse constante d’inscriptions venues de France, environ 30 à 40% de plus depuis 2018, pas plus de problème notable non plus : "La présence des étudiants français se fait surtout dans des études contingentées, donc la médecine humaine et la médecine vétérinaire. Et donc là, du fait du contingentement, l’effet de massification ne se manifeste pas", assure le vice-recteur à la formation Laurent Schumacher.
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